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Le vilain petit secret des voitures autonomes

par Edern Rio

Quel que soit votre camp, techno- enthousiaste ou sceptique fatigué des pâmoisons autour de l’IA, vous n’avez pas pu passer à côté d’un problème économique central de l’adoption et de la généralisation des voitures autonomes.

C’est ce que j’écrivais en décembre dernier :

[…] tant qu’il faudra un superviseur ou un vigile dans le véhicule, on ne voit guère comment les entreprises pourraient être compétitives au vu des investissements démesurés pour développer l’autonomie – plus d’un milliard du côté de Waymo pour l’instant – et des frais de personnel au mieux équivalents avec ceux des services de taxi traditionnels.

Tant qu’il n’est pas prouvé que la conduite autonome est sans danger, il faudra un conducteur de secours pour gérer les situations délicates. Et des situations délicates dans le domaine de la conduite, il y en a souvent, puisque le simple fait de tourner à gauche et donc de franchir la voie opposée est considéré comme l’une des plus grandes épreuves d’une voiture autonome. S’insérer sur une autoroute au trafic dense est également une opération délicate.

Au final, ces problèmes ponctuels sont centraux, puisqu’ils obligent à conserver un conducteur apte à reprendre la main pour assister la machine. Ainsi, pas de déploiement de robot-taxis à grande échelle tant que ce problème n’est pas réglé.

Il n’y a pas de problèmes, que des solutions !

Une manière simple de régler ce problème économique est la conduite à distance. En effet, avec un opérateur, vous pouvez prendre la main lorsque cela est nécessaire. Grâce aux technologies de GPS et à la cartographie extensive des routes couplées à la batterie de capteurs des véhicules, il est possible de prévoir quand ces événements auront lieu et de passer la main à un opérateur situé à distance dans un centre de contrôle.

C’est aujourd’hui une technologie relativement maîtrisée, comme le montre l’usage des drones militaires ou aériens. Dans le domaine maritime également, les grandes firmes travaillent à ce genre de solutions. Rolls Royce a déjà développé un système similaire pour les cargos.

Cependant, tout le monde s’accorde à dire que le trafic terrestre est autrement plus délicat pour un logiciel. Les Etats les plus avancés dans la régulation de la voiture autonome –la Californie par exemple – ont d’ailleurs inclus dans leurs lois que les véhicules autonomes ne pourront pas circuler s’ils ne sont pas équipés d’un système de contrôle à distance…

Le centre de contrôle de Designated Driver. Une cabine qui ressemble à s’y méprendre à une borne d’arcade de jeu de course automobile… en plus ennuyeux et dangereux. Source : Designated Driver.

Si les grands acteurs du secteur développent déjà ce genre de dispositif, il ne fait aucun doute qu’il reste de la place pour un pure player entièrement dédié à cette mission. Designated Driver (qu’on traduirait ici par « capitaine de soirée ») veut être celui-là.

La startup s’appuie sur Autonomous Stuff, une filiale du groupe suédois Hexagon (SE0000103699 – HEXAb), un leader dans la R&D de la robotique et de l’automatisation.

Pour autant, d’autres startups évoluent dans le secteur, comme Phantom Auto qui compterait déjà 8 clients selon Wired. Designated Driver souligne que sa technologie est la seule à inclure un contrôle à distance à la fois direct et indirect. La première option implique le contrôle total du véhicule. Le second est encore plus intéressant. Il correspond aux nombreux cas où un logiciel de conduite autonome fonctionne parfaitement, mais est incapable de choisir l’option la plus sûre. Ici, le téléopérateur a juste besoin d’indiquer au véhicule ce qu’il doit faire pour débloquer la situation. L’entreprise précise que c’est le cas le plus fréquent.

C’est toujours la même chanson

Le problème dans ce joli scénario ? C’est toujours le même. La courroie de transmission de toutes ces technologies est la connectivité. Pour qu’un pilote puisse diriger à distance un véhicule, la vitesse de transmission des informations est essentielle, la latence doit être minime. Une seconde de retard et c’est la collision.

Encore une fois, c’est donc la 5G qui permettra vraiment à ce dispositif de se déployer. Pourtant, Designated Driver indique dans son communiqué que même avec la 4G, il parvient à atteindre une latence inférieure à 100 ms. On comprend mieux pourquoi les projets comme le Halo-Fi engloutissent de tels budgets et pourquoi Trump ne veut pas lâcher ses champions nationaux.

Voilà qui rend un peu plus enthousiaste sur l’avènement d’un marché qui doit représenter 7 000Mds$ à horizon 2050. Et il va sans dire que le transport de passagers n’est pas le seul marché concerné par l’autonomie, le transport des marchandises l’est tout autant.


Extrait du document de présentation de Designated Driver : Le contrôle à distance sans heurts. Pour chaque situation, pour n’importe quel véhicule. Source : Designated Driver.

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