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L’essor des semi-conducteurs chinois

par Etienne Henri
chine semiconducteurs

Nous avons vu hier que la Chine a réalisé un véritable faux départ dans les années 1960 sur le marché du semi-conducteur. Le pays, initialement capable de concurrencer les Etats-Unis et précurseur en Asie, s’est empêtré dans de mauvais choix industriels. Ils lui coûtent aujourd’hui plus de 300 Mds$ par an en importations.

La Chine ne cessera pas de sitôt d’assembler la quasi-totalité des produits électroniques de la planète, et l’approvisionnement en processeurs est un enjeu majeur. Pékin a décidé cette année de faire passer le taux de production intérieure de 16 % à 40 % l’année prochaine, et de le monter à 70 % dès 2025.

Des milliards pour faire naître quelques champions 

Si la Chine a su devenir un acteur d’envergure du marché de la fonderie, c’est parce que Pékin a mis en place un fonds d’investissement doté de 138 milliards de yuan (soit 18 Mds€) en 2014. Ce fonds a généreusement financé la Semiconductor Manufacturing International Corporation (HKG:0981), ZTE et Tsinghua Unigroup.

Aujourd’hui, la SMIC est devenue le 5e fondeur mondial. Elle parvient à graver des puces en 14 nm – comme les fondeurs américains moyens – mais reste très loin du niveau d’expertise de TSMC et Samsung qui gravent communément en 7nm et travaillent d’ores et déjà à la gravure en 5nm.

Il n’y a pas de demande pour des processeurs Made in China gravés sur des finesses intermédiaires.


Autant dire que les entreprises fabless occidentales n’ont aucune raison de se tourner vers la production chinoise pour leurs processeurs haut de gamme. Pour équiper des smartphones devenus surpuissants, des ordinateurs portables capables de fonctionner une journée entière sans recharge ou réaliser des réseaux de neurones sur silicium faisant tourner des IA en temps réel, chaque nanomètre compte.

Ce n’est pas pour rien que les fondeurs se livrent à cette guerre sans merci vers toujours plus de finesse : les concepteurs de puces veulent le meilleur, et vont le chercher où qu’il se trouve.

Ce sont, in fine, les vendeurs de produits électroniques qui décident des composants qu’ils y intègrent. Selon Jimmy Goodrich, vice-président de la Semiconductor Industry Association, les milliards que dépense la Chine ne règleront pas le problème de base : il n’y a pas de demande pour des processeurs Made in China gravés sur des finesses intermédiaires. 

Vers une remise à plat de la chaîne de valeur 

Pour que des processeurs conçus et fabriqués en Chine trouvent leur place dans les produits électroniques du quotidien, il faudra que l’industrie locale parvienne simultanément à faire naître une culture de la R&D et à rattraper son retard au niveau des finesses de gravure.

Si certains s’interrogent déjà sur la pertinence (et la possibilité) de se battre à armes égales avec TSMC et Samsung dans une économie administrée, c’est la partie recherche et développement (R&D) qui soulève le plus de questions.

Le fait que la valeur des concepteurs fabless soit intangible et constituée uniquement de brevets et de savoir-faire n’empêche pas les barrières à l’entrée d’être gigantesques. Dans une interview datant de septembre 2018, Liu Chuanzhi, fondateur et P-DG de Lenovo, estimait déjà à 2 Mds$ l’investissement nécessaire pour espérer concevoir un processeur moderne. Couplée à l’absence de visibilité, la facture est un peu salée pour une entreprise qui génère un bénéfice annuel de 140 M$…

Lenovo a par conséquent fait le pari, plutôt que de risquer sa survie en s’engageant dans un effort de R&D hasardeux, de continuer à s’approvisionner sur le marché international des processeurs – et nombre d’autres assembleurs suivent cette même stratégie prudente.

Les géants du numérique chinois à la rescousse de Pékin

 Les constructeurs des années 1990 ne jouent plus le jeu et préfèrent assurer leur survie plutôt que prendre des risques ?

Qu’à cela ne tienne : la Chine regorge d’entreprises qui aspirent à dominer l’industrie mondiale et sont prêtes à tout risquer pour y parvenir. Alibaba Group et Baidu ont déjà développé en interne des puces spécialisées dans l’intelligence artificielle destinées aux voitures autonomes et à l’Internet des objets.

Ces produits, conçus en Chine, pourraient pousser la SMIC à investir dans des procédés de gravure moderne. La boucle serait ainsi bouclée : l’empire du Milieu aurait des entreprises concevant des puces, d’autres assurant leur fabrication, et les fruits de cette collaboration nationale se retrouveraient dans des produits grand public qui inonderaient la planète.

Vous vous en doutez, la naissance d’un tel écosystème aura des répercussions à l’échelle mondiale sur l’industrie électronique. Rendez-vous demain pour les découvrir dans le dernier volet de ce dossier.

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1 commentaire

Clovis 24 octobre 2019 - 15 h 27 min

Petit commentaire sur les tailles de processus dont vous parlez.
Le procédé de 14nm de Intel n’est pas le même que celui de Samsung ou TSMC. Voir l’encadré en début d’article https://en.wikipedia.org/wiki/10_nanometer
Donc dire que Intel n’est pas au niveau de Samsung ou TSMC n’est pas correct, et d’ailleurs aucun des deux n’imprime quoi que ce soit à cette taille là

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