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Moderna : vers un vaccin tout-en-un grippe/COVID-19

par Etienne Henri
vaccin moderna covid grippe 2

[Forte du succès de son premier vaccin à ARN messager, la biotech Moderna ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. La recette ne demande d’ailleurs qu’à être déclinée et, de fait, de nouveaux projets sont dans les tuyaux. Les virus pulmonaires d’abord – dont un étonnant vaccin tout-en-un grippe/COVID-19… Les pathologies plus lourdes, comme les cancers, ensuite. Clairement, l’ARN est une future machine à cash. Et ça, Moderna l’a bien compris.]

L’Américain espère désormais décliner rapidement sa formule sur d’autres virus

Moderna est l’un des deux laboratoires pharmaceutiques à avoir réussi à concevoir – en un temps record s’il-vous-plaît – un vaccin à ARN messager contre le COVID-19 (l’autre étant l’Allemand BioNTech). Fort de ce succès, l’Américain espère désormais décliner rapidement sa formule sur d’autres virus…

L’hiver approchant, début septembre, Stéphane Bancel, P-DG de la biotech, a annoncé que, pour répondre au mieux aux prochaines problématiques sanitaires hivernales, l’entreprise travaillait sur de nouveaux produits. Dans sa ligne de mire directe, le virus de la grippe saisonnière, l’un des plus meurtriers au monde… La biotech entend ainsi proposer en une injection, un « booster » contre le COVID-19 et un vaccin contre la grippe.

Et, de ce point de vue, considérant que les vaccins à ARN ont plutôt bien fait leurs preuves ces derniers temps, l’avenir semble lui tendre les bras. Moderna pourrait même, au passage, remettre en question le business model des big pharmas… Elle pourrait également offrir à ses investisseurs, déjà ravis du parcours boursier de son action, un relais de croissance supplémentaire pour les prochaines années… 

Une recette qui ne demande qu’à être déclinée

Vous le savez peut-être, mais le concept de vaccination par ARN messager ne date pas d’hier. Son utilité n’a donc aucune raison de se borner à la seule problématique du COVID-19. Pour info, la technique est étudiée en laboratoire depuis les années 1990.

Sur le papier, elle est simple. En donnant aux cellules un mode d’emploi (l’ARN), il est possible de leur faire produire n’importe quelle protéine. Le système immunitaire se charge ensuite de reconnaître ces protéines étrangères et d’avoir une réaction adaptée quand il est confronté à celles-ci.

Cette méthode semble depuis longtemps parfaite pour créer des vaccins voués à « entraîner » notre système immunitaire. Par ce biais, ce dernier apprend à reconnaître des composés étrangers comme par exemple certaines protéines exprimées par les cellules cancéreuses ou des fragments du SARS-CoV-2. Il fut même un temps envisagé de l’utiliser pour permettre à nos cellules de produire directement des molécules thérapeutiques. Notre corps devenant ainsi une usine à médicaments.

Les maladies pulmonaires sont naturellement les premiers candidats

Comme toujours lorsqu’il s’agit du vivant, le diable se cache dans les détails…

L’ARN messager est fragile. Il ne rentre pas spontanément dans les cellules une fois injecté. Il faut l’encapsuler dans une membrane lipidique (un corps gras) qui jouera le rôle de véhicule… Exercice délicat car le système immunitaire ne doit pas être réveillé trop tôt, sous peine de voir ce mode d’emploi génétique détruit avant même d’avoir pu être exploité par notre machinerie cellulaire. Si les chercheurs sont parvenus à utiliser l’ARN messager dès les années 1990 chez la souris, reproduire la performance chez l’être humain semblait beaucoup plus compliqué.

Durant des décennies, les laboratoires ont travaillé d’arrache-pied pour trouver un moyen de transporter l’ARN messager dans nos cellules. Ils ont également étudié différents adjuvants et concentrations pour trouver le compromis parfait entre l’intensité de la réaction immunitaire voulue et les effets secondaires… le tout à coût acceptable.

Alors que le juste équilibre semblait, il y a encore deux ans, impossible à trouver, l’expérience COVID-19 nous a montré qu’il est non seulement possible de réaliser des vaccins à ARN messager mais, qu’en plus, ils ont un effet bien plus protecteur que les plateformes vaccinales classiques.

Après avoir vendu plus de 1,5 milliard de doses dans plus de 72 pays, Moderna cherche naturellement à décliner son savoir-faire, comme la production d’ARN synthétiques et de vecteurs lipidiques, dans le traitement d’autres infections.

Les maladies pulmonaires – comme le COVID-19 ou la grippe – sont naturellement les premiers candidats. Viennent ensuite potentiellement toutes les maladies infectieuses pour lesquelles il existe une réponse immunitaire. Et, pourquoi pas, d’autres types de pathologies comme les cancers.

Stephane Bancel, qui a pris la direction de Moderna après avoir été directeur général délégué de bioMérieux (à 34 ans seulement), a bien pris la mesure du potentiel commercial de l’ARN messager.

L’ARN, une future machine à cash

Dans une stratégie de communication tous azimuts, à l’opposé de la discrétion germanique de BioNTech, Moderna sait depuis toujours faire rêver les investisseurs. Au fil des ans, le P-DG a réussi à lever, avant même que le moindre chiffre d’affaires ne soit encaissé, plus de 1 Md$ sur de simples promesses. Juste avant l’IPO, en 2018, les tours de table se sont même montés à 2 Mds$. Bien peu se souviennent aujourd’hui que le cheval de bataille initial était la thérapie par ARN qui s’est pourtant avérée être une impasse technologique…

Moderna sait depuis toujours faire rêver les investisseurs

Depuis, crise du COVID-19 aidant, le cours de l’action a été multiplié par 24. L’entreprise est aujourd’hui valorisée plus de 180 Mds$. C’est moitié plus que Sanofi qui a pourtant près d’un demi-siècle d’histoire… 

Cette valorisation délirante s’explique par le potentiel commercial de long terme de l’ARN messager. Il ne vous aura pas échappé que la probabilité que la protection des vaccins à ARN contre le COVID-19, excellente dans les premières semaines, s’amenuise avec le temps. De plus en plus de pays optent désormais pour une troisième dose – et la question reste entière quant à la durée de protection de celle-ci…

Le SARS-CoV-2 pourrait, à l’instar de nombreux virus, nécessiter des rappels de vaccination réguliers. A titre de comparaison, il est estimé que le vaccin annuel contre la grippe, pourtant considéré comme efficace et utile, perd jusqu’à 10 % d’efficacité par mois (sans même évoquer le sujet des souches prépondérantes qui diffèrent d’une année sur l’autre).

La vaccination contre le COVID-19 pourrait donc devenir récurrente. En parallèle, le faible coût des vaccins à ARN pourrait justifier le développement d’une myriade de nouveaux produits pour des infections dont l’enjeu sanitaire est moins important.

C’est exactement le pari que fait, en cette fin d’année, Stéphane Blancel. Les essais cliniques du vaccin combiné grippe+coronavirus devraient débuter dans les prochains mois. Par la suite, de nouveaux vaccins contre le virus respiratoire syncytial (cause la plus fréquente d’infections respiratoires des jeunes enfants) et le metapneumovirus humain (hMPV) sont en cours de développement. De quoi doper, pour encore de nombreuses années, le cours de l’action Moderna

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