Accueil A la une Le Japon de 2019 ressemble à la Corée de Warren Buffett

Le Japon de 2019 ressemble à la Corée de Warren Buffett

par Arthur Toce

Nous avons vu hier en quoi le Japon était en train de se sortir de l’ornière des quinze dernières années. La productivité remonte, les grandes entreprises recommencent à innover et les dépôts de brevets sont toujours très importants.

Mieux, pour nous, investisseurs, ces années de stagnation et de non-vision de l’avenir ont provoqué une décote structurelle sur de nombreuses actions. Ce qui en fait un excellent endroit pour investir.

Le recul des conglomérats

Comme la Corée, le Japon a subi une guerre terrible et ce sont ses conglomérats qui lui ont permis de se remettre en selle.

Les conglomérats, appelés Chaebols en Corée et Keiretsu au Japon, sont un type d’organisation économique où plusieurs entreprises possèdent des participations croisées qui les rendent interdépendantes. Au centre, on trouve souvent une banque qui organise et assure la pérennité du conglomérat qui doit réunir des activités très variées pour pouvoir rentrer dans cette catégorie.

Mitsubishi, Mitsui ou encore Toyota sont des Keiretsu. Hyundai, Samsung ou encore Daewoo sont des Chaebols. Si on voulait comparer avec la France, on pourrait parler de conglomérats pour des grands groupes comme LVMH ou Bouygues.

Si cette organisation a été vertueuse après-guerre et a permis le décollage de l’économie nippone, elle a tendance à s’enkyster et à être source de corruption et de dysfonctionnements. Comme l’explique souvent l’économiste Philippe Aghion, depuis la crise asiatique de 1997-1998, on voit que le modèle se délite doucement pour faire place à un tissu de PME innovantes.

Les PME japonaises ont longtemps été des victimes de ces Keiretsu, de simples sous-traitants livrés aux besoins de ces “grosses mains”.

Le schéma ci-dessus montre ce à quoi les PME japonaises ont dû faire face pendant longtemps. Soient elles étaient de “faible constitution”, à savoir mal dotées financièrement ou sous-traitantes de grandes firmes, soit elles manquaient de main-d’œuvre et de talents captés par ces mêmes grandes firmes.

Ces dernières années, le Japon a doucement détricoté certains de ses Keiretsu et les PME en bénéficient de plus en plus. 47 % d’entre elles (de 30 à 99 salariés) ont adopté une rémunération à la performance. C’est une révolution dans un pays habitué à l’emploi à vie. Point encore plus étonnant, le nombre d’heures travaillées est plus faible dans les petites entreprises qu’ailleurs.

En outre, comme le montre le cas de la banque MUFG (moyeu central du conglomérat Mitsubishi), de plus en plus d’entreprises japonaises, qui ont pratiqué l’emploi à vie (quitte à en mourir), ont évolué. Elles restent dans l’idée de garantir un emploi mais elles s’autorisent désormais plus de flexibilité : les attributions et missions peuvent être modifiées.

L’essor des PME japonaises

Le bout du tunnel est en train d’arriver pour les PME japonaises. Aujourd’hui, trois facteurs se conjuguent pour faire des PME japonaises d’excellentes entreprises.

D’une part, elles ont été habituées à une très haute exigence sur la qualité par les Keiretsu. Les innovations managériales se multiplient et combinées à la robotisation la plus forte du monde sur le segment des PME, elles autorisent les PME japonaises à s’internationaliser rapidement. En effet, la part des investissements à l’étranger faits par les PME Japonaises augmente de plus en plus.

Tout cela est couronné d’une gestion du capital prudente, qui débouche sur un endettement des PME faible et une forte trésorerie disponible.

Et les entreprises japonaises utilisent de nouveaux outils pour s’améliorer. Par exemple, de nombreuses sociétés cotées intègrent maintenant le rendement des capitaux propres (Return on Equity – ROE) dans leurs objectifs. Ce ratio financier est reconnu comme l’un des plus importants car il mesure la capacité d’une entreprise à générer des profits à partir de ses capitaux propres nets (capitaux moins dettes). Il indique finalement la croissance générée pour chaque dollar investi.

Autre point important, il fait bon vivre au Japon. Son indice de développement humain (IDH) est le 28e plus élevé du monde, 6 places devant la Corée du Sud. Surtout, la Corée du Sud, autre grand pays d’innovations, souffre de risques géopolitiques importants. Le Japon combine à mon avis beaucoup de qualités, tout en demeurant le pays le plus stable de la zone.

Pourquoi Warren Buffett a adoré les entreprises coréennes

Le Japon d’aujourd’hui pourrait bien être la Corée de 2004. Dans son autobiographie, Warren Buffett écrit au sujet des entreprises coréennes :

“Ce sont de bonnes entreprises et pourtant, elles sont bon marché. Les actions ont vu leur prix baisser par rapport à il y a cinq ans, alors que leurs activités sont plus précieuses. La moitié des entreprises ont des noms qui ressemblent à des titres de films pornographiques. Elles fabriquent des produits de base comme de l’acier, du ciment, de la farine et de l’électricité, que les gens achèteront encore dans dix ans. Elles ont une grande part de marché en Corée, ce qui ne va pas changer, et certaines de ces entreprises exportent en Chine et au Japon également. Pourtant, pour une raison ou pour une autre, elles sont passées inaperçues.

Regardez cette entreprise de farine, elle a plus de liquidités que sa valeur de marché et s’échange à 3 fois ses profits. Je n’ai pas pu en acheter beaucoup, mais j’ai quelques actions. Et en voilà une autre, une laiterie. Il se pourrait que je finisse par ne plus avoir que des actions coréennes dans mon portefeuille personnel.

Et effectivement, il n’est pas rare de trouver au Japon des entreprises cotées, dont la valeur d’entreprise (VE) est négative ! Qu’est-ce à dire ? Tout simplement que leur capitalisation boursière est plus faible que la trésorerie de l’entreprise nette de dette ! Ce qui veut dire que si l’entreprise devait fermer demain, elle donnerait une prime à ses actionnaires !

Je vous vois venir : non, non, ce ne sont pas forcément des entreprises pourries, juste de petites boîtes qui grossissent doucement, mais qui sont totalement oubliées des marchés. Il faut aussi comprendre que ce phénomène est important au Japon car la cote y est très vaste, avec plus de 3 000 sociétés !

En conclusion, le Japon est un superbe marché avec un rapport risque-rendement excellent. Ne faites pas comme les autres, intéressez-vous aux entreprises japonaises !

 

 

 

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