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Les réseaux sociaux repoussent les frontières de la société sans cash

par Edern Rio
paiements dématérialisés

Il n’y a plus de doutes, le paiement instantané par téléphone cellulaire sera la prochaine norme et nous pourrions bien voir les cartes de paiement en plastique disparaître dans un avenir pas si lointain.

En Chine, il est déjà omniprésent. WeChat Pay revendique 900 millions d’utilisateurs et 16 000 milliards de transactions par an.

Square, l’un des leaders de ce mode de paiement aux Etats-Unis, a annoncé le 28 février une croissance de son chiffre d’affaires de 64 %. Celui-ci a atteint 464 M$ en 2018. Son application Square Cash revendique désormais 15 millions d’utilisateurs et a doublé en un an.

Cette croissance phénoménale qui fluidifie toujours un peu plus les paiements s’accompagne de nouveaux comportements tout à fait étranges mais symptomatique d’une nouvelle génération (Z) instigatrice de nouvelles pratiques, notamment sur les réseaux sociaux.

Venmo invente le penny poke

L’application de transfert d’argent Venmo, rachetée par PayPal en 2013, est utilisée par 66 % des jeunes Américains. Plus que les autres fintechs, elle s’est orientée vers une sorte de réseau social où l’on peut consulter les paiements effectués par les autres, tous les autres. Et elle a également “ludifié” l’expérience par un recours massif aux emojis.

Capture écran de Venmo

Capture écran de Venmo. A gauche, le fil public. A droite le fil privé.
Source : Venmo / usabilitygeek.com.

 

Venmo peut se targuer d’avoir inventé un phénomène culturel : le penny poke. Celui-ci consiste à envoyer de très faibles paiements, moins d’un dollar, à des amis, voire à des célébrités, pour attirer leur attention.

Aussi bizarre qu’étrange vous dites-vous si vous êtes né au XXe siècle. Mais cela ressemble furieusement aux usages qui étaient faits de Facebook au début du siècle avant qu’il ne devienne cette espèce de pieuvre tentaculaire mondiale. En effet, à l’origine, un bouton intitulé poke était mis en avant et permettait de faire une sorte de coucou virtuel.

Le penny poke reprend ce principe, mais avec une très faible somme d’argent. Dans une étude datée de fin 2017 menée sur 1 000 Américains, PayPal révélait que près de 40 % d’entre eux pratiquaient le penny poke et ce pour diverses raisons : pour remercier un ami, pour l’amuser, pour lui fêter son anniversaire, voire juste pour lui dire bonjour…

penny poke

Faire la manche sur Tik Tok sans en avoir l’air

Tik Tok, la nouvelle application star de partage de vidéos très populaire chez les jeunes gens, est également en train de devenir un champion de ce genre de transferts d’argent.

L’application, qui a désormais dépassé le milliard de téléchargements, ne mise pas sur la publicité pour monétiser ses contenus, mais sur la générosité des utilisateurs. Ainsi, ils peuvent acheter des coins, une monnaie in-app, qu’ils pourront donner aux créateurs de contenus qu’ils apprécient le plus. Tik Tok évidemment prélève sa dime sur ces transactions.

Tik Tok gifts

Un exemple des divers cadeaux virtuels que l’utilisateur de Tik Tok peut envoyer à un autre utilisateur. Des cadeaux virtuels mais réellement convertibles en monnaie sonnante et trébuchante. 100 coins égalent approximativement 1 dollar. Source : Numerama/ Tik Tok.

 

Et cela marche de mieux en mieux. Les revenus ont été multipliés par 6 de juin 2018 à juin 2019, pour atteindre la somme de 10,8 M$. Nous sommes encore très loin des revenus d’un Facebook, mais la manière dont les revenus sont générés est très intéressante.

En vérité, ce phénomène est généralisé : il en est de même sur les plateformes de eSport comme Twitch. Les spectateurs “jettent” de l’argent à leurs idoles… C’est ainsi que les stars de Fortnite, outre les contrats de sponsoring ou les prix récompensant les compétitions, gagnent une coquette partie de leurs revenus.

On comprend mieux dès lors tout l’intérêt de Facebook pour le secteur des transferts d’argent. La Libra lui permettrait de mettre en place un système efficace pour régner sur les transferts d’argent du réseau social, secteur où elle n’a jamais vraiment réussi à conquérir des utilisateurs.

Malheureusement, il semble que Mark Zuckerberg ait tapé un peu fort. Il annonçait lors des derniers résultats de son entreprise qu’il se pouvait que la Libra ne voit jamais le jour suite aux levées de bouclier des autorités américaines, visiblement inquiètes de cette prise de pouvoir sur la monnaie, qui n’est finalement rien d’autre qu’un outil pratique pour échanger de la valeur.

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