Accueil A la une Next40, encore un machin qui ne sert à rien

Next40, encore un machin qui ne sert à rien

par Arthur Toce

Mi-septembre, le gouvernement lançait en fanfare le Next40, un “indice” censé réunir les 40 startups capables de devenir les blue chips de demain – de grosses entreprises donc, à l’image de celles qui composent notre CAC 40. Des petites valeurs qui auraient l’étoffe des plus grandes et qui pourraient sauver la tech française de son incapacité chronique à créer des champions numériques globaux. A cette occasion, Emmanuel Macron, emporté dans son élan et visiblement inspiré par la beauté des résonnances chiffrées, déclarait qu’il voulait “25 licornes en 2025” !

startups next 40

Les logos des 40 sociétés du Next40. A boire et à manger. Source : La French Tech.

 

Dis La French Tech, c’est quoi une licorne ?

Comme d’habitude par chez nous, les intentions sont louables mais débouchent sur un truc bancal. C’est un indice, mais en fait non. C’est plutôt une sorte de sélection annuelle basée sur des critères qui risquent de voler en éclat très vite si jamais le souhait de Macron se réalise.

En effet, selon le document officiel émis à l’occasion, on  intègre automatiquement dans l’indice les licornes et les entreprises “ayant réalisé une levée de fonds supérieure à 100 M€ sur les trois dernières années”. On comprend donc que si le plan marche, on risque de se retrouver très vite avec un Next75.

Ces pinaillages semblent anecdotiques mais montrent bien que le Next40 est avant tout un bon coup de com’ à l’ancienne, comme la French Tech en a le secret. Sa constitution a ménagé la chèvre et le chou, sans vraie vision d’ensemble.

Définissons un peu notre sujet. C’est quoi une startup ? Ma définition personnelle est : une société en forte croissance de moins de dix ans. Et une licorne ? De ce côté-là, c’est assez simple, il existe une définition officielle : une licorne est une startup valorisée plus de 1 Md$.

Avec ces définitions en poche, il devient difficile de ne pas ricaner à la lecture des composants.

Sur les 40 sociétés de cette année, on peut d’ores et déjà dire que beaucoup ne sont plus du tout des jeunes premières… On devrait plutôt parler de vieilles sociétés encore en croissance. Voici la liste :

  • Ivalua et OVH ont été créées en 2000 ;
  • HR Path et Veepee (ancien Vente-privee.com) en 2001 ;
  • Believe Distribution Services (ex-Believe Digital) en 2005 ;
  • BlaBlaCar et Deezer en 2006 ;
  • Devialet et Talentsoft en 2007 ;
  • JobTeaser en 2008…

En voilà déjà 10 qui ne peuvent rentrer dans ma définition… Parler d’OVH comme d’une startup a vraiment de quoi faire sourire. Trois des cinq licornes de la bande ont plus de 10 ans !

Un CAC 40 du futur ?

Il est vraiment permis d’en douter. En dehors de Meero, BlablaCar et Doctolib, toutes les autres entreprises sont des challengers sur leur marché… y compris deux des licornes : Deezer et OVH ne font pas du tout la course en tête sur leur segment de marché.

Et si on examine l’intensité capitalistique de chaque société, les réalités sont très diverses. Par exemple, Ivalua ou Veepee ont levé très peu d’argent. La taille des rounds est vraiment très hétéroclite : 200 M€ pour Voodoo en une fois, 38,3 M€ pour Home Exchange en cinq rounds…

La variété de l’indice laisse aussi à désirer. La France est un paradis à biotechs et l’indice n’en a intégré aucune. De même, la DeepTech et ses innovations de rupture est quasiment absente. A la limite, nous pourrions considérer que Vade Secure en fait partie, mais c’est bien le seul.

composition next40

Composition du Next40 par secteur. Source : La French Tech.

Un indice de copains ?

Le gouvernement prend en outre des risques importants avec cette indice. Je passe sur le fait que Mounir Mahjoubi, notre ancien secrétaire d’Etat au numérique et initiateur du projet, est actionnaire d’une des sociétés de ce Next40, ce qui pose déjà la question des collusions public-privé…

Mais il y a plus grave… La petite startup Wynd subit actuellement une vilaine polémique où on la compare à la tristement célèbre licorne Theranos.

Tout cela n’est finalement pas très grave. En revanche, les problèmes identifiés dans l’excellent rapport TIBI ne sont pas ou peu adressés et ça, c’est quand même dommage. C’est ce que nous verrons dès demain.

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2 commentaires

Olivier Provost 14 octobre 2019 - 12 h 23 min

Désolé mais parler de “polémique” à propos de Wynd alors qu’il ne s’agit que d’une diffamation venue d’un Troll sans aucune preuve et à coups de témoignages anonymes et affirmations mensongères (Fact checking : aucun procès client, aucune condamnation aux prud’hommes et le seul litige fournisseur cité a été réglé)… Evitons de relayer la moindre rumeur nauséabonde.

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Arthur Toce 15 octobre 2019 - 12 h 19 min

Le but n’est pas de polémiquer sur Wynd, qui est peut-être une superbe startup qui finira en géant. Ou en échec, c’est la loi de l’entreprenariat.
En revanche, je pointais du doigt le caractère dommageable pour l’indice de cette affaire désormais portée devant la justice sur une des boîtes ayant eu l’intensité capitalistique la plus forte.
Afin que chacun puisse se faire son opinion sur le sujet Wynd (qui n’est pas du tout celui de cet article et sur lequel nous ne prenons aucune position), nous postons ici la source que nous évoquions :
https://en-contact.com/wynd-cest-prochain-theranos/
Et l’un des articles où son PDG se défend : https://www.lepoint.fr/societe/la-start-up-wynd-attaque-un-magazine-pour-chantage-27-09-2019-2338179_23.php

Cordialement,
Arthur Toce

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