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Le piège des révolutions planifiées

par Etienne Henri
innovation technologique

L’innovation technologique, que nous aimons tant pour les bouleversements qu’elle apporte à notre quotidien et les fantastiques plus-values boursières qu’elle nous permet d’engranger, passionne désormais les foules et s’est glissée dans la sphère politique.

L’innovation est un oiseau rebelle qui ne s’apprivoise pas à coups de dépenses publiques.

Dans un Occident au PIB en berne, les ruptures technologiques sont attendues comme le Messie pour nous apporter le dynamisme qui manque tant.

En France, berceau du Colbertisme, nous laissons volontiers à l’Etat (et, par ricochet, à l’Europe) le soin de guider les innovateurs pour faire émerger les futures technologies dites “disruptives”.

L’expérience nous montre pourtant que l’innovation ne se laisse pas prendre par la main et guider sagement. Les bonnes idées sont souvent trouvées par hasard et progressent ensuite comme une traînée de poudre.

Les limites de la planification centrale

Votre réfrigérateur, votre four à micro-ondes et votre smartphone ne sont pas issus du cerveau génial d’un énarque qui a décrété que ces produits étaient “l’avenir”. Ils sont nés, en quelques années, de travaux de recherche fondamentale appliquée à des produits industriels.

Le premier iPhone est sorti en 2007. En 2014, ce sont plus de 1,3 milliard de smartphones qui ont été achetés, toutes marques confondues. Aucun “Grand Plan” étatique n’est à l’origine de cette adoption massive. Et pendant ce temps, chez nous, le Minitel des PTT a continué à fonctionner jusqu’en 2012…

Même les grandes révolutions technologiques comme l’utilisation de l’énergie nucléaire, l’aviation ou la conquête spatiale ont suivi le même chemin. Après une phase de recherche fondamentale (souvent financée par les deniers publics), leur application dans des produits commerciaux a été fulgurante tant ils apportaient de progrès à l’humanité.

Regardons l’exemple précis du nucléaire.

La découverte du caractère fissile de l’uranium a eu lieu en 1938. En 1946 explosait la première bombe atomique, suivie cinq ans plus tard par la mise en service du premier réacteur nucléaire produisant de l’électricité. Le nombre de réacteurs nucléaire suivit ensuite une hausse exponentielle jusqu’aux années 1985, et cette source d’énergie est aujourd’hui la seule à pouvoir fournir une électricité décarbonée. Dans les années 1930, aucun Etat ne planifiait l’arrivée massive de cette électricité “propre” !

En parallèle, les chercheurs ont tenté leur chance avec la fusion nucléaire. Censée remplacer rapidement la fission et régler simultanément les questions de dangerosité et de réserve de combustible, ses débuts furent prometteurs. Le concept fut découvert dans les années 1930, et le premier brevet pour une centrale nucléaire à fusion déposé en 1946. En 1952, la première bombe H explosait, et les années 1960-1970 virent naître quantité de réacteurs expérimentaux.

Pourtant, nous n’avons toujours pas de centrales à fusion commerciales malgré les milliards engloutis et la hausse exponentielle des budgets de R&D sur le sujet. Le principe reste trop complexe pour dépasser le stade d’expérimentation de laboratoire et passer à l’échelle industrielle – et le restera probablement pour toujours.

Ces deux destins différents malgré des politiques publiques absolument identiques montrent que l’arrivée d’une innovation possède un caractère aléatoire qu’aucun grand plan d’investissement ne peut compenser.

L’innovation est un oiseau rebelle qui ne s’apprivoise pas à coups de dépenses publiques.

L’investissement public, un indicateur contrarien 

Avoir les faveurs des pouvoirs publics n’est pas un facteur de succès pour une nouvelle technologie.

Ces dernières années, nous avons même vu un phénomène extrême émerger : l’intérêt étatique semble inversement corrélé à l’émergence des innovations.

Souvenez-vous des technologies d’avenir financées par l’Europe dans le cadre du grand plan d’investissement Horizon 2020 : drones, impression 3D, Internet des objets…

Toutes ces technologies ont manqué leur rendez-vous avec l’Histoire. La débauche de moyens publics n’a pu les faire sortir des niches commerciales dans lesquelles leur utilisation se justifie.

Elles devaient être des relais de croissance pour nos économies atones, elles ont été un puit sans fond d’argent public depuis 2014. Les drones civils sont restés majoritairement des jouets, M. Tout-le-monde n’a pas acheté d’imprimante 3D, et un frigo connecté n’a toujours pas grand intérêt pour les consommateurs.

imprimantes 3D

Contrairement aux grandes ambitions des années 2010,
les imprimantes 3D ne sont pas devenues des bibelots comme les autres.
Ici, le défunt CubePrinter. Crédit : 3D Systems

Ces culs-de-sac technologiques n’ont pas été que coûteux pour les contribuables, ils ont aussi coûté fort cher aux investisseurs qui, voulant être portés par la vague des financements publics, ont tenté d’investir dans les champions de ces nouvelles industries.

L’action du leader américain de l’impression 3D, 3D Systems (NYSE : DDD) est passé de 97,28 $ début 2014 à 11,8 $ à ce jour, soit une baisse de 87 % sur la période.

Plus près de nous, le Français Parrot (FR0004038263) a tenté de se diversifier du secteur automobile dans lequel il excellait pour se diversifier dans le drone civil et les objets connectés. Bilan des courses : malgré un pic d’euphorie en 2015, l’action est passée de 14,6 € début 2014 à 3,16 € aujourd’hui, soit 78 % de baisse.

Même les pure players du drone civil n’ont pas réussi à tirer leur épingle du jeu. Delta Drone (FR0011522168) a également eu une performance catastrophique depuis début 2014. La “pépite” de la French Tech est parvenue à perdre 99,5 % de sa valeur malgré sa position de leader national sur un secteur censé être porteur.

graphe bourse 3D systems

graphe bourse 3D parrot

graphe bourse 3D delta drone

Evolution des titres 3D Systems, Parrot et Delta Drone depuis 2014.
Le programme Horizon2020 était bien inspiré dans ses choix technologiques !

L’investisseur avisé dans les nouvelles technologies a tout intérêt à faire preuve de la plus grande méfiance dès qu’une nouvelle technologie fait la Une des journaux et que les politiques publiques s’en mêlent.

Aujourd’hui, que nous vendent les médias et les gouvernements comme relais de croissance ? La 5G, bien sûr, qui est sur toutes les lèvres. Rendez-vous demain pour savoir s’il s’agit d’un énième gaspillage d’argent public ou d’une future réalité commerciale.

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