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Les énergéticiens se tournent vers le mix!

par Etienne Henri
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[Comment concilier hausse de la demande en énergie, baisse de la disponibilité des ressources fossiles et lutte contre le réchauffement climatique ? La solution se trouve dans les énergies propres. Et, dans ce contexte, ce sont les petites mains de l’ombre de la transition énergétique qui enregistreront la plus forte progression…]

Chez ces petites mains de l’ombre de la transition énergétique, les gains potentiels sont encore plus importants.

Les montants engagés donnent le tournis.

Assurer la soif d’énergie de nos économies n’est pas chose aisée

Sur le seul mois de novembre, les énergéticiens européens ont annoncé pas moins de 280 Mds€ d’investissements. L’importance de cette enveloppe, qui représente une somme supérieure à la totalité des recettes de l’Etat français en 2019, est à l’image des défis qui nous attendent.

Assurer la soif d’énergie de nos économies n’est pas chose aisée. Mettre sur le marché plus de pétrole ou de gaz naturel est un défi industriel, géologique et politique… sans parler du casse-tête que représente la production électrique.

Comment les énergéticiens européens comptent-ils concilier hausse de la demande en énergie, baisse de la disponibilité des ressources fossiles et lutte contre le réchauffement climatique ? En investissant dans la transition énergétique. Signe que le « business as usual » n’est plus de mise, la part dédiée aux énergies renouvelables dépasse les 200 Mds€, soit plus de 70 % de l’enveloppe prévue.

Outre le gigantisme des sommes en jeu, ces annonces sont riches d’enseignements car ces 200 Mds€ ne sont pas dépensés par des Etats souhaitant réorienter leur politique écologique. Cette fois-ci, ce sont des sociétés de droit privé qui mettent la main au portefeuille – signe que les énergies propres ne sont plus un investissement à fonds perdu mais une potentielle manne financière pour les années à venir.

Quand les producteurs se mettent au vert 

La crise sanitaire du coronavirus touchant à sa fin – arrivée du vaccin oblige –, les industriels se projettent de nouveau vers l’avenir. Le dernier trimestre 2020 a été, pour les grands noms du secteur de l’énergie, l’occasion d’annoncer à leurs investisseurs la feuille de route pour les années à venir.

Le moins que l’on puisse dire est qu’ils comptent faire la part belle aux énergies propres.

Ces dernières semaines, Repsol (ES0173516115), Enel (IT0003128367) et Iberdrola (ES0144580Y14) ont chacun annoncé des plans d’investissement massifs pour les prochaines années. Le groupe pétrolier espagnol Repsol met en place un plan de 18,3 Mds€ dont 5,5 milliards, soit près d’un tiers du total, seront affectés à des projets à faible empreinte carbone.

Iberdrola, un autre énergéticien espagnol, va de son côté investir 75 Mds€ d’ici 2025. La part dédiée aux énergies renouvelables sera encore plus importante puisqu’elle atteindra les 34,7 Mds€. Il faut également noter que 27,2 Mds€ supplémentaires seront consacrés à la modernisation des réseaux de distribution. Améliorer la distribution d’électricité et la robustesse des réseaux fait partie des travaux d’infrastructure nécessaires au développement des énergies renouvelables intermittentes. Aussi ces 27 Mds€ peuvent être considérés, au moins en partie, comme un investissement « vert ».

C’est toutefois l’Italie qui occupe la première place du podium. Son plus grand fournisseur d’énergie, Enel, a annoncé un plan massif de 190 Mds€ à horizon 2030. 160 Mds€ seront consacrés à la transition vers les énergies vertes, soit 84 % du total. L’entreprise a confirmé à cette occasion son intention de devenir neutre en carbone à horizon 2050.

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Depuis dix ans, Enel s’essaye aux énergies renouvelables. Cette année, l’énergéticien passe à la vitesse supérieure. Crédit : Enel 

Les dépenses des uns sont les recettes des autres

Ces grands plans d’investissement, dont l’impact sera loin d’être négligeable pour les finances des groupes qui les mènent, peuvent être vus sous deux angles.

Côté pile, il s’agit bien évidemment de dépenses qui vont, qu’on le veuille ou non, soit baisser la rentabilité des entreprises en question, soit les obliger à augmenter les tarifs des prestations facturées aux clients. La réalité sera certainement un mélange des deux. Que l’abandon des énergies carbonées se fasse par choix (pour améliorer volontairement l’empreinte carbone) ou par contrainte (du fait de la disparition des ressources et des contraintes réglementaires), il est évident que passer aux énergies propres représente un investissement dont les actionnaires court-termistes se seraient volontiers passé.

Côté face, pourtant, ces dépenses vont avoir des conséquences positives. D’une part, elles vont permettre aux énergéticiens de pérenniser leur activité. Le risque d’assèchement de l’activité, que nous avons vu il y a quelques jours au sujet de BP, s’applique également aux autres fournisseurs d’énergie – y compris ceux dont l’activité est centrée autour de l’électricité. S’ils veulent pouvoir continuer à commercialiser de l’énergie dans cinq, dix ou vingt ans, il leur faut s’assurer de disposer de sources d’approvisionnement pérennes. S’affranchir de la dépendance aux cartels pétroliers et aux grands producteurs de gaz naturel est le choix de la raison qui permet aux investisseurs d’espérer continuer à toucher de copieux dividendes pour les décennies à venir.

Les marchés saluent d’ailleurs cette évolution des business models, et les actions des producteurs d’énergie restent très recherchées malgré ces dépenses à venir.

enel graphe bourse
iberdrola graphe bourse

Evolution des cours d’Enel et d’Iberdrola.
Avec respectivement +77 % et +76 % en deux ans, le secteur de l’énergie est toujours aussi porteur pour les investisseurs !

Malgré leurs belles performances et leurs investissements bienvenus dans les énergies renouvelables, ce ne sont pourtant pas les énergéticiens historiques qui profiteront le plus de la migration vers les énergies renouvelables.

Avec ces plans massifs, en matière d’investissement, ils assurent leur survie à long terme – et c’est une excellente chose ! Mais ces centaines de milliards d’euros, si significatifs qu’ils soient, restent une goutte d’eau à l’échelle du marché européen de l’énergie. Ils ne viendront pas décupler les chiffres d’affaires des vendeurs d’énergie dont la demande croît régulièrement, mais lentement.

Ce ne sont pas les énergéticiens historiques qui en profiteront le plus

En revanche, ces milliards de dépenses se transformeront instantanément en milliards de recettes pour les entreprises « Pelles & Pioches » de la transition énergétique. Ces dernières, dont l’activité était encore balbutiante dans les années 2000 et anecdotique dans les années 2010, voient depuis quelques mois leurs carnets de commandes se remplir à toute vitesse.

Ce sont elles qui verront, dans les prochaines années, leur activité exploser à la hausse du fait des demandes pressantes des énergéticiens. Chez ces petites mains de l’ombre de la transition énergétique, les gains potentiels sont encore plus importants.

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