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Next40, c’était quoi la cible déjà?

par Arthur Toce
french tech next40

source: https://www.economie.gouv.fr/next40

 

Sur les 100 grandes boîtes de l’industrie numérique, 49 sont américaines, 14 sont chinoises et 12 sont européennes, dont une française Dassault Systèmes (FR0000130650-DAST) ! Et encore, si je voulais être méchant, je préciserais que DAST a eu la chance d’avoir Dassault Aviation et IBM comme partenaires pour booster son démarrage ! En gros, en vingt-cinq ans de numérique, AUCUNE société française partie de rien (dans un garage…) n’a rejoint le top 100 du numérique.

Malgré une hausse du marché adressable (le fameux TAM) due à la mondialisation, il faut plus qu’un bon produit pour grandir et entrer en hypercroissance. C’est ce que montre très bien l’excellent rapport Financer la quatrième révolution industrielle : Lever le verrou du financement des entreprises technologiques de Philippe Tibi qui pointe du doigt notre marché de capitaux comme le premier responsable de nos errements.

Malheureusement, les startups de notre beau pays se heurtent à deux problèmes principaux qui rendent leur développement plus difficile que leurs homologues américains.

Un problème de marché domestique

Le gros problème de la France, c’est la modeste taille de son marché domestique. Veepee, par exemple, a un TAM regroupant toute personne âgée de 15 à 95 ans, soit environ 57 millions d’individus. Pour s’ouvrir à d’autres pays, il lui faut faire des démarches de traduction et d’adaptation, etc. Et c’est bien là tout le problème. En effet, si Veepee avait été une boîte US, son TAM se serait élevé dès son lancement à quelque 290 millions d’habitants !

Même si le marché US n’est pas aussi fluide qu’on le dit et que les spécificités locales – notamment administratives – sont réelles, l’excellence marketing permet vite de les dépasser. Les canaux digitaux rendent le ciblage tellement facile que les boîtes peuvent rapidement croître. En Europe, il existe 24 langues, 24 fiscalités et 24 spécificités nationales qui impliquent un marketing plus ou moins dédié. Nous partons donc avec un sacré handicap !

On ne voit pas très bien en quoi notre pseudo-indice va régler quoi que ce soit à ce niveau-là.

Et en parlant de marketing, il semble qu’il y ait aussi un gros problème de ce côté-là. Comme on dit, “le pays des ingénieurs manque de bons vendeurs !”, il manque une culture du marketing et de la vente, la volonté d’aller signer du deal !

Idem, ici, ce n’est pas en abreuvant de capitaux faciles des startups qu’on va leur donner cet état d’esprit.

Un problème de liquidités

L’idée derrière le Next40 est que le succès apporte le succès. Penser que la visibilité offerte par le battage médiatique fait autour de cet indice-vitrine va faire affluer les capitaux est complètement réductrice. C’est minimiser les blocages auxquels nous sommes confrontés.

L’investissement en private equity est très risqué, il faut donc que les possibilités de sortie soient alléchantes. Et là, ça coince. Les grosses entreprises du CAC 40 ne font que peu de rachats et on ne veut pas laisser partir nos belles boîtes sur le Nasdaq, lesquelles sont donc encouragées à se coter sur Euronext… Cette même place de marché qui est une pure catastrophe pour le segment PME et ETI… C’est le serpent qui se mord la queue !

En outre, comme les investisseurs voient que la liquidité du marché est faible, ils n’investissent tout simplement pas ! Le souci n’est pas d’avoir de l’argent, mais d’avoir une fluidité dans l’achat et la vente.

En plus, comme les investisseurs institutionnels en Europe sont de vieux adeptes de Graham et de Buffett, ils ont peur des investissements long terme comme de la dilution et ne parlons surtout pas des acquisitions qui font plonger les cours ! Sur ce point, encore une fois, le Next40 tape à côté. Le gouvernement cherche à offrir de la visibilité à nos fleurons technologiques, alors qu’une bonne partie du problème est psychologique. Pour simplifier : l’Européen a peur de rêver !

Et cela engendre un cercle vicieux. Comme on coince tôt dans le financement, on sous-valorise. Comme on sous-valorise, les entreprises manquent de cash et organisent donc de nouveaux rounds de levées de fonds. Si elles y arrivent, c’est la dilution et les investisseurs de la première heure râlent à juste titre. Si elles n’y parviennent pas, elles doivent se vendre à des investisseurs étrangers qui récupèrent la techno développée. Encore pire, elles font une IPO beaucoup trop tôt comme Navya, Pixium Vision ou Horizontal Software… Et, de nouveau c’est le carnage parce qu’elles ne parviennent pas à installer une rentabilité…

On arrive vite à la conclusion que malgré un environnement technique exceptionnel, il nous faut beaucoup d’autres choses qu’un pseudo-indice-vitrine pour construire des champions mondiaux en France. Celui-ci veut palier un déficit humain, un problème de capitaux, un problème de législation et d’uniformisation par un empilement de cash pour produire d’éphémères Licornes.

Quand le sage montre la Lune, l’imbécile regarde le doigt… Ce n’est pas de licornes dont nous avons besoin, mais de leaders technologiques globaux.

Il existerait pourtant quelques solutions et c’est ce que nous verrons demain.

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