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Les voitures électriques n’échapperont pas longtemps aux taxes

par Etienne Henri
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L’année passée a été plus que bonne pour les constructeurs de véhicules électriques : ce fut celle de tous les records.

Aux Etats-Unis, dans un marché automobile en contraction de 12 %, les ventes de véhicules électriques se sont offert le luxe de croître de 10 %. Au niveau mondial, les voitures propres se sont adjugé 2,2 % des parts de marché, un niveau encore jamais vu.

Poussés par une prise de conscience écologique et le faible coût kilométrique qui promet de belles économies pour les gros rouleurs, les consommateurs sont de plus en plus nombreux à franchir le pas.

De leur côté, les Etats ont pris acte de ce frémissement du marché. Alors qu’ils subventionnaient encore fortement les achats de voitures électriques il y a quelques années (et le font encore dans une certaine mesure), ils voient désormais dans la motorisation électrique une niche fiscale inacceptable.

Leur réponse ? De nouvelles taxes à destination des conducteurs.

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Les conducteurs écoresponsables n’échapperont bientôt plus au fisc. Crédit : Tesla

Si ça ne décolle pas, subventionnez. Si ça marche : taxez ! 

Outre la question du prix d’achat, le choix d’un véhicule se fait généralement en fonction du coût au kilomètre parcouru. Avec son excellente efficacité énergétique et sa fiabilité, la voiture électrique est imbattable sur ce point.

Même en rechargeant son véhicule à domicile au prix fort, il est infiniment moins cher de rouler à l’électricité qu’à l’énergie fossile.

Le calcul est toutefois trompeur : les carburants fossiles sont fortement taxés dans tous les pays du monde. Cette manne est tout sauf négligeable pour les Etats, et les conducteurs de véhicules électriques échappaient jusqu’ici à cette taxation.

L’économie n’est donc pas majoritairement apportée par l’efficacité énergétique mais par le fait que les kilomètres parcourus soient « détaxés » ; et les pouvoirs publics ne comptent pas laisser cette situation perdurer maintenant que plus de 3 millions de voitures électriques sillonnent la planète.

Plusieurs Etats nord-américains, dont l’Utah, l’Illinois et l’Oregon, ont décidé d’augmenter les taxes visant les véhicules électriques au 1er janvier. Alors qu’il existe encore des subventions au niveau fédéral à l’achat, les conducteurs seront désormais priés de verser leur obole pour l’entretien des routes. Même la Californie, terre d’accueil du véhicule électrique qui concentre à elle seule 8 % des ventes mondiales, rejoindra le mouvement au 1er juillet.

Pour l’instant, les conducteurs « propres » restent très peu taxés par rapport à ceux utilisant des véhicules conventionnels. Alors qu’un conducteur typique de voiture familiale verse chaque année 187 $ à l’Utah en achetant son carburant à la pompe, un conducteur de Tesla sera prié de verser 90 $ cette année et 120 $ l’année prochaine.

A quand l’arrivée de la « taxe électrique » en France ? 

Une fois de plus, les Etats-Unis nous montrent la voie tant au niveau de l’adoption des nouvelles technologies que de leur impact social et économique.

Taxer au niveau des bornes de recharge publiques serait extrêmement facile…

Il serait illusoire de penser que les conducteurs français échapperont bien longtemps à la taxation des recharges de leurs voitures électriques. En France, les taxes représentent 61 % du coût du sans-plomb 95, et elles ont rapporté l’année dernière 37 Mds€ aux finances publiques, soit plus que la totalité de l’impôt sur les sociétés (31 Mds€) !

Si le ministère de l’Écologie se féliciterait sans doute de la conversion de notre parc automobile aux véhicules électriques, le tarissement de cette source de revenus serait ingérable pour Bercy.

Il y a fort à parier que l’exemple de l’Utah et l’Oregon sera bientôt suivi en France. Tout est d’ailleurs prêt : taxer au niveau des bornes de recharge publiques serait extrêmement facile, et les compteurs Linky ont été conçus pour être capables d’analyser la consommation des foyers poste par poste. Alors que ces compteurs intelligents équipent désormais plus de 40 % des foyers, même une discrète recharge lente à domicile ne sera bientôt pas suffisante pour rouler en véhicule électrique sans attirer l’attention du fisc.

Quand la tech facilite la taxation 

Outre le versement d’une contribution fixe, les Etats sont en train d’expérimenter la facturation au kilomètre pour recouvrer ces nouvelles taxes. Grâce à l’installation de boîtiers-mouchards, désormais suffisamment précis et autonomes pour relever tous les déplacements, les conducteurs peuvent se voir exonérés de la taxation forfaitaire en optant pour un paiement au kilomètre parcouru.

En Utah, le barème actuellement retenu est de 0,85 centime au kilomètre, plafonné au montant de l’obole forfaitaire. Ce programme-pilote permettra de déterminer si les citoyens préfèrent verser une somme fixe ou bien être fichés en temps réel par leur administration.

La période de grâce fiscale est terminée pour les conducteurs de véhicules électriques…

Aux Etats-Unis, pays où les libertés individuelles sont encore très prisées, la question est loin d’être tranchée d’avance et l’Utah prévoit de maintenir ces deux solutions pour encore quelques années.

En France, où la confiance en l’État est plus grande et où la notion de vie privée est moins ardemment défendue, rien ne permet d’être certain que les boîtiers-espions resteront facultatifs sur le long terme. Les progrès de l’électronique embarquée et le futur déploiement de la 5G viendront rendre cette surveillance encore plus facile et précise.

Quel que soit le mode de taxation retenu, une chose est certaine : la période de grâce fiscale est terminée pour les conducteurs de véhicules électriques.

Les enthousiastes de la première heure qui empruntaient le réseau routier sans participer à son financement vont devoir rentrer dans le rang des conducteurs lambda.

Le coût réel de leurs kilomètres parcourus risque d’exploser : avec une augmentation des redevances de 33 % déjà prévue pour 2021 en Utah, les administrations montrent aux citoyens que la phase de taxation ne fait que commencer.

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1 commentaire

Marin des mares 26 janvier 2020 - 6 h 15 min

Il faut taxer les riches électriques car avec ma petite twingo j avais l air d un con ma mère et je charbonne moins l atmosphère qu une voiture 🚙 hybride : Small is beautyfuel.

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