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[Pandémie] Le test qui pourrait relancer le tourisme

par Etienne Henri
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La stratégie recommandée par l’OMS pour juguler la pandémie de COVID-19 nécessite de disposer de tests fiables et rapides.

L’expérience française montre que, lorsque le virus circule largement dans un territoire, les tests par RT-PCR atteignent leur limite. Identifier par amplification la présence de matériel génétique viral dans les prélèvements nasopharyngés est une formidable technique, mais elle est lente et surtout très chère.

De futurs tests rapides, fiables et bon marché

De fait, même avec plus de 1,3 million de diagnostics RT-PCR effectués en France chaque semaine, les délais s’allongent jusqu’à rendre parfois les tests inutiles – certains patients recevant leurs résultats une fois la période de contagiosité terminée…

Ces retards mettent à mal la stratégie sanitaire française, malgré un coût exorbitant pour la collectivité évalué à plus de 95 M€ par semaine.

Pour parer au plus pressé, certains pays comme l’Espagne ont décidé d’adopter une nouvelle génération de tests basée sur la détection de fragments d’antigènes (protéines virales) directement dans la salive. Ces tests sont plus rapides (15 minutes) et moins chers (4,5 € pièce au lieu de 73,59 €), mais leur efficacité est encore sujette à caution.

En France, la Haute Autorité de santé a donné son feu vert à leur utilisation le 25 septembre, mais préconise toutefois de les réserver aux personnes symptomatiques. La raison de cette prudence est leur manque de sensibilité : chez les asymptomatiques, le seuil de confiance (80 % des cas détectés) pourrait ne pas être atteint.

Ce choix cornélien entre tests RT-PCR chers et lents et leurs pendants antigéniques abordables mais peu fiables met les pouvoirs publics dans une situation inconfortable. Aucune solution n’est satisfaisante, et la stratégie « tester-isoler » recommandée par l’OMS s’avère impossible à mettre en place à grande échelle.

Cela étant, des chercheurs de Virginia Tech (Etats-Unis) viennent d’apporter une lueur d’espoir à ce tableau bien sombre. Grâce à une nouvelle technique de détection, ils proposent de repérer grâce à un laser les fragments de virus dans la salive des patients.

Ces futurs tests pourraient être rapides, fiables et d’un coût dérisoire.

Plaque chauffante nanométrique et effet Leidenfrost 

Les tests imaginés par les chercheurs de Virginia Tech se basent sur la spectrographie. Cette technique consiste éclairer un échantillon grâce à un laser et à repérer les légers changements que subit la lumière lorsqu’elle le traverse.

Grâce à l’extrême précision de la lumière laser et une connaissance précise des effets des différentes molécules sur cette dernière, il est possible de déterminer la composition chimique de l’échantillon.

C’est cette méthode qui nous permet de connaître à distance la composition des étoiles lointaines et l’atmosphère des planètes avant même de les avoir explorées. Elle est également utilisée dans les aéroports pour détecter des traces, même minimes, d’explosifs sur les passagers.

Spectrographie et vie sur Vénus

Il y a quelques jours, des possibles traces de vie sur Vénus étaient détectées par spectrographie. Demain, la même technique pourrait traquer le COVID-19. Crédit : ESO

Si l’appliquer à la détection du SARS-CoV-2 est tout à fait logique, encore faut-il parvenir à isoler efficacement la salive des patients pour rassembler les éventuels virions et obtenir une concentration suffisante pour permettre leur détection.

Pour y parvenir, les chercheurs s’appuient sur un autre principe physique, l’effet Leindenfrost. Il consiste à chauffer violemment un liquide pour qu’il se « mette en boule » et s’évapore de façon totalement symétrique. Vous pouvez l’obtenir chez vous en jetant quelques gouttes d’eau froide sur une poêle brûlante : au lieu de former une flaque, l’eau se regroupe en gouttes quasi-sphériques qui semblent flotter sur la surface chaude.

Effet Leidenfrost

L’effet Leidenfrost : facile à atteindre à domicile, un casse-tête à petite échelle. Crédit : Wikimedia Commons.

C’est cet état que doit atteindre la salive pour que le SARS-CoV-2 puisse être détecté par spectrographie. Toute la difficulté réside dans le fait qu’un prélèvement salivaire ne fait que quelques microlitres et que l’échantillon doit être posé à un endroit précis pour pouvoir être testé. Il faut donc parvenir à rassembler le liquide sur une surface de quelques millimètres carrés tout en lui apportant une grande quantité de chaleur en très peu de temps.

Pour y parvenir, le docteur J. Song et ses collègues ont développé un mini-toboggan doté de nanostructures dopées à l’or et à l’argent. Ces dernières permettent de rassembler la salive en un point précis et de la chauffer brutalement pour permettre au laser de faire son œuvre.

Technologie Virginia Tech

Zooms successifs sur la puce de 5*5 mm imaginée par les chercheurs. En bas à droite, les nano-peignes sont bien visibles. Crédit : Virginia Tech/ J. Song et al

En quelques minutes, il est ainsi possible de déterminer si l’échantillon contient n’importe quelle molécule – y compris des fragments de coronavirus – pour un coût marginal dérisoire.

Un marché à 100 Mds$ pour relancer le tourisme international

Le monde entier est à la recherche de nouvelles techniques de test. Le diagnostic par RT-PCR et les tests antigéniques adoptés ces derniers jours ne sont que des pis-aller qui permettent tout juste de mesurer, avec retard, l’évolution des épidémies dans les pays les plus touchés.

Le marché mondial des tests rapides va devenir considérable

Après six mois de fermeture généralisée des frontières, ils s’avèrent incapables de rassurer les pays épargnés par le COVID-19 qui n’osent toujours pas rouvrir leurs portes aux touristes pourtant vitaux pour leur économie.

Selon les spécialistes du secteur, les voyages internationaux ne pourront reprendre que lorsqu’il sera possible de tester de façon fiable et rapide les voyageurs lors du départ et de l’arrivée. Les tests RT-PCR indisponibles et les tests antigéniques peu fiables auront le plus grand mal à répondre à ce besoin.

Le marché mondial des tests rapides va devenir considérable. En année pleine, ce sont habituellement plus de 1,8 milliard de passagers qui traversent des frontières par avion (sans même parler du tourisme local effectué en véhicule personnel ou des bateaux de croisière). Si chaque passager effectue un test au départ et à l’arrivée, et en comptant un prix moyen de 30 $ par test, les dépenses cumulées dépasseront les 100 Mds$ par an – soit trois fois le chiffres d’affaires annuel de Sanofi.

Le laboratoire pharmaceutique qui proposera des tests fiables et rapides comme ceux imaginées par Virginia Tech disposera d’une rente des plus confortables pour les années à venir…

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