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Pas de 5G possible sans 6G

par Etienne Henri
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[La 5G est-elle déjà de l’histoire ancienne ? Sur le long terme, sa pertinence est loin d’être évidente, finalement… Surtout d’un point de vue technique. De toute évidence, la connectivité nomade haut débit telle qu’imaginée par la 5G passera par la 6G. Explications…] 

Alors que la 5G commence à peine à devenir une réalité commerciale en France, une sixième génération de réseau mobile est déjà sur les rails. En effet, au 1er janvier, un consortium européen créé pour l’occasion, Hexa-X, a officiellement commencé à travailler sur le sujet.

Si les travaux ne font que commencer, sa mission et sa feuille de route nous laissent déjà entrevoir ce que les industriels veulent faire de la 6G : un réseau qui rendra une fois pour toutes la connectivité à Internet omniprésente.

De quoi faire de la 5G une simple technologie de transition… 

La 6G sera ce que la 5G aurait dû être

Les détracteurs de la 5G soulignent avec justesse certaines limites de cette technologie. Laissons de côté les aspects commerciaux (prix des terminaux, des abonnements) et d’utilisation (usage réel), qui sont des problématiques secondaires et par essence changeantes : certains choix techniques faits lors de l’élaboration de la norme 5G vont effectivement limiter son intérêt sur le long terme.

La 5G ne tiendra probablement pas sa promesse

Le choix des fréquences, notamment, pose un problème structurel. Le très haut débit à faible latence n’est possible qu’à faible distance, ce qui oblige à multiplier les antennes en milieu urbain, voire à se contenter d’une “4G améliorée” en milieu rural. Si intéressante et lucrative qu’elle puisse être, la 5G ne tiendra probablement pas sa promesse de connecter à haut débit des milliards d’appareils partout sur la planète.

Ce scénario n’a rien de catastrophique. C’est exactement ce à quoi nous avons assisté lors de l’arrivée des vidéos sur smartphone. La 3G promettait de nous donner accès à la vidéo à la demande sur tout le territoire. En pratique, c’est la 4G qui a vraiment permis à la population de profiter du streaming à haut débit dans de bonnes conditions.

C’est ce même pari que fait Hexa-X : la 5G posera les premières pierres de l’Internet nomade à très haut débit, la 6G le démocratisera.

Pour y parvenir, la priorité n’ira pas à la vitesse de transfert, qui ne devrait être “que” 50 fois plus rapide que celle de la 5G, mais plutôt à l’interconnexion. L’objectif affiché par Hexa-X est de faire de la 6G un réseau capable d’intégrer des appareils très différents (du serveur informatique au textile connecté en passant par les smartphones). Le tout en étant décentralisé et robuste aux pannes.

En parallèle de ces objectifs techniques, un volet écologique est également présent dans les missions d’Hexa-X. Le consortium se penchera sur l’étude de l’impact environnemental et sanitaire du futur réseau – preuve que les réticences face à la 5G ont été entendues et prises en compte.

Eviter de reproduire les erreurs de l’épisode “5G” 

Si l’Europe se penche dès à présent sur la future 6G, c’est aussi pour éviter le fiasco politico-industriel qui a eu lieu avec la 5G. Lorsque les équipements chinois produits par ZTE et Huawei ont été placés sous embargo, l’Occident a réalisé l’extrême dépendance qui s’était créée entre les opérateurs locaux de télécommunication et les fournisseurs asiatiques.

Sous l’impulsion de Donald Trump, l’évolution brutale du contexte législatif occidental – y compris en Europe – a pris de court l’industrie des télécoms qui s’est retrouvée privée de solutions sur de nombreux points clés du déploiement de la 5G.

Le retour du protectionnisme technologique impliquera un double effort

Anticiper l’arrivée de la 6G permet à l’Europe de s’assurer que ses entreprises seront aux premières loges lors de l’élaboration de la future norme. La Chine ayant déjà commencé à plancher sur sa 6G en 2019, il devenait urgent pour assurer notre souveraineté technologique de préparer une réponse occidentale.

Bien sûr, ce dédoublement des efforts laisse anticiper une triste tendance, à savoir le retour des réseaux territoriaux. La 3G et la 4G, avec lesquelles l’interopérabilité avait fait d’énormes progrès, n’auront peut-être été que des parenthèses technologiques. Il y a fort à craindre qu’il n’existe pas une mais deux 6G, et que les appareils et équipements occidentaux soient incompatibles avec leurs pendants asiatiques.

Le retour du protectionnisme technologique impliquera un double effort pour les investisseurs qui devront démultiplier les prises de position pour profiter du marché mondial de la 6G. La bonne nouvelle est que le marché occidental est, en lui-même, déjà très lucratif.

Quelle stratégie d’investissement pour les Européens ?

Avant toute chose, je tiens à vous préciser que le fait que l’Europe ait commencé à élaborer sa future 6G ne doit en aucun cas vous empêcher d’investir dans la 5G. Selon le calendrier communiqué par Hexa-X, la phase préliminaire des études devrait déjà durer deux ans et demi, et les premiers déploiements n’auront certainement pas lieu avant 2030.

Sur les neuf prochaines années, ce sont bien les opérateurs de 5G qui vont récolter les fruits de leurs investissements passés. Investir sur la 6G aujourd’hui est un exercice d’anticipation. La stratégie adaptée est de prendre de petites participations chez les industriels impliqués dans cette future révolution et ensuite de les “oublier” dans votre portefeuille pour une décennie. Lorsque la technologie sera mature, ils disposeront d’un cash-flow captif du fait de leur rente de situation.

Pour ce faire, vous ne manquez pas de choix. De nombreux grands noms des télécoms sont présents au consortium et vous pouvez très facilement acquérir leurs actions auprès de votre courtier préféré. N’oubliez pas non plus le segment hardware. Ces petites lignes pourraient s’avérer très rentables, le temps que la nouvelle norme émerge. Et ce d’autant que vous ferez alors parti des primo-investisseurs, ceux-là même qui captent souvent le plus gros des gains lors des révolutions technologiques.

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