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Michelin se lance dans les plastiques recyclables

par Etienne Henri
plastique Michelin Pyrowave

[L’utilisation massive des polymères dans l’industrie pose bon nombre de questions d’ordre écologique. Certains ne sont ni réutilisables, ni recyclables. Mais, pour les industriels, s’en affranchir reste compliqué. Un vrai casse-tête. Une belle épée de Damoclès aussi : certains types de plastique risquent d’être interdits dès 2025… C’est là qu’intervient Pyrowave dont la technologie a déjà séduit Michelin. A terme, c’est toute l’industrie du plastique qui pourrait se réorganiser…]

La consommation de plastique est problématique. Et ce, à bien des niveaux. Elle ne pose pas qu’un problème de pérennité dû à l’usage de ressources fossiles non renouvelables. Se pose également la question de leur fin de vie.

Le législateur a prévu l’interdiction des plastiques non recyclables d’ici à 2025

Ceux qui ne peuvent être ni réutilisés, ni recyclés, finissent au mieux dans des décharges où ils empoisonnent lentement l’environnement, au pire dans les océans où ils représentent un danger immédiat pour la faune.

Or, s’affranchir du plastique est compliqué. Bon nombre d’industriels continuent de les utiliser, qui plus est des polymères non recyclables. Leurs performances et leur coût pèsent dans la balance.

Prenons le polystyrène par exemple. Il reste encore aujourd’hui massivement utilisé. D’abord pour les emballages alimentaires. Mais aussi dans des activités considérées comme vertueuses ! C’est le cas de la rénovation thermique des bâtiments, qui est pourtant un des piliers de notre stratégie de développement durable.

Constatant que la loi de l’offre de la demande ne suffirait pas à limiter l’utilisation de ces produits parmi les moins écologiques qui soient, le législateur s’est emparé du sujet et a prévu l’interdiction des plastiques non recyclables à horizon 2025. L’industrie pourrait trembler face à cette date butoir qui s’approche à grands pas… Mais c’est sans compter l’ingéniosité des entrepreneurs qui ont imaginé ce qui semblait impensable depuis les débuts de l’utilisation généralisée du polystyrène dans les années 1930 : son recyclage à grande échelle.

Quand les matériaux font de la résistance 

Limiter l’usage, réutiliser, recycler, le triptyque du développement durable est bien connu. Si certains matériaux – comme le verre ou les métaux – se prêtent de bonne grâce aux trois contraintes, les plastiques non recyclables font office de mauvais élèves.

Du pot de yaourt en polystyrène à usage unique à la dalle isolante en polystyrène expansé retirée lors d’une démolition, la réutilisation n’est pas envisageable. Le recyclage non plus. Le polystyrène, fait de longues chaînes de styrène (sa brique élémentaire), ne peut être reformé à l’envi. Pire encore, sa faible densité lorsqu’il est utilisé pour des emballages fins, ou lorsqu’il est expansé, rend son tri et sa récupération encore moins rentables.

En pratique, sa valorisation en fin de vie se limite bien souvent à servir de combustible dans les incinérateurs. Pour les industriels, il reste donc plus facile (et rentable) de recréer des objets en polystyrène à partir de styrène que de mettre en place une coûteuse chaîne de valorisation.

C’est pour sortir de ce cercle vicieux production-consommation-destruction que la société Pyrowave a été créée. Son objectif est de faire revenir le polystyrène à son élément de base, le styrène donc. De cette manière, il pourrait être réutilisé comme matière première dans la chaîne de fabrication. Et ce, sans imposer la moindre contrainte en termes de pureté, de composition chimique ou de procédés d’utilisation.

Quand les micro-ondes inversent les réactions chimiques 

Casser des polymères n’est pas chose aisée. Il faut, pour y parvenir, réussir à fracturer les longues molécules sans pour autant détruire les briques élémentaires qui les composent. Cette « digestion artificielle » est souvent trop complexe pour être rentable. Quand elle n’est pas purement et simplement impossible.

Le styrène régénéré ne met pas le moindre atome de carbone supplémentaire en circulation

La société Pyrowave a développé et breveté une technique originale qui consiste à utiliser des micro-ondes dans une plage d’utilisation bien précise pour effectuer une dépolymérisation non destructrice. En pratique, du polystyrène préalablement nettoyé et préparé est introduit dans un réacteur à micro-ondes. Il en sort du styrène d’une pureté de 99,8 %, équivalent à celui produit par la pétrochimie. Le rendement de l’opération approche les 98 %. Le styrène ainsi produit peut être réutilisé par l’industrie comme matériau de base pour refabriquer des produits en polystyrène… Et son bilan écologique est bien plus intéressant.

Au niveau du bilan carbone du produit, le styrène régénéré étant issu de polystyrène existant, il ne met pas le moindre atome de carbone supplémentaire en circulation. L’opération est même intéressante du point de vue énergétique puisque reformer du styrène nécessite cinq à sept fois moins d’énergie que la production de styrène vierge. Même en utilisant de l’électricité dont la source primaire est émettrice de CO2 (comme c’est le cas dans les pays qui utilisent massivement des centrales à gaz ou à charbon), l’opération permet de diminuer jusqu’à 85 % les émissions de gaz à effet de serre.

réacteur à micro-ondes de Pyrowave

Le réacteur à micro-ondes de Pyrowave ouvre la voie à la production de styrène décarboné et énergétiquement sobre (photo : Pyrowave)

Tout un consortium derrière Pyrowave 

En juillet dernier, un regroupement d’industriels s’est organisé pour créer une filière française de recyclage des emballages en polystyrène. Le consortium PS25 se veut la vitrine d’un usage vertueux et durable. Et le nom choisi est loin d’être anodin puisqu’il n’est pas sans rappeler la date à laquelle l’utilisation du polymère risque d’être déclarée illégale…

Porté par les industriels consommateurs de polystyrène qui seraient fortement lésés en cas d’interdiction totale, ce consortium regroupe des grands noms de l’industrie comme Andros, Lactalis et Yoplait.

Déjà, les premiers projets-pilotes sont annoncés. Le procédé de Pyrowave a attiré l’attention de Michelin. Le fabricant de pneumatiques, qui utilise le styrène sous forme non polymérisée pour fabriquer le caoutchouc synthétique de ses pneus, a pris une participation dans l’entreprise à hauteur de 5 % du capital. A cette occasion, le pneumaticien a annoncé un investissement de 20 M€ pour accélérer l’arrivée d’un premier démonstrateur. Intégré aux chaînes de production de Michelin, il devrait être opérationnel dès l’année prochaine. A terme, l’installation devrait permettre de recycler 15 000 à 20 000 tonnes de polymère par an.

C’est toute l’industrie du plastique qui pourrait se réorganiser

Ce co-développement, s’il sera l’occasion pour Michelin de verdir son approvisionnement en styrène, ne sera qu’une première étape pour Pyrowave. L’agroalimentaire, l’automobile et la santé sont également demandeuses de styrène vert. Avec plus de 100 000 tonnes de polystyrène mises sur le marché chaque année en France, Pyrowave ne manquera pas de matière première… d’autant que sa technologie brevetée peut s’utiliser de la même manière pour dépolymériser le polypropylène (2,7 millions de tonnes/an dans le monde) et le polyéthylène (114,43 millions de tonnes/an).

A terme, c’est toute l’industrie du plastique qui pourrait se réorganiser autour d’un usage circulaire de cette matière première.

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