Accueil A la une OneWeb vs Starlink : 2-1

OneWeb vs Starlink : 2-1

par Etienne Henri

Qui sera le premier à offrir un Internet ultra-rapide à l’ensemble de la population mondiale ? Il y a seulement cinq ans, géants du numérique comme startups, tous voulaient être LE fournisseur d’accès qui connecterait la planète entière.

Après les hésitations de Google et Facebook, qui ont expérimenté différentes technologies plus originales les unes que les autres comme les ballons et les drones, il semblerait que les flottes de satellites soient finalement la voie la plus crédible pour connecter la planète.

Les flottes OneWeb et Starlink (conçue par SpaceX) sont sorties des laboratoires pour rejoindre l’orbite terrestre, en mars pour OneWeb et en mai pour Starlink. Avec des choix technologiques similaires, des calendriers qui se chevauchent et des promesses commerciales semblables, les deux adversaires sont au coude-à-coude pour la pole position. Celle de l’opérateur référence en matière d’Internet par satellite en orbite basse.

Le combat technologique et médiatique que se livrent actuellement les deux entreprises est donc déterminant pour le futur de cette industrie naissante.

Dans ce type de combat, le vainqueur emporte tout. Au vu des sommes nécessaires au maintien d’une flotte opérationnelle, il est très improbable que les deux entreprises parviennent conjointement à être rentables sur ce marché.

Les coûts de préparation et de lancement des satellites sont tels qu’il est tout à fait possible que l’un des opérateurs jette l’éponge durant les phases initiales du projet afin d’éviter l’investissement en pure perte de milliards de dollars.

Le combat technologique et médiatique que se livrent actuellement les deux entreprises est donc déterminant pour le futur de cette industrie naissante. Chaque étape-clé franchie et chaque revers essuyé peuvent donner un avantage irrattrapable à l’un ou l’autre des protagonistes.

Avant notre interruption estivale, voyons donc comment OneWeb et Starlink ont occupé leur printemps.

OneWeb fait parler ses satellites

A la mi-juillet, les équipes de OneWeb ont réussi à établir une connexion Internet depuis Seoul en passant par leurs satellites en orbite basse. Cette connexion s’est établie selon une vitesse moyenne de 50 Mo/s et une latence de 32 ms.

Plus que la vitesse de transmission et la latence, qui restent un peu décevantes pour ce qui est censé être un réseau à haut débit, c’est la capacité des antennes terrestres qui a été testée.

L’antenne OneWeb de Séoul a parfaitement réussi à changer de satellite en cours d’utilisation et à télécharger, sans interruption, une vidéo en 1080p.

En effet, contrairement aux flottes traditionnelles qui fonctionnent avec des satellites à haute altitude (voire en orbite géostationnaire), la flotte OneWeb est en orbite basse. Vus du sol, les satellites foncent à toute vitesse dans le ciel et le matériel terrestre se doit d’être en mesure de suivre avec précision le mouvement du satellite visé et de changer de cible une fois celui-ci disparu derrière l’horizon.

Selon OneWeb, l’antenne de Séoul a parfaitement réussi à changer de satellite en cours d’utilisation et à télécharger, sans interruption, une vidéo en 1080p.

Il ne reste donc plus à OneWeb qu’à construire et lancer son lot initial de 650 satellites afin de couvrir les principales zones habitées et pouvoir commercialiser des offres équivalentes à la fibre fonctionnant 24h/24.

SpaceX en route vers les premiers tests

De son côté, la première grappe de satellites Starlink est en train de rejoindre son orbite-cible. Sur les 60 appareils mis en orbite, trois ont déjà rendu l’âme et deux seront précipités dans l’atmosphère afin de tester leur capacité à terminer leur vie sans devenir des débris orbitaux. Cette condition est un prérequis pour que l’entreprise ait le droit de lancer les 12 000 satellites qui doivent composer sa constellation. Pas question qu’ils deviennent autant d’épaves polluant l’orbite basse terrestre !

Il est possible que la mise en orbite de satellites “jetables”, avec un taux de panne élevé, reste rentable.

Les spécialistes sont encore indécis quant à l’interprétation de ce taux de panne. Bien évidemment, perdre 5 % des satellites sur une flotte aussi conséquente représenterait un coût colossal et inacceptable pour SpaceX. D’un autre côté, la stratégie a toujours été de construire des satellites nombreux et peu chers.

Le lancement simultané de 60 d’entre eux lors du premier tir montre qu’Elon Musk ne fera pas dans la demi-mesure, et il est possible que la mise en orbite de satellites “jetables”, avec un taux de panne élevé, reste rentable si le coût unitaire est suffisamment faible.

Quoiqu’il en soit, SpaceX manque d’éléments nouveaux pour vanter ses progrès depuis le mois de mai et les derniers succès de la flotte Starlink sont, pour l’instant, plus attribuables au lanceur Falcon qu’aux satellites !

Un challenger sort du bois…

La lutte fratricide entre Starlink et OneWeb aurait été bien ennuyeuse sans l’arrivée inattendue d’un troisième concurrent.

Une jeune entreprise, Kuiper Systems, a déposé auprès de la Federal Communications Commission (FCC) une demande d’autorisation pour la mise en orbite de 3 236 satellites. Vous ne serez pas étonné d’apprendre que cette startup veut offrir un Internet à haut débit aux zones peu couvertes de la planète, en positionnant sa flotte en orbite basse (entre 590 et 630 km d’altitude). Jusqu’ici, ce projet ressemble à un copier-coller des ambitions de OneWeb et SpaceX.

Votre intérêt sera éveillé en apprenant que Kuiper Systems est dirigé par Rajeev Badyal, un ancien cadre de chez SpaceX. Rajeev avait été remercié fin 2018 par Elon Musk qui s’impatientait de la lenteur des progrès de Starlink.

L’arrivée de ce nouveau-venu a donc un petit air de revanche et, connaissant l’état d’esprit des entrepreneurs de la Silicon Valley, il y a fort à parier que Kuiper Systems ait directement Starlink dans son viseur.

Trahison, revanches personnelles, et valse des milliards de dollars : vous pensez que l’arrivée de Kuiper Systems va rebattre les cartes ? Vous n’êtes pas au bout de vos surprises… La startup est possédée à 100 % par un certain… Amazon.

Il faut donc, pour compléter le tableau, ajouter aux rancœurs personnelles de son P-DG les poches profondes de son actionnaire unique, et son ambition hégémonique.

L’espace semble bien être le nouveau terrain de jeu qu’ont choisi les milliardaires californiens pour mener leur bataille d’égo. Espérons que cet énième affrontement ne fasse pas de notre orbite basse une décharge de satellites inutiles, et que l’humanité profite de ces querelles pour obtenir un accès Internet rapide et mondial.

Autant que le vulgum pecus retire un avantage de cette débauche de moyens !

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