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Les vices cachés de la croissance chinoise

par Arthur Toce

Intelligence artificielle (IA), automatisation, impression 3D, 5G, génétique… la course technologique mondiale bat son plein. Et, si bon nombre de pays tentent de suivre son rythme effréné, deux d’entre eux donnent clairement le ton : les Etats-Unis et la Chine.

Déclarations chocs, tweets revanchards et feuilles de route ambitieuses, ces deux pointures de la surenchère technologique n’ont pas leur pareil pour se faire remarquer. Mais, si la Chine et les Etats-Unis sont souvent au coude-à-coude, il n’est pas rare de voir l’empire du Milieu afficher, sur certains fronts, une petite longueur d’avance. Il faut dire que le pays ne lésine pas sur les moyens.

Le pays a désormais ses géants du numérique : Alibaba, Tencent et Baidu. Ayant bien profité en leur temps des largesses du gouvernement chinois, ils ont aujourd’hui atteint une taille telle qu’ils commencent, à leur tour, à arroser leurs petites consœurs.

Mieux encore, ce petit côté “despotique-œil-de-Sauron” du parti unique en place à ce petit je-ne-sais-quoi qui permet à la Chine de se démarquer par des avancées plus rapides – notamment dans des domaines ultra-pointus comme la génomique et la modification du vivant

Pourtant, même si tous ces points nous poussent à croire que la Chine sera la superpuissance numéro un de demain, déportant ainsi vers l’Extrême-Orient le centre de gravité économique et technologique mondial, nous en sommes en vérité encore loin.

D’abord parce que, dans cette course technologique, de nombreuses “haies” sont encore à franchir avant qu’un vainqueur final ne soit désigné. Ensuite, parce qu’on oublie trop souvent que le taux de pauvreté en Chine est encore de 27,2 % et que la croissance effrénée a provoqué de très nombreux dysfonctionnements.

Une croissance au détriment des ressources

Si on nous a longtemps vanté l’explosion de la croissance chinoise, ce petit miracle économique est, semblerait-il, en passe de toucher à sa fin. Pour rappel, le taux de croissance chinois tourne actuellement autour des 6 % (6,2 % au T2, 6 % au T3) – niveau d’il y a près de trente ans ! Certains analystes estiment même qu’elle tombera sous ce seuil dès l’année prochaine.

Croissance comparée de la Chine et du monde de 1991 à 2018

Croissance comparée de la Chine et du monde de 1991 à 2018. Source : Banque mondiale.

Aujourd’hui, la Chine étouffe, au sens propre comme économique.

Les années de forte croissance avaient de nombreux vices cachés. Effets pervers au premier rang desquels on retrouve, bien sûr, une phénoménale pollution atmosphérique.

C’est de notoriété publique, aujourd’hui, la Chine étouffe, au sens propre comme économique. Comme le résume très bien un papier académique chinois :

“La croissance a été réalisée au détriment des ressources naturelles et de l’environnement, ce qui a généré des émissions excessives (eaux usées, déchets gazeux, déchets solides et dioxyde de carbone) qui se sont répandues de la région est développée jusqu’à la région ouest non développée.”

Alors, oui, Pékin semble avoir pris au sérieux l’ampleur du problème. Mais vu la taille du pays, et sa réticence à s’affranchir du très bon marché charbon, le chantier écologique s’annonce aussi compliqué que colossal. Et, dans cette perspective, les vœux pieux sont très loin d’être suffisants. Il faut bien plus que distiller des mesures homéopathiques ici ou là.

En fait, à ce stade, la Chine devrait déjà être un TITAN de l’écologie. Mais, force est de le reconnaître, on en est encore loin, très très loin… Son programme nucléaire effarant pourrait tout à fait l’aider à dépasser ce problème profond.

Pour résumer mon propos, une image du photographe Wu Guoyong. Elle est édifiante tant elle illustre à elle seule tout le paradoxe chinois en matière de mauvaise gestion de la croissance, sans parler du problème écologique.

cimetière de vélos chine

Voilà donc un gigantesque cimetière de vélos comme il y en a beaucoup dans le pays. C’est une image forte, un aveu d’échec d’une politique écologique tiédasse qui partait pourtant d’une intention louable.

La Chine s’est lancée en 2015 dans la folle aventure du vélo en libre-service. 27 millions ont été mis en circulation (rendez-vous compte du nombre), et ils remplissent aujourd’hui des nécropoles de carcasses de deux roues à ciel ouvert…

Dans une Chine ultra-capitalisée qui a la taille d’un continent, la croissance prime sur les bonnes intentions écologiques, ce qui nous conduit à ce genre d’aberrations.

L’inextinguible problème de la corruption

A ce genre de mauvaises gestions, se greffe un sérieux problème de corruption quasi-institutionnalisée. Il est connu. Pékin bataille pour l’enrayer. Mais ce n’est pas gagné…

Dans la cave secrète de son domicile ne se trouvaient pas moins de 13 tonnes d’or, sous forme de lingots, soit l’équivalent de plusieurs centaines de millions de dollars américains.

Par exemple, fin septembre, le maire de Danzhou a été retrouvé avec près de 1 Md€ en or. Pire comme le dit l’AFP, “Dans la cave secrète de son domicile ne se trouvaient pas moins de 13 tonnes d’or, sous forme de lingots, soit l’équivalent de plusieurs centaines de millions de dollars américains. Les autorités ont également saisi une immense quantité d’argent en cash de différentes devises (dollar, euro et yuan), d’une

valeur totale de 268 milliards de yuans, soit 34 milliards d’euros”. Pauvre Balkany à côté, avec sa villa Pamplemousse, il fait petit joueur !

Comme vous pouvez le constater, en matière de lutte contre la corruption, l’empire du Milieu a encore beaucoup à faire. L’exemple ci-dessus n’est pas un cas isolé, il y en a beaucoup d’autres. Pourtant, depuis son arrivée au pouvoir en 2013, la corruption est l’un des principaux cheveaux de bataille de Xi Jinping. Campagne de moralisation, arrestations de cadres politiques, contrôle renforcé du parti… des mesures ont été prises, des actions menées, mais le pays reste englué dans une sorte de clientélisme économiquement contre-productif.

Ce phénomène de corruption qui touche les élites est un trait marquant de la culture chinoise par rapport à celle de ses voisins asiatiques. Alors que la culture japonaise ou coréenne font passer le collectif en premier, ce n’est pas le cas en Chine. La culture chinoise est très individualiste. Certaines petites histoires le montrent bien. Par exemple cet article publié par Slate en septembre 2015 :

“L’histoire sonne comme une légende urbaine : en Chine, les automobilistes qui percutent des piétons vont parfois s’acharner sur eux pour les tuer. Mais non seulement l’histoire est vraie, mais elle est surtout plutôt banale. Aujourd’hui, la vidéosurveillance chinoise croule sous les images de voitures roulant plusieurs fois sur leurs victimes pour les tuer à coup sûr. Il y a même un adage chinois qui résume le phénomène ‘mieux vaut renverser et tuer, que renverser et blesser’.”

Bref, s’il y a bien eu un miracle économique chinois, il faut bien garder à l’esprit que cette exubérance de croissance comporte une importante part d’ombre. Et, parallèlement, la Chine présente encore aujourd’hui de nombreux retards en matière de développement. Et c’est ce que nous verrons demain.

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