Accueil Innovation et vie quotidienne Pourquoi l'or n'a toujours pas les symptômes de la mort clinique

Pourquoi l'or n'a toujours pas les symptômes de la mort clinique

par redaction

L’or s’est maintenant installé en dessous des 1 700 $ l’once. Rien n’a changé : les taux d’intérêt réels sont négatifs dans toutes les grandes monnaies.

Alors pourquoi une telle injustice, vous demandez-vous. Pourquoi certains vendent-ils leur or ?

En premier lieu, n’oubliez pas que ce n’est pas de l’or physique qui change de main. Ce sont des papiers, des contrats à terme.

Que se passe-t-il pour l’or physique, détenu par des mains privées ? Vous pouvez avoir un début de réponse en regardant comment évolue le stock des ETG (Exchange Traded Gold). Ces fonds émettent de certificats cotés en continu adossés à une réserve d’or physique. Historiquement, à l’origine de cette initiative, se trouve le World Gold Council : le syndicat minier des producteurs d’or qui avaient tout intérêt à écouler leur marchandise.

L’ensemble de ces fonds détient un peu plus de 1 700 tonnes d’or (contre 1 316 tonnes en juin 2009). Le stock d’or de ces fonds ne montre pas de grosses sorties. Ce qui veut dire que les acheteurs de ces certificats sont toujours présents. Si ces investisseurs pensaient que la hausse de l’or était terminée, ils seraient sortis de façon massive et les stocks d’or auraient déjà baissé de façon significative.

A quoi ressemblerait donc la fin du grand marché haussier de l’or ?
Eh bien un peu près à ceci :

Graphique du cours de l'or en 1980 et 2011

En rouge, vous voyez le comportement de l’or après son sommet de 1980. Dans les quatre mois (90 jours de marché) précédent son sommet, l’or s’était apprécié de 150%. Ensuite, en deux semaines, il s’était effondré de 47% et dans les quatre mois suivants, il s’est stabilisé à 60% de sa valeur maximale. En bleu sur ce graphe, le sommet de 1 920 $ l’once atteint en juillet 2011 occupe le centre. Dans les quatre mois précédents, l’or s’était apprécié de 30%, donc cinq fois moins vite. Dans les quatre mois suivants, il a perdu 25% par rapport à son sommet.

La réalité est tout simplement qu’après 12 ans de hausse annuelle (je parle ici d’années calendaires du 1er janvier au 31 décembre), l’or va peut-être connaître une année 2012 neutre. Mais nous sommes loin, très loin de l’emballement dans un sens comme dans l’autre qui caractérise une bulle.

Un papier a récemment fait du bruit : celui de Saxo Bank qui dans ses prévisions iconoclastes prévoit l’or à 1 200 $ en 2013. La banque a remarqué que la plupart des prévisions de fin d’année ne faisaient que prolonger une tendance déjà connue. Elle s’est donc fait la spécialité de faire des prévisions iconoclastes.

Voici celles de 2013 :
– le Dax s’effondre ;
– le Japon nationalise ses entreprises de l’électronique ;
– le soja augmente de 50% ;
l’or tombe à 1 200 $ l’once ;
– le Brut s’effondre à 50 $ le baril ;
– le yen s’effondre par rapport au dollar ;
– la parité euro/franc suisse de 1,20 craque et s’établit à 0,95 ;
– le dollar de Hong Kong abandonne sa parité fixe avec le dollar et s’arrime au remninbi ;
– les rendements des emprunts souverains espagnols montent à 10% ;
– le rendement des bons du Trésor à 30 ans américains se tend et c’est le début d’un grand marché baissier de l’obligataire américain.

Voici la justification de Saxo Bank concernant l’or : « La vigueur de la reprise économique américaine surprend le marché et surtout les investisseurs financiers placés sur l’or, qui dans ces dernières années en sont venus à dominer ce marché rendant ainsi le métal jaune extrêmement sensible aux attentes concernant les taux d’intérêt. Le changement de perspective économique américaine combiné avec un manque d’appétit pour l’or physique en Chine et en Inde, ces deux pays luttant contre un chômage en hausse et une croissance faible, déclenche une consolidation de l’or. Ceci serait en particulier la conséquence de la décision de la Fed de réduire ou cesser définitivement ses achats de créances hypothécaires et de bons du Trésor. Les fonds spéculatifs seraient alors vendeurs et une fois que l’important support de 1 500 $ l’once serait cassé, une liquidation massive s’ensuivrait surtout de la part des investisseurs détenteurs d’ETF qui ont accumulé des positions records. L’or plongera à 1 200 $ l’once avant que les banques centrales, surtout celles des pays émergents, reviennent éventuellement à l’achat pour profiter de la baisse des prix. »

Mmmmmm…

– L’hypothèse de départ est la vigueur de la reprise américaine. Je n’y crois pas et aucune des positions de notre portefeuille ne mise sur cette tendance. Mon scepticisme est partagé « Pourquoi une récession peut survenir même en cas de solution à la falaise fiscale », prévient un blog du Wall Street Journal.

– Le manque d’appétit pour l’or physique en Chine et en Inde me semble bien plus probable. Il est même fort possible que ce soit la tendance qui se cache sous la consolidation actuelle.

Mais ceci suffira-t-il à « casser l’or » ? J’en doute. Pour casser l’or, il faudrait effectivement que le dollar se renforce, que la Fed arrête de manipuler les taux à la baisse.

Mais quel est le niveau de croissance qui pourrait permettre au stock de dette américain d’arrêter de gonfler et donc ne plus justifier aucune intervention ?

Le déficit américain est actuellement à 7% du PIB. Pour arrêter d’augmenter leur dette, il faudrait que les Etats-Unis aient 7% de croissance !

Vous allez me dire qu’ils pourraient aussi taxer plus. Certes, admettons. La règle (sauf en France) pour résorber un déficit dit qu’il faut 1/3 de taxation et 2/3 de réduction des dépenses. Cela signifie plus de 4,6% de croissance à trouver ; or la prévision de croissance des Etats-Unis vient d’être revue à la baisse à 2,1%.

Je suis la première à dénoncer l’erreur statistique, mais là, cela me semble un peu gros. Et je fais le pari inverse : la reprise américaine apparaîtra surestimée. Car le biais des statistiques qui gouvernent notre économie du crédit, notre capitalisme de la dette, c’est l’optimisme, pas le pessimisme.

Notre objectif de l’année en euro (1 300 euros l’once) a été dépassé en juillet. La consolidation actuelle va probablement se poursuivre. La fin d’année est l’époque, pour les gérants de fonds, du nettoyage et du window dressing. Ceci consiste à vendre un actif qui a monté, se débarrasser des mauvaises lignes (quitte à encaisser ses moins-values) et se débrouiller pour que le solde soit positif.

Nous avons déjà assisté à ce phénomène l’an dernier. L’or avait perdu 200 $ sur décembre et les avait intégralement repris en janvier. Cela devrait nous ouvrir de belles fenêtres de tir pour nous positionner à bon compte sur certaines mines d’or.
[Retrouvez les conseils de Simone pour profiter de la reprise de l’or et des minières en 2013 dans l’Investisseur Or & Matières. Pour en savoir plus…]

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