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Le sucre atteint un pic historique ; la hausse devrait se poursuivre

par Isabelle Mouilleseaux

De 10,80 cents à 23,30 cents…
Rien ne semble pouvoir l’arrêter.

Début mai, Nicolas Rémy et moi-même écrivions chacun un article sur le sucre dans l’Edito. Le cours du sucre cotait alors autour de 15 cents la livre. Nous étions haussiers, ciblant les 16,50/17 cents.

En juin, je relevais mon objectif à 18,30 cents, 20 cents en extension.

Depuis, le sucre a pulvérisé tous nos objectifs, franchissant le seuil psychologique des 20 cents, battant son pic de 2006 à 21 cents, et revenant à un point haut jamais vu depuis 28 ans.

Spectaculaire.

Cours du sucre en US cents la livre

Cours du sucre en US cents la livre

Cette hausse a toutes les chances de se poursuivre. Pour quelques temps du moins. Mais après… gare au retournement. Car le sucre est un habitué des pics, pour ne pas dire des aiguilles, et bien souvent rechute aussi violemment qu’il s’est envolé.

Intempestivement, Dame Nature a "pris la main"
C’est bien elle la responsable… elle qui a jeté son dévolu sur l’Inde et le Brésil. Quelle infortune. Ce sont justement les deux plus gros producteurs de sucre mondiaux. 40% de la production mondiale à eux deux.

Le Pakistan, la Chine et le Mexique sont touchés, eux aussi.

El Ninuméro refait des siennes
La sécheresse s’abat sur l’Inde où la salutaire mousson tant attendue fait défaut. On n’avait pas vu un mois de juin aussi sec depuis 83 ans. Quant au Brésil, c’est l’overdose de pluie et d’humidité qui a régné ces derniers temps.

Les plantations de sucre ont horreur de ces phénomènes climatiques qui détruisent les récoltes, altèrent les rendements. Voilà pourquoi la production de sucre indienne est attendue en repli de 44% sur l’année. Or l’an dernier déjà, la production avait chuté de 20% pour cause de sécheresse, déjà.

D’exportateur, à importateur net
Cette situation est inédite. Car habituellement l’Inde est autosuffisante. Or elle devient importatrice nette de sucre (à hauteur de deux millions de tonnes), ce qui déséquilibre le marché.

Mais le voilà soudainement devenu importateur net de quelque deux millions de tonnes. Ce qui déséquilibre fondamentalement le marché du sucre.

Même scénario en Chine et en Europe, cette dernière étant tenue d’abandonner son système de soutien à ses producteurs de sucre. Le programme de gel progressif des subventions a commencé et se poursuivra jusqu’en 2015, date à laquelle le marché sera théoriquement dérégulé. Du coup, d’exportateur net, l’Europe est devenue importatrice nette.

Le marché bascule ; le déficit s’installe
La demande mondiale de sucre est attendue en hausse de 2,3% sur l’année, à 165 millions de tonnes. Or l’offre devrait chuter de 7%, à 155 Mt.

Notez que la demande est relativement inélastique au prix, ce qui n’arrange pas les choses…

Du coup, le marché jusqu’ici excédentaire deviendrait cette année déficitaire.

Le niveau du stock mondial est attendu en fort repli. Selon l’ISO (Organisation internationale du sucre), le déficit devrait atteindre d’ici septembre 2010 4,5 millions de tonnes, sachant qu’on anticipe pour cette année déjà un déficit de 7,8 millions de tonnes.

Le brut tire le sucre à la hausse
Vous savez à quel point les softs sont aujourd’hui corrélés au cours du pétrole. Avec le sucre, on fait du biocarburant : l’éthanol. Or le pétrole caracole actuellement autour des 73 $ le baril, loin du point bas touché en février à 35 $. Et la hausse pourrait se poursuivre, et tirer le sucre avec elle.

90% des voitures roulent à l’éthanol au Brésil. Dans ce pays, 45% de la production sucrière est destinée à l’alimentation, 55% à l’éthanol ! Or plus le cours du brut grimpe, plus les producteurs ont intérêt à vendre leur sucre à la filière éthanol, moins il en reste pour la filière alimentaire.

Plus cette "ponction" de la filière éthanol ira croissante, plus elle pèsera et déséquilibrera les marchés internationaux du sucre dont le cours grimpera.

Le billet vert exacerbe la demande
Le repli du dollar est lui aussi un facteur de hausse supplémentaire, les échanges de sucre étant libellés en dollars. Les pays importateurs profitent de tout repli du billet vert pour acheter à bon compte du sucre, le pouvoir d’achat de leur monnaie locale étant renforcée à chaque fois que le billet vert perd du terrain.

Jusqu’où ?
Le cours du sucre devrait continuer de grimper dans les semaines à venir, soutenu par les fondamentaux.

L’analyse graphique va elle aussi dans le sens de la hausse. J’y reviendrai la semaine prochaine.

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