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PayPal cherche son nouveau relais de croissance

par Etienne Henri

PayPal fait partie de ces entreprises technologiques qui ont modelé l’Internet tel que nous le connaissons. A l’instar de Google, Facebook et Amazon, je la considère même comme l’un des rares fournisseurs de « matière première » d’Internet, en l’occurrence le paiement en ligne.

Peut-être avez-vous connu l’arrivée de l’Internet à domicile dans les années 1990 et les risques considérables que représentaient les achats à distance à cette époque.

X.com (propriétaire du service PayPal avant d’en prendre le nom) a réussi le tour de force de rendre les achats en lignes sécurisés, y compris à l’international. Ce qui n’a l’air de rien aujourd’hui était à l’époque un rêve pour les consommateurs et un projet d’Elon Musk que les banques refusaient de prendre au sérieux.

La suite, vous la connaissez : PayPal s’est imposée comme LA solution sécurisée de paiement en ligne, a su faire accepter aux e-commerçants des commissions colossales (jusqu’à 4,5 % des montants TTC encaissés), et a été absorbé par Ebay avant de reprendre son indépendance boursière en 2015 sous l’impulsion de l’investisseur activiste Carl Icahn.

Paypal est l’un des rares fournisseurs de « matière première » d’Internet, en l’occurrence le paiement en ligne.


Elle est aujourd’hui, à l’instar de Facebook et Google, en pleine crise de maturité. La plate-forme doit trouver de nouveaux relais de croissance, d’autant que sa collaboration avec Ebay est passée de la relation symbiotique au partenariat commercial avant de devenir pour le moins ambiguë ces derniers mois.

Ebay coupe le cordon

 La séparation entre PayPal et Ebay, réclamée par Icahn pour valoriser au mieux la plateforme de paiement et rassurer les concurrents d’Ebay qui souhaiteraient accepter les paiements PayPal, a été salutaire.

Depuis 2015, l’action PayPal a grimpé de +197 %.

Evolution de NYSE : PYPL : +197 % en quatre ans. La scission a porté ses fruits !

 L’activisme souvent décrié d’Icahn fut bien inspiré et les actionnaires ont pu grassement en profiter.

Le revers de la médaille est qu’Ebay, qui représentait 30 % du chiffre d’affaires de PayPal avant la scission, n’est plus tenu à aucune exclusivité. Le site de vente en ligne a même commencé à utiliser les solutions de paiement du néerlandais Adyen (AMS : ADYEN) à la place de celles de son partenaire historique.

Ce revirement est un véritable camouflet pour PayPal.

Entre la concurrence des cryptomonnaies pour les transactions à bas coût, la modernisation des paiements bancaires SEPA et SWIFT pour les transferts rapides, et le tarissement de la source de profits d’Ebay, l’entreprise doit impérativement se diversifier dans de nouvelles activités rentables.

Comme Facebook, elle a pris le parti d’adopter une stratégie de croissance externe et a fait, il y a quelques jours, une bien curieuse acquisition.

Paypal se lance dans le couponing

Plutôt que de racheter des concurrents directs ou de lancer des services modernes autour des cryptomonnaies, PayPal a fait le choix étonnant de racheter une startup spécialisée dans le couponing.

Si cette activité ne vous dit rien, c’est que vous ne faites pas partie des 17 millions de personnes qui utilisent l’extension Honey. Cette dernière regroupe les codes promotionnels sur près de 30 000 sites marchands pour proposer aux e-consommateurs des promotions en temps réel.

Elle remet au goût du jour le passe-temps préféré de nos grands-mères qui pouvaient découper durant des heures les codes promotionnels dans les journaux pour gagner trois francs six sous dans les magasins. Aujourd’hui, il existe une application qui peut s’en charger pour vous et PayPal a déboursé pas moins de 4 Mds$ pour la racheter.

“S’il y a un meilleur prix, nous le trouverons”. L’extension de navigateur Honey scanne en temps réel les promos sur Internet. Source : joinhoney.com

Un pari osé, une stratégie peu lisible

Malgré toute mon admiration pour PayPal, cette acquisition me laisse songeur.

Fondée en 2012, l’extension pour navigateur Honey était restée relativement discrète. Elle a levé, au cours de son existence, 55 M$. Cette somme, qui serait considérable pour une entreprise française au business-model si limité, n’est pourtant pas exceptionnelle en Californie.

Honey a été rachetée pour 40 ans de chiffre d’affaires !


Il est pour le moins curieux de voir PayPal dépenser autant pour mettre dans son escarcelle une activité si mineure. Même pour une entreprise Internet en forte croissance, le prix payé est délirant : avec un chiffre d’affaires de 100 M$ seulement en 2018, Honey a été rachetée pour 40 ans de chiffre d’affaires !

A moins de convertir la planète aux délices du couponing, PayPal va avoir du mal à transformer cette acquisition en poste de profits.

Le montant payé est d’autant plus étonnant que PayPal avait racheté, l’année dernière, l’entreprise iZettle pour « seulement » 2,2 Mds$. Cette dernière offre aux petits commerçants la possibilité de procéder à des encaissements par CB de façon itinérante sans passer par les terminaux de paiement bancaire, souvent chers à l’achat et nécessitant des abonnements au coût prohibitif.

L’acquisition précédente de PayPal, iZettle, était un coup-de-pied au secteur bancaire comme on les aime. Crédit : iZettle

iZettle est le pendant physique des paiements dématérialisés de PayPal et la startup a tout à fait sa place dans l’offre de services de PayPal. Court-circuiter les banques a été la raison n°1 du succès de PayPal et iZettle, qui joue cette même partition côté paiements physiques, peut espérer le même succès vingt ans plus tard.

En revanche, proposer des codes promotionnels aux cyber-consommateurs manque d’ambition comme de potentiel.

L’ancienne entreprise d’Elon Musk serait-elle en panne d’inspiration ? 

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