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Parrot relancé par les tension sino-américaines

par Arthur Toce
parrot drones

Avertissement AMF : Arthur Toce est actionnaire de Parrot.

Grande nouvelle pour Parrot ! Son drone Anafi USA sorti il y a deux mois fait partie des drones que peuvent commander les forces armées et les agences gouvernementales américaines !

Cet agrément montre l’excellente qualité des drones de Parrot

Mieux encore pour Parrot (FR : PARRO), l’entreprise passe avec ce référencement un jalon dans le contrat-cadre qu’a lancé la DOD (Département de la Défense des Etats-Unis) pour équiper les forces armées US de drones légers. Ce contrat nommé Blue sUAS est conforme à la section 848 de la loi US sur la défense nationale qui stipule que tout acteur lié aux Chinois, voire fabriquant en Chine, ne peut prétendre à collaborer avec les forces armées.

Attention, l’annonce n’indique en rien l’issue de contrats. Il n’y a pas de promesses d’achat, ni de montant clair, juste une potentialité. En revanche, cet agrément montre l’excellente qualité des drones de Parrot et lui ouvre grand les portes d’éventuelles signatures avec d’autres forces armées. Elle valide son recentrement vers le marché BtB et militaire.

L’armée américaine et d’autres cherchent depuis longtemps des drones pour appuyer leurs soldats sur le terrain dans les opérations de reconnaissance-surveillance. C’est un besoin auquel les géants de l’armement ne répondent pas bien puisqu’ils se sont spécialisés dans le drone lourd.

Et c’est sur ce marché que le Français Parrot, spécialiste des drones légers, parvient à s’engouffrer grâce à son expertise dans les drones grand public et son avance dans la cartographie automatisée avec sa filiale Pix4D.

Pour la petite histoire, j’ai testé l’Anafi sur les magnifiques paysages du haut pays cannois et j’ai un vieux drone Phantom de chez DJI. L’Anafi faisait de sublimes images et on avait vraiment la vision de la montée en gamme voulue par Parrot.

Côté boursier, la conséquence est immédiate, l’action qui vivotait sous les 3 € depuis fin 2018 regagne le seuil des 5 €. A la clôture de mercredi, elle se fixait à 5,46 € après un run de 32,20 % dans la journée. L’action a gagné 90 % depuis le début du mois d’août.

Et, pour ma part, je me frotte les mains puisque je fais une plus-value supérieure à 100 % sur ce mal-aimé de la cote dont j’ai initié l’achat début juillet. Rumeurs de difficulté chez le concurrent DJI, position cash supérieure à la capitalisation et newsflow autour de la nouvelle mouture du drone vedette de la marque (l’Anafi) m’avaient poussé à initier une position. Position que j’ai liquidé la semaine dernière.

Parrot revient de loin

Certes, cette valeur était risquée. L’important dans ce genre de “recovery”, c’est de savoir quand on pense que la machine s’emballe et d’arbitrer. C’est souvent compliqué. Il faut une grande connaissance des produits, du marché. C’est que j’essaie de partager avec vous dans ces colonnes.

Combien vaudrait la technologie et la compétence de Parrot si un acteur plus gros voulait le racheter ?

Le secteur du drone est complexe, les applications sont gigantesques – allant du domaine agricole à la sécurité civile ou encore le bâtiment –, tout cela implique du temps et de lourds investissements. Si vous couplez cela aux problèmes de la régulation de la circulation aérienne, vous avez un secteur très compliqué.

En 2010, le secteur avait le vent en poupe. Les investissements dans les entreprises étaient colossaux et les cours de Bourse stratosphériques. A son plus-haut en 2007, un an après son IPO, l’action Parrot cotait 34 €. Elle a ensuite longtemps évolué entre 12 € et 20 €.

Mais les choses ont mal tourné avec l’intensification de la concurrence : les chinois Xiaomi et DJI sont arrivés sur le segment du drone grand public, puis Boeing et Airbus ont investi celui des drones lourds volant à haute altitude. Que restait-il aux autres ? Notamment au pionnier français Parrot qui ne parvenait pas (et ne parvient toujours pas) à équilibrer ses comptes ? Son cours s’est effondré en 2016.

Dans le secteur du drone, beaucoup de pionniers sont morts, mais c’est le principe même des cycles d’innovation : des moments d’emportement où beaucoup d’acteurs se ruent sur le marché, un marché qui se complexifie et un besoin de grandir pour survivre ou de trouver une belle niche pour s’y ancrer, des phases de désespoir avant que le marché ne mature, etc…

Le non-démarrage du marché professionnel à fait sortir beaucoup d’acteurs américains. A contrario, l’Europe est parvenue à tirer son épingle du jeu, grâce à des coûts de fonctionnement structurellement plus faibles dans un environnement propice où les compétences en aéronautique et en informatique sont importantes.

L’arrivée du Big Data pour modéliser des situations complexes a redonné un beau coup d’accélérateur au secteur BtB du drone. En parallèle, la raréfaction des acteurs a aussi permis une moindre concurrence, même si le Chinois DJI, qui pourrait effectuer une IPO en 2021 selon certaines rumeurs, continue sa domination écrasante du marché.

La tension sino-américaine change la donne

Les difficultés chinoises à Hong Kong et le conflit grandissant entre les Etats-Unis et la Chine à travers Huawei et d’autres entreprises chinoises accusées de voler des secrets d’Etat et d’enfreindre les brevets à entièrement changé la donne.

parrot graphe bourse tendance hausse

Désormais, la plupart des dirigeants sont conscients que le hardware vital ne doit en aucun cas venir d’entreprises chinoises. DJI a failli être interdit aux Etats-Unis en début d’année et les rumeurs vont bon train qu’il le sera dans l’année, si la logique du gouvernement américain actuel continue de prévaloir outre-Atlantique.

Le P-DG de Parrot, M. Seydoux, le disait d’ailleurs en juin lors de la présentation de son nouveau drone : “Quoi que puisse en dire DJI, nous sommes convaincus que les drones chinois collectent des données à l’insu de leurs utilisateurs.”

Voilà qui fait apparaître un avantage concurrentiel européen dont nous devrions être plus conscients. En Europe, les constructeurs sont réglementés par le RGPD, ce qui “garantit” un meilleur respect du traitement des données. Les constructeurs français et européens ont bien raison de mettre en avant les risques de fuites de données et de leur transfert en Chine !

Parrot est un acteur stratégique pour la France, c’est une société en plein retournement qui délaisse peu à peu le marché grand public pour se recentrer sur le BtB, le marché militaire, et les services de logiciel cartographique de son logiciel Pix4D.

Combien vaudrait la technologie et la compétence de Parrot si un acteur plus gros voulait le racheter ? Sa capitalisation boursière de quelque 160 M€ paraît bien faible.

 

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1 commentaire

Plé 8 septembre 2020 - 8 h 47 min

Bonjour Monsieur Toce,
J’aime bien vous lire et suivre vos recommandations. Pourriez vous, quand ça existe, donner des noms de sociétés françaises qui font la même chose (ou presque!) que les sociétés américaines dont vous parlez?
Serait-il aussi possible de pouvoir télécharger toutes vos newletters? Par exemple je ne sais pas comment conserver votre dernière lettre sur “Parrot”.
Bien cordialement,
Patrick Plé

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