Accueil Energies et transports Objectif zéro carbone : du nucléaire flexible, plus sûr et moins cher

Objectif zéro carbone : du nucléaire flexible, plus sûr et moins cher

par Ray Blanco
SMR nucléaire

[Hausse des prix du pétrole… Hausse des prix du gaz naturel… Pénuries d’énergie… Alors que la crise énergétique est plus que jamais d’actualité, le nucléaire s’impose toujours plus comme une solution de premier plan. Mais, en attendant que la fusion nucléaire devienne une technologie viable, les SMR deviennent une alternative crédible. Pour le mix énergétique comme les investisseurs…]

La hausse des prix du pétrole et du gaz naturel, et autres pénuries d’énergies, sont devenues monnaie courante. Aux Etats-Unis, nous nous sommes habitués aux réseaux électriques défaillants, à l’image de cette coupure générale qui a frappé le Texas en février 2021. (Je vous en avais parlé ici.)  

La situation est grave quand une entreprise incite ses clients à s’abstenir de consommer

En Europe, depuis le début de la guerre en Ukraine, c’est encore pire. Le contexte géopolitique menace la capacité même du Vieux Continent à assurer ses approvisionnements en sources primaires d’énergie. La trop forte dépendance vis-à-vis du gaz russe est pointée du doigt.

La situation est grave. Pour preuve, voici ce qu’expliquait lundi Etienne Henri à ses abonnés dans Zéro Carbone Millionnaire :

« La semaine passée, l’Agence internationale de l’énergie s’illustrait en recommandant aux Européens de ‘baisser le chauffage de 1°C’ et ‘d’éteindre les lumières’.

C’est, sans nul doute, une mesure immédiate de bon sens pour réduire de façon rapide (et relativement indolore) les importations d’énergie. C’est en revanche un fusil à un coup qui s’inscrit dans une logique de décroissance, en totale contradiction avec nos objectifs économiques.

EDF a procédé il y a quelques jours à des envois en masse d’e-mails incitant ses clients à réduire leur utilisation d’électricité : la situation est grave quand une entreprise incite ses clients à s’abstenir de consommer. »

Clairement, en Europe, la guerre en Ukraine modifie les esprits en ce qui concerne l’énergie nucléaire. Mais la crise énergétique, qui n’a pas attendu Vladimir Poutine pour lancer les hostilités, lui avait déjà plutôt bien préparé le terrain.

Et ainsi le nucléaire devint (vraiment) vert…

En effet, avant le début du conflit, début février, la Commission européenne avait annoncé la création d’un label « vert » pour le nucléaire, et le gaz dans une moindre mesure. Le dispositif devant aider les activités contribuant à réduire les émissions de CO2 à mobiliser des fonds.

Même si, vous vous en doutez, la décision est très loin d’avoir fait l’unanimité, celle-ci est parfaitement logique. Elle s’inscrit dans l’objectif européen d’atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050. Et, c’est un fait indéniable, l’énergie nucléaire n’émet pas de CO2 dans l’atmosphère. Ce qui est loin d’être le cas pour le charbon ou même au gaz naturel. L’éolien et le solaire, quant à eux, posent un problème : celui de la disponibilité.

La Commission européenne avait annoncé la création d’un label « vert » pour le nucléaire

Aussi controversé soit-il, ce changement est important. Il est important en vue de satisfaire la demande existante, mais encore plus en ce qui concerne la future demande. Car, vous le savez, la transition actuelle vers les véhicules électriques va faire flamber la demande d’électricité. Et, dans cette perspective, qui de mieux placée que l’énergie nucléaire pour encaisser tout ça ?

Aux Etats-Unis, ce changement fait déjà loi. L’an dernier, le président Biden a signé une loi d’infrastructures s’élevant à 1 200 Mds$. Parmi ses dispositions est prévu un crédit de 6 Mds$ afin de prévenir la fermeture des infrastructures nucléaires américaines existantes – entre autres choses.

Et, en attendant que la fusion nucléaire devienne une technologie viable au-delà des laboratoires de recherche, d’autres solutions sont prêtes à assurer l’intérim. C’est le cas des EPR, quoique encore trop longs, coûteux et laborieux à mettre en place. C’est le cas des PRM (petits réacteurs modulaires, plus connus sous leur acronyme SMR pour Small Modular Reactors). Et c’est là qu’entrent en jeu des entreprises telles NuScale Power…

NuScale : le premier spécialiste du nucléaire de pointe en Bourse

A la différence des énormes réacteurs nucléaires traditionnels, qui génèrent en moyenne 1 gigawatt chacun, les mini-réacteurs de NuScale génèrent jusqu’à 77 mégawatts chacun. On considère qu’une installation typique contiendrait une douzaine de ces petits réacteurs. Voilà qui permet d’ajouter des capacités de production d’électricité supplémentaires avec une certaine flexibilité.

Les PRM de NuScale sont également conçus pour être plus sûrs que nos réacteurs nucléaires existants. Leur petite dimension élimine un grand nombre des modes de défaillance présents dans les gros réacteurs. Les PRM peuvent même être fermés en toute sécurité, lors de catastrophes, quand l’électricité n’est pas disponible.

La technologie des PRM de l’entreprise n’offre pas que de la flexibilité et de la sécurité, elle permet également de produire une énergie nucléaire moins chère, en termes de construction et de maintenance, et bien plus fiable.

NuScale Power lorgne sur la Bourse et a effectué les formalités en vue de sa future IPO

En dehors des Etats-Unis, la technologie de NuScale Power gagne du terrain. La société a notamment signé des accords avec la Roumanie et la Pologne. En Roumanie, une nouvelle centrale pourrait sortir de terre dès 2027. Elle fait également ses premiers pas dans des pays comme le Canada, le Royaume-Uni et la République tchèque. L’Ukraine et le Kazakhstan ont également fait part de leur intérêt pour cette technologie mais, considérant la situation géopolitique actuelle, reste à savoir ce qu’il adviendra de ces velléités.

En attendant, NuScale Power lorgne sur la Bourse et a effectué les formalités en vue de sa future IPO, via SPAC. Cette prochaine fusion, qui devrait lui permettre de lever plus de 400 M$, valorise NuScale Power à 1,9 Md$. Une fois bouclée, l’opération fera de l’entreprise le premier spécialiste du nucléaire de pointe coté en Bourse.

Et, dans un contexte où il devient de plus en plus évident que les politiques publiques vont devoir prévoir d’importants investissements dans l’énergie nucléaire – notamment pour atteindre la neutralité carbone – cette technologie est à garder à l’œil.

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2 commentaires

Tamino 5 avril 2022 - 17 h 50 min

Avez vous noté, dans notre beau pays, que nous sommes capables d’équiper un bateau et des sous marins de mini réacteurs ( soit l’équivalent d’une ville de 20 000 h pour le CDG )
Mais, en même temps, nous sommes incapables d’équiper sur terre un mini réacteur pour alimenter une ville de 20 000 h !
A moins que nous n’ayons acheté nos réacteurs militaires aux chinois ? Ou aux russes ??

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Philippe Cailliau 5 avril 2022 - 18 h 01 min

Concernant le commentaire de Tamino,peut-on savoir qui a équipé le CDG?,et pourquoi il ne serait pas possible d’équiper de nombreuses villes de France avec la même technologie?

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