Accueil A la une Moteur à hydrogène : et si la France devenait leader ?

Moteur à hydrogène : et si la France devenait leader ?

par Etienne Henri

Le succès commercial et médiatique des Tesla est à double tranchant pour la mobilité propre.

Certes, il a permis de rendre de nouveau « sexy » les véhicules électriques, que l’on associait plus aux malheureux Kangoo dotés d’une autonomie de 100 km qu’à des berlines haut de gamme capables de traverser la moitié de la France en une recharge.

Tous les constructeurs se sont depuis sentis obligés d’ajouter des véhicules électriques sérieux à leur catalogue.

Cet engouement pour la motorisation électrique reste terriblement homogène. Les solutions proposées se basent toutes sur le concept unique de batteries au lithium avec possibilité de recharge « à la prise » à domicile ou dans des stations rapides.

La voiture au lithium a-t-elle gagné la guerre de la mobilité propre ? Rien n’est moins sûr, si l’on en croit les annonces simultanées de trois grands industriels français autour des véhicules à hydrogène.

De grands noms s’impliquent

L’hydrogène-carburant avait été quelque peu délaissé ces dernières années. Ce n’est pas faute d’avoir vu fleurir depuis les années 2000 pléthore de startups disposant chacune de « la » technologie censée faire décoller le secteur.

Force est de reconnaître que, malgré le succès d’estime que ces entreprises ont pu avoir (et nous avons suivi à l’époque leurs progrès avec beaucoup d’intérêt), leurs offres ne se sont pas transformées en réalité industrielle et leurs investisseurs ont perdu énormément d’argent dans la bataille.

C’est donc avec beaucoup de plaisir et d’espoir que les technophiles ont vu, ces derniers jours, des industriels communiquer autour de l’hydrogène avec des plans concrets. Les nouveaux acteurs ont une légitimité industrielle bien supérieure à celle des startups puisqu’il s’agit de Plastic Omnium (FR0000124570), Michelin (FR0000121261) et Faurecia (FR0000121147).

140 M€ de R&D pour les nouvelles piles à combustible

Michelin et Faurecia, équipementiers bien connus du monde automobile, mettront désormais en commun leurs activités autour de la mobilité à hydrogène en les regroupant au sein de la co-entreprise Symbio (créée en 2010 et propriété du Groupe Michelin depuis février 2019).

Symbio, à qui l’on doit la Green GT H2 présentée au Mans en 2016, va désormais servir de centre de R&D dédié à l’hydrogène pour Michelin et Faurecia. Crédit : Symbio

Faurecia apporte son savoir-faire et ses technologies issues du CEA (une référence mondiale en matière de recherche fondamentale sur le sujet), tandis que Michelin fournit ses kits de pile à hydrogène ainsi que son expérience des services associés.

Au total, ce sont pas moins de 140 M€ qui seront investis en R&D pour développer la pile à combustible du futur. Les ambitions sont à la hauteur de l’investissement puisque Symbio ambitionne de capter 25 % des parts de marché des piles à combustible et de dégager un chiffre d’affaires annuel de 1,5 Md€ à horizon 2030.

La question du stockage bientôt réglée ?

 Vous le savez sans doute, ce qui limite l’utilisation de l’hydrogène dans les véhicule n’est pas la motorisation (il s’agit de moteurs électriques tout ce qu’il y a de plus classique) ni la source primaire d’énergie (l’hydrogène peut être produit à partir d’électricité) mais son stockage.

Le dihydrogène (H2) a comme double défaut d’avoir une faible densité énergétique et d’être extrêmement dangereux en cas de fuite (il cause alors des incendies ou des explosions incontrôlables).

De nombreuses voies ont été étudiées ces dernières années pour tenter de fabriquer des réservoirs capables de stocker suffisamment d’énergie pour que les véhicules puissent parcourir plusieurs centaines de kilomètres sans pour autant se transformer en boules de feu au moindre accident.

 Des nanotubes de carbone au stockage par galettes, aucune piste n’a été négligée. Plastic Omnium, de son côté, revient à son cœur de métier et travaille au stockage par réservoir sous pression. Le plus simple semble être le mieux : alors que cette stratégie semblait dépassée, l’industriel français a débloqué plus de 200 M€ en deux ans pour développer les réservoirs du futur.

Pour stocker du H2 en toute sécurité, Plastic Omnium revient au bon vieux concept de la bonbonne sous pression. Crédit : Plastic Omnium

Ce pari a porté ses fruits : l’industriel vient de décrocher un contrat portant sur 5 000 réservoirs à hydrogène destinés à équiper 1 000 bus pour un constructeur allemand. Ce projet, qui représente le plus grand contrat de fourniture pour véhicules à hydrogène jamais vu en Europe à ce jour, ne devrait pas être le dernier pour Plastic Omnium, qui annonce avoir encore « une trentaine de cotations en cours […] sur des réservoirs de bus et de camions ».

L’hydrogène-carburant revient sur le devant de la scène par le biais des véhicules lourds avant, pourquoi pas, de s’implanter dans nos voitures particulières.

Après tout, si les promesses de ces réservoirs sont tenues, il deviendra possible de rouler aussi proprement qu’en voiture au lithium tout en faisant le plein aussi rapidement qu’avec un moteur thermique.

Les Tesla qui nous semblent si futuristes aujourd’hui n’auront peut-être été qu’une parenthèse dans la course à la mobilité propre !

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