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La NASA prête à abandonner ses capacités de lancement spatial ?

par Etienne Henri
lanceur nasa

Vue d’artiste du lanceur SLS. Crédit : NASA.

 

Depuis 2011, la NASA travaille sur le Space Launch System… mais pourrait bien être sur le point de jeter l’éponge.

Il est des petites phrases lourdes de sens qui, lâchées au détour d’une interview, en disent plus sur l’avenir qu’un long communiqué de presse.

Le témoignage de Stephen Jurczyk, administrateur associé à la NASA, recueilli par Business Insider lors du Space Summit de ce mois-ci, en fait partie.

“Je pense que, si les lanceurs commerciaux voient le jour, nous mettrons finalement de côté le programme gouvernemental et achèterons simplement des capacités de lancement sur ces fusées”, a-t-il confié voici quelques jours.

Stephen Jurczyk fait ici référence aux lanceurs BFR de SpaceX et New Glenn du programme Blue Origin de jeff Bezos. Ces deux sociétés à capitaux privés ont effectué en quelques années plus de progrès que la NASA n’a pu le faire depuis la mise en service de la Navette spatiale. Pourtant, la NASA n’a jamais officiellement annoncé qu’elle cessait de travailler sur ses propres lanceurs.

Depuis 2011, l’agence travaille sur le Space Launch System… mais pourrait bien être sur le point de jeter l’éponge.

SLS : le cher rêve de puissance retrouvée

SLS est un lanceur prometteur. Sur le papier, il serait capable d’emporter 130 tonnes en orbite basse (LEO, pour low earth orbit) et 37 tonnes sur la Lune, ce qui ouvrirait ainsi la voie à la réalisation de bases spatiales ainsi et à l’exploration interplanétaire.

Avec ce programme, la NASA a renoué avec les projets colossaux qui ont fait sa renommée dans les années 1960. Moyens gigantesques, présence d’équipes d’ingénieurs spécialisés, réutilisation des meilleurs éléments de la Navette spatiale, rien n’y a fait : le projet est un véritable échec.

Lors de la présentation du projet au Sénat, la NASA avait estimé le coût de développement du lanceur à 10 Mds$. La même année, pourtant, une note interne estimait le coût de conception et de lancement de 4 fusées à plus de 41 Mds$.

L’avenir a donné raison à cette estimation haute puisque près de 12 Mds$ ont déjà été dépensés et le SLS ne pointe toujours pas le bout de sa coiffe. La NASA a indiqué cette année avoir besoin de 9 Mds$ supplémentaires pour concevoir la fusée, ce qui acte a minima d’un doublement du coût de la phase de conception.

Une anecdote illustre à quel point le projet s’est embourbé. En début d’année, la NASA a annoncé avoir effectué avec succès un test au sol des futurs moteurs du lanceur.

RS25 nasa SLS

Le RS-25, qui propulsera le SLS, prêt pour son premier test statique en janvier 2018. Crédit : NASA. 

Passons sur le fait que le test, prévu pour durer 470 secondes, ait été prématurément interrompu au bout de 400 secondes : les tests sont justement faits pour détecter les anomalies. Ce qu’il faut retenir du test est que la NASA communique en 2018 sur un test statique de moteur RS-25, alors qu’il s’agit simplement d’un moteur de Navette spatiale poussé à 113 % de sa puissance nominale. 

Alors que le SLS était censé décoller vers la Lune fin 2017, la NASA n’a cette année à se mettre sous la dent qu’un allumage au sol de moteur conçu il y a un demi-siècle…

Alors que le SLS était censé décoller vers la Lune fin 2017, la NASA n’a cette année à se mettre sous la dent qu’un allumage au sol de moteur conçu il y a un demi-siècle…

La performance est bien triste lorsque l’on sait que seuls six ans s’étaient écoulés entre la création de SpaceX et le vol de la première fusée Falcon !

Mieux vaut se couper une main que l’accès à l’espace

En préparant l’opinion publique à un abandon pur et simple du programme SLS, la NASA fait, par la voix de Stephen Jurczyk, preuve de pragmatisme.

Le contribuable américain pourra bien sûr regretter les sommes astronomiques englouties dans un programme dont certains spécialistes disaient, dès sa naissance, qu’il était fait pour ne jamais voir le jour.

Mieux vaut cependant voir le verre à moitié plein : plus vite la NASA arrêtera l’hémorragie financière de SLS, plus elle aura de crédits disponibles pour ses missions scientifiques et le financement des lanceurs commerciaux qui, eux, progressent à pas de géant. 

De ce côté de l’Atlantique, nous ne pouvons qu’espérer que cet aveu d’échec soit un avertissement entendu par les instances européennes. Voir un tel programme sur le point d’être abandonné après tant de dépenses devrait être, plus qu’une occasion de se gausser de l’inefficacité de la NASA, un rappel à l’humilité pour notre propre agence spatiale.

Elle a, après tout, également démontré sa capacité à ignorer les bouleversements de l’industrie spatiale avant d’être au pied du mur.

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