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Les GAFAM face au coronavirus

par Etienne Henri

Ce n’est plus un secret pour personne : la crise du Covid-19 est en train de remettre en question des pans entiers de nos économies.

De New-York à Tokyo en passant par les pays du tiers-monde, les mesures de confinement et la terreur des consommateurs ont mis des secteurs totalement à l’arrêt. Le tourisme, le transport et l’automobile sont au point mort, l’agroalimentaire vacille et seules les nouvelles technologies tirent encore leur épingle du jeu.

Je vous l’indiquais il y a plusieurs semaines déjà, la réalité d’un confinement généralisé d’une population ne correspond pas à un scénario de film catastrophe. Les êtres humains ont besoin de s’occuper et lorsqu’ils sont cloîtrés chez eux 24h/24, ils passent le plus clair de leur temps devant des écrans. Cette tendance, identifiée dès janvier grâce à l’exemple chinois, s’est naturellement déclinée en Occident ces dernières semaines.

Qui dit crise dit souvent Far West libertaire où les solutions naissent de toutes parts et où les inconnus d’hier peuvent être les stars de demain s’ils ont eu la bonne idée au bon moment. Nous aurions pu nous attendre à ce que le confinement de trois milliards d’êtres humains facilite l’émergence de pléthore d’applications innovantes et fasse naître de nouvelles startups à succès.

Les géants de la tech d’hier vont-ils être détrônés par les génies d’aujourd’hui ? Aucun risque pour ce qui est des GAFAM…

Microsoft : l’anti-fragile par excellence 

Microsoft (NASDAQ : MSFT) est, en temps normal, le GAFAM le moins médiatique. La société n’est pas non plus connue pour surfer sur l’actualité. Pourtant, elle profite directement du confinement généralisé de la population et du recours au télétravail.

Son logiciel de travail collaboratif Microsoft Team a vu, sur une seule semaine, le nombre d’utilisateurs grimper de 37 % en passant de 32 à 44 millions d’utilisateurs actifs. Cette hausse inattendue du trafic a été si brutale que le service à même connu des interruptions en Europe.

N’y voyez pas la preuve que les services Cloud de Microsoft sont une activité négligeable dont les infrastructures sont mal financées. Au contraire, si le logiciel de travail collaboratif n’a pu tenir la charge, c’est parce que son utilisation a changé d’échelle avec la crise du coronavirus.

La tendance est là : le Cloud est de plus en plus important pour Microsoft.

GeekWire s’est fendu d’une étude fort instructive en comparant l’évolution de la part des principales divisions dans les résultats du groupe. La ligne orange représente l’informatique personnelle, la bleue les logiciels B2B et de productivité, et la rouge les services Cloud.

revenus microsoft

Evolution du chiffre d’affaires apporté par les trois divisions de Microsoft depuis 2014. Infographie : GeekWire

Un jalon significatif a été atteint l’année dernière : les trois divisions se tiennent désormais dans un mouchoir de poche. Autrement dit, le métier historique de Microsoft (logiciels, Windows et Xbox) ne représente plus qu’un petit tiers de l’activité du groupe.

Le Cloud, lui, est en pleine croissance et continuera à progresser tant que le confinement durera. Encore une fois, Microsoft démontre son incroyable anti-fragilité en matière de crise.

Apple : le coronavirus ne signera pas la fin de l’iPhone 

La crise industrielle qu’a traversée Apple (NASDAQ : AAPL) aura finalement duré moins longtemps que prévu. Son principal sous-traitant, Foxconn, a réussi à rouvrir ses chaînes de production et annonce désormais le retour à des cadences normales. Si la demande occidentale va nécessairement fléchir durant quelques semaines, la firme de Cupertino ne va certainement pas voir pour autant ses ventes s’effondrer du jour au lendemain.

Peu de fabricants de produits électroniques ont la force de frappe d’Apple et peuvent s’appuyer sur une intégration “matériel/logiciel” aussi forte. Avec, en plus, de solides réserves financières, l’entreprise est certaine de survivre à la crise. Elle peut même espérer, lors de la reprise, voir certains de ses concurrents qui jouaient sur le terrain des prix bas et des marges faibles se trouver en difficulté.

Le coronavirus ne signera pas la fin de l’iPhone.

Facebook et Google : une perte de revenus ? Et alors ? 

La situation est équivalente pour les vendeurs de publicité que sont Google (NASDAQ : GOOGL) et Facebook (NASDAQ : FB). A première vue, les investisseurs sont en droit de s’inquiéter : en période d’incertitude économique, les budgets publicitaires sont les premiers à faire les frais des mesures de rigueur des entreprises. Rien de plus simple, en effet, que de fermer le robinet des dépenses marketing pour soulager immédiatement la trésorerie !

Je m’attends, par conséquent, à ce que le résultat des deux entreprises ne soit pas reluisant sur la période du confinement. Peut-être même pourrait-il y avoir quelques surprises boursières si les analystes réalisent brutalement à quel point les flux publicitaires peuvent se tarir du jour au lendemain.

Pour autant, n’oubliez pas que la force de Google et Facebook réside dans leur immense base d’utilisateurs. Elle ne disparaîtra pas avec le confinement, bien au contraire…

Certaines entreprises feront faillite ? Certains annonceurs seront perdus ? Peu importe : d’autres prendront leur place à moyen terme et seront ravis de payer pour les espaces publicitaires fraichement libérés.

Google et Facebook ont les moyens d’attendre que l’économie revienne à la normale, et leur poule aux œufs d’or ne perdra pas en qualité d’ici là.

Amazon, ou comment gagner à tous les niveaux 

Terminons par Amazon (NASDAQ : AMZN), qui est le GAFAM dans la meilleure position pour profiter de la crise.

Il ne vous aura pas échappé que le e-commerce se porte bien en période de confinement. Les consommateurs se tournent volontiers vers les boutiques virtuelles pour minimiser les interactions sociales. Parfois, l’achat en ligne s’avère même inévitable lorsque les commerces de proximité ont purement et simplement fermé leurs portes.

Le succès des ventes en lignes est tel qu’Amazon fait face à une pénurie de main-d’œuvre dans ses entrepôts. Victime de son succès, l’entreprise a décidé mi-mars de suspendre l’expédition des commandes jugées non essentielles en France et en Italie.

Paradoxalement, ce n’est pourtant pas par le e-commerce qu’Amazon est en train de toucher le jackpot…

Comme chez Microsoft, le Cloud devient une nouvelle corne d’abondance pour la firme de Jeff Bezos. La division AWS génère désormais un chiffre d’affaires de 35 Mds$/an, et les deux entreprises sont au coude-à-coude pour le titre de leader du secteur.

Amazon cloud CA

Evolution du chiffre d’affaires généré par les services Cloud d’Amazon.
Données : Amazon, infographie : Statista

Certes, ces 35 petits milliards peuvent sembler négligeables dans la mesure où ils ne représentent que 12 % du chiffre d’affaires 2019 du groupe… mais en termes de bénéfice, l’effet est bien différent. Sur le dernier trimestre 2019, Amazon a fait état de 3,88 Mds$ de résultat net, dont 2,6 Mds$ sont imputables à AWS.

Ce “hobby”, qui représente moins de 15 % de l’activité d’Amazon génère 67 % de ses bénéfices !

Avec le Covid-19, Amazon ne gagnera pas simplement la bataille du e-commerce en étant le dernier système logistique debout lorsque tous les autres auront jeté l’éponge. Elle profitera aussi de l’essor de milliers d’applications qui, en arrière-plan, utilisent les Amazon Web Services. Sans le savoir, vous enrichissez peut-être le géant à chaque fois que vous vous offrez “une petite partie” du dernier jeu à la mode sur votre téléphone…

Tels des caïds de cour de récréation qui auraient déjà gagné toutes les billes, les GAFAM se sont établis une position monopolistique suffisamment forte pour ne pas avoir à trembler d’un confinement généralisé ou d’une récession économique. Cette particularité mérite d’être gardée à l’esprit lorsque vous ferez votre shopping d’actions décotées !

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