Accueil Thématiques d'investissement Microsoft redevient numéro 1

Microsoft redevient numéro 1

par Etienne Henri
Microsoft redevient numéro 1

[Dans les années 90, Microsoft était le symbole du numérique. 30 ans plus tard, après un long passage à vide, l’entreprise de Redmond est de nouveau au firmament du secteur et sa capitalisation boursière le reflète avec 2 500 Mds$ ! Valorisation méritée ou emballement boursier ? Etienne Henri fait le point.]

Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel, mais il est des croissances qui semblent inarrêtables.

Microsoft, que l’on ne présente plus, vient de rafler la première place du podium des plus grandes capitalisations boursières. Elle est devenue, fin octobre, l’entreprise la plus valorisée au monde en passant devant son éternelle rivale Apple. La semaine suivante, elle a franchi un record historique et un cap fort symbolique en dépassant les 2 500 Mds$ de capitalisation.

Ce montant, qui dépasse l’entendement, est équivalent au PIB français. Il représente à lui seul la moitié de la somme de toutes les capitalisations des entreprises cotées sur Euronext (Bourses d’Amsterdam, Bruxelles, Lisbonne et Paris confondues).

Microsoft était un géant du logiciel et une entreprise « de bon père de famille » pour les investisseurs souhaitant profiter de sa rente technologique sur la suite Office et son système d’exploitation Windows ; c’est désormais une entreprise de croissance et un mastodonte boursier.

Microsoft redevient numéro 1

 Sur 10 ans, le cours de l’action Microsoft s’offre une belle progression exponentielle. Infographie : Investing.com

 L’éditeur a su, depuis quelques années, négocier parfaitement le virage du Cloud et la numérisation croissante de nos économies. La question est désormais de savoir quelles sont les marges de progression du titre.

Hauts et bas d’un géant

L’histoire de Microsoft n’a pas été un long fleuve tranquille. Dans les années 1980-1990, la firme de Redmond devint ultra-dominante sur le marché de la micro-informatique grâce à la quasi-hégémonie de son système d’exploitation Windows sur les ordinateurs individuels utilisés par les particuliers comme les entreprises. Sa suite bureautique Office, contenant un traitement de texte, un tableur, et un éditeur de diaporama, qui a parfaitement accompagné l’arrivée des premiers ordinateurs portables, vint encore renforcer sa position de leader sans concurrents sérieux.

Et le ciel lui tomba sur la tête.

L’arrivée d’Internet fut, tout d’abord, mal anticipée. Absent des infrastructures du Web et ne possédant pas de navigateur, Microsoft dut commercialiser en urgence son Internet Explorer en achetant le code source à une autre entreprise pour pouvoir contrer Netscape. A partir de 1996, Internet Explorer fut fourni avec le système d’exploitation Windows.

Ce tour de force permit effectivement à Microsoft d’évincer Netscape du paysage, mais lui attira les foudres des autorités. Dès 1992, le régulateur américain s’inquiétait de la position monopolistique de l’éditeur de logiciels, et les pratiques anti-concurrentielles au sujet des navigateurs Web fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase.

Le 7 juin 2000, le démantèlement de Microsoft fut demandé par la justice américaine. Ce ne fut que grâce à un appel que la sanction fut commuée en une obligation d’opérabilité avec les logiciels tiers. Malgré l’indulgence dont fit finalement preuve la justice, le mal était fait : les pratiques anticoncurrentielles avaient été exposées au grand jour. Microsoft perdit alors les faveurs du grand public et de la Bourse.

Même la démission de Bill Gates, qui céda les rênes de son empire à Steve Ballmer entre 2000 et 2014, ne parvint pas à inverser la tendance. Durant cette période, l’entreprise manqua de souffle technologique, ce qui se ressentit sur ses performances boursières. Le titre ne parvint jamais à retrouver ses sommets des années 1990, oscillant autour des 30 dollars durant plus de dix ans.

Microsoft redevient numéro 1

Les « années Ballmer », de 2000 à 2014, furent un purgatoire pour le titre MSFT. Infographie: Investing.com

Le succès indéniable de Satya Nadella…

Ce fut finalement sous la houlette de Satya Nadella que Microsoft retrouva toute sa splendeur. L’entreprise, qui aurait pu tomber dans les oubliettes de l’Histoire de la tech comme HP, Oracle, et IBM qui sont devenus des titres de rente, a retrouvé le chemin de la croissance.

Nadella, contrairement à Ballmer, a accepté de casser le dogme voulu par Bill Gates qui voulait que tout nouveau déploiement logiciel serve avant tout à faire vendre d’autres logiciels Microsoft.

Sous son impulsion, le groupe a fourni de plus en plus de services Cloud basés sur des API (interfaces de programmation) ouvertes.

Ce fut sans nul doute la clé du succès. La branche « Azure », qui regroupe les activités Cloud du groupe, est désormais la principale locomotive de la croissance de l’entreprise. L’année dernière, elle a rapporté pour la première fois plus de 50 milliards de dollars de chiffre d’affaires (+36 % sur un an). Elle a représenté plus d’un tiers du CA total de l’entreprise, qui n’a cru que de +14 % sur la même période.

Les derniers résultats trimestriels sont venus souligner que la tendance ne fait que s’accélérer : les revenus d’Azure ont atteint, sur le troisième trimestre 2021, 17,7 Md$. Ils sont ainsi en progression de +33 % tandis que l’activité globale ne progresse que de +19 %. Cette surperformance, trimestre après trimestre, fait rêver les investisseurs qui voient dans le Cloud le complément parfait des ventes de licences de logiciels qui ont fait sa fortune au siècle passé.

… et un signe d’emballement boursier

 Malgré ces fondamentaux solides qui viennent nourrir, à juste titre, la hausse du prix de l’action, les investisseurs n’en restent pas moins susceptibles de tomber dans un optimisme exagéré.

Avec la hausse de ces derniers mois, l’action Microsoft se paye sur un PER de plus de 37. C’est cher, surtout que le groupe n’est pas le seul à connaître le succès dans les services du Cloud. Il faudrait vraiment que la croissance se poursuive au même rythme jusqu’à la fin de la décennie pour que ce ratio de valorisation se justifie – chose que Jeff Bezos ne laissera certainement pas faire sans réagir pour protéger l’offre AWS d’Amazon.

Historiquement, le PER de Microsoft tournait plutôt (hors excès ponctuels) entre 10 et 20 – tout comme celui d’Apple. Ce n’est que récemment que la hausse du prix de l’action a commencé à se faire à un rythme plus élevé que celle des bénéfices et qu’une tendance à l’inflation du prix se dessine clairement.

Microsoft redevient numéro 1

Evolution du prix de l’action MSFT (en haut), du résultat par action (au milieu) et du PER (en bas). Infographie : MacroTrends.

Il faudrait une division par deux du prix de l’action pour que, toutes choses égales par ailleurs, l’entreprise soit valorisée comme il y a cinq ans de cela. A contrario, il faudra vraiment que les bonnes nouvelles continuent de tomber sans discontinuer pour que la hausse exponentielle puisse se poursuivre.

Les investisseurs n’ont plus qu’à espérer que Satya Nadella sorte de son chapeau un nouveau relais de croissance – car le potentiel du Cloud est déjà largement dans les cours.

[Et cela pourrait bien venir de la branche gaming du géant de Redmond, comme le pense Arthur Toce.]

Soyez le premier informé des dernières Opportunités Technos directement dans votre boîte mail

Articles similaires

Laissez un commentaire