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Comment lire l'avenir sur la tête d'un chat

par Cécile Chevré

Maintenant que l’extraordinaire rally des bourses mondiales se confirme, maintenant que les plus-hauts de 2008 sont battus à plate couture, chacun s’interroge : la hausse peut-elle se poursuivre encore longtemps ? Car même le plus obtus des optimistes soupçonne, que dis-je, flaire, le mauvais coup.

Un tel rally haussier ne devrait se justifier que par une économie saine, solide. Ce qui est loin d’être le cas, comme le prouve les derniers chiffres de croissance pour 2013 dans la zone euro. Ou encore les faiblesses répétées de l’économie chinoise qui ne s’est pas vraiment remise d’une année 2012 chaotique. Comme le soulignait Bloomberg, les derniers chiffres venus de Chine laissent entrevoir le plus faible démarrage économique depuis 2009. Et puis il y a toujours ces doutes persistants sur les fondements de la « reprise » américaine.

Bref, en un mot comme un cent, cela ne va pas très fort sur le front de l’économie mondiale. Vraiment pas de quoi projeter les Bourses vers des sommets.

Puisque cette analyse est partagée par à peu près tout le monde – et que le responsable est connu de presque tous (Ben Bernanke, ses milliards imprimés, ses taux bas…) –, chacun guette maintenant un éventuel signe de retournement.

Pas moi. Peut-être suis-je aveugle, idiote ou crédule, mais j’ai décidé de faire confiance à un chat.

Ou plutôt à une tête de chat. Vous le savez, je ne suis pas une grande fan de l’analyse technique – le seul intérêt que j’y vois vraiment, c’est les noms poétiques (ou farfelus) que les analystes donnent à des figures qu’ils voient dans les cours : chandelier japonais, anse de tasse à thé…

Pourquoi pas une tête de chat alors ?

Graphe sp

Voici un graphe que je vous avais déjà présenté il y a quelques semaines : l’évolution du S&P 500 depuis 1999, ce qui nous permettait d’observer ce qui s’était passé lors des précédentes crises de 2000 et 2007… et d’en tirer deux enseignements :
– A chaque fois que le S&P a franchi cette fameuse barre des 1 500 points, il est allé un peu plus haut avant de se retourner. 1 527 en 2000 et 1 565 en 2007.
– A chaque flambée au-dessus de 1 500, on peut observer deux pics, séparés de quelques mois : en 2000 : le 23 mars à 1 527 points puis le 1er septembre à 1 520 ; en 2007 : le 13 juillet à 1 552 puis le 9 octobre à 1 565 points. Des oreilles de chat en somme…

Graphe chat

La semaine dernière, le S&P a clôturé à 1 551 points… ce qui nous laisse un peu de marge pour un nouveau plus-haut dans les semaines à venir. Puis une consolidation… et un nouveau sommet.

Qui peut se mettre en travers des marchés actions ?
Qu’est-ce qui pourrait faire exploser en vol ce scénario ? Le chômage américain… et l’Europe.

Le grand mouvement haussier dans lequel nous sommes en train d’évoluer pourrait s’enrayer en cas d’arrêt de la politique d’impression monétaire de la Fed – et des autres banques centrales. Mais malgré les derniers bons chiffres du chômage américain (à 7,7%, soit son plus bas niveau depuis 2008), la Fed n’en prend pas le chemin. Il y a 15 jours, les marchés se sont offert une séance de panique après avoir découvert que tous à la Fed ne partageaient pas le point de vue de Ben Bernanke. Mais Ben est le patron… et il s’est empressé de rassurer les marchés sur la poursuite de sa politique. Au pire, la Fed pourrait ralentir ses rachats, mais pas les arrêter brutalement.

L’autre grande source de danger vient de l’Europe. Je suis déjà longuement revenue sur les dangers politiques qui menacent la stabilité de la zone euro.

A la BCE, Mario Draghi joue avec l’idée de baisser ses taux. Il ne l’a pas fait la semaine dernière mais au vu des dernières statistiques européennes (un taux de chômage supérieur à 11% dans la zone euro, et une croissance pour 2013 revue à la baisse par la BCE à -0,5% contre -0,3% précédemment), il pourrait rapidement décider d’intervenir. C’est du moins ce que les marchés anticipent.

Côté entreprises européennes, ce n’est pas mieux. Comme le souligne le Financial Times, alors que trois-quarts des entreprises ont publié leurs résultats pour le quatrième trimestre 2012, il s’avère déjà que l’année 2012 sera décevante. 47% des entreprises de l’Eurostoxx 600 ont affiché des résultats en-deçà des attentes des analystes. Et pour le premier trimestre 2013, la majorité des entreprises s’attend à des résultats moroses.

Les matières premières, révélateur d’une fausse croissance…
Et pour terminer, un dernier graphe, repris de mes collègues américains et que je trouve particulièrement éclairant. Il représente, en pointillés, l’évolution du Dow Jones, et celle de l’indice matières premières de Thomson Reuters/Jefferies :

Graphe Dow Jones

Comment expliquer une telle divergence entre l’emblématique indice boursier américain et les matières premières qui, par nature, sont corrélés à la croissance économique ? Et comment expliquer que ces mêmes matières ne semblent plus jouer leur rôle d’actifs anti-inflation ?

Si la réponse à la première question est assez évidente (il n’y a pas de véritable reprise économique), il est plus difficile de répondre à la seconde. Une déflation menace-t-elle vraiment ou les marchés sous-estiment-ils le retour de l’inflation ? A suivre…

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