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Ce que le pétrole vous révèle sur la croissance mondiale

par Etienne Henri
pétrole

Nous avons vu hier que les indicateurs communément utilisés pour prévoir les cycles de croissance et récession ne sont, dans la situation actuelle, que peu utiles.

Or, l’investisseur particulier a besoin de savoir anticiper les grands cycles économiques pour pouvoir arbitrer entre les placements sûrs et ceux plus dynamiques.

Investir tout son argent dans des sociétés cotées à cinq ans de la retraite est dangereux si la fin du cycle économique est proche. A contrario, se réfugier dans les obligations offrant des coupons faméliques est dommage si la croissance pointe son nez.

Nous vous mettons régulièrement en garde quant à l’impact que pourraient avoir sur la valeur des actions la fin des injections monétaires des banques centrales et la hausse des taux obligataires.

Intéressons-nous aujourd’hui à une variable un peu désuète, certes, mais néanmoins toujours d’actualité : la croissance de l’économie réelle.

Osons un pari un peu fou : il reste des investisseurs qui s’intéressent à l’activité économique réelle des entreprises dans lesquelles ils investissent.

Tant que ces entreprises iront bien, ils conserveront leurs participations et tireront les cours à la hausse. Ce n’est que si une récession mondiale pointe son nez qu’ils liquideront leurs actions pour se réfugier dans des obligations.

Cela signifie que les actions devraient rester un bon investissement tant que l’économie réelle restera en croissance.

Mais l’est-elle vraiment ? Nous allons voir aujourd’hui comment prendre le pouls de l’économie mondiale sans avoir à utiliser des indicateurs tellement politiques qu’ils en perdent toute signification.

Comment mesurer la croissance à coup sûr
Pour savoir comment se porte l’économie mondiale, je vous conseille de toujours garder un oeil sur les prix de l’énergie, et plus particulièrement celui du pétrole brut.

Les évolutions de prix permettent de déceler les phases de croissance (voire de surchauffe) de l’économie comme les ralentissements à prévoir.

Il n’y a là aucune magie : l’énergie est à la base de notre civilisation industrielle. L’extraction et la préparation de matériaux de construction nécessite de l’énergie. La fabrication de produits nécessite de l’énergie. Le transport nécessite de l’énergie. Sauf pour les rares personnes qui consomment encore le fruit de leur production potagère sans engrais ni pesticides, l’alimentation nécessite aussi de l’énergie.

L’écrasante majorité de cette énergie est fossile, et le pétrole en représente la plus grande part. Il est bon de se rappeler qu’il n’y a pas de croissance économique sans hausse de la consommation de pétrole depuis le début de la révolution industrielle.

Or, nous vivons à une époque où l’offre de pétrole est devenue relativement inélastique. A part lors de perturbations ponctuelles (conflits, arrivée brutale d’une nouvelle technologie comme le pétrole de schiste), les producteurs n’arrivent à mettre de nouveaux barils sur le marché qu’au prix de longues et coûteuses explorations.

Les variations de l’offre sont donc lentes, et surtout facilement anticipées par les marchés.

Les variations de la demande, elles, dépendent uniquement de l’appétit des consommateurs. Industriels, transporteurs, agriculteurs : tous ont besoin de plus d’énergie pour augmenter leur production.

Les grands mouvements à la hausse des prix du brut sont donc des indicateurs de bonne santé de l’économie. Si les consommateurs s’arrachent les barils et sont prêts à les payer de plus en plus cher, c’est qu’ils pensent pouvoir les utiliser pour créer de la richesse.

En revanche, si les prix s’effondrent sans que l’offre n’ait brutalement augmenté, cela signifie que les acheteurs solvables sont en train de disparaître. Dans ce cas, attention, la récession pourrait ne pas être bien loin !

Le WTI a commencé à plafonner dès juin 2000. Il a ensuite perdu plus de 40 % avant de repartir à la hausse en janvier 2002.

La même chose s’est produite durant la crise des subprime, où le WTI a connu un plus haut à 140 $/baril avant cette fois-ci de reculer de plus de 70%. En 2009, il reprenait le chemin de la hausse.

Vous le voyez, les décalages (positifs comme négatifs) entre l’évolution du prix du WTI et les anticipations de croissance sont à prendre très au sérieux. A long terme, l’énergie a toujours raison !

Quid de la spéculation ?
Revenons une dizaine d’année en arrière. Lors que le pétrole a bondi de 58 $ à 140 $/baril, les premiers à être pointés du doigt ont été les spéculateurs. L’appât du gain des producteurs a également été mis en avant.

Peu d’analystes se sont contentés de l’explication la plus simple : la confrontation entre une demande en hausse constante et une offre peinant à augmenter.

Bien sûr, il existe une (très) forte spéculation autour du WTI et du Brent. Le pétrole-papier, tout comme l’or, est un véhicule particulièrement apprécié des traders du fait de sa liquidité. Pour autant, les traders ne consomment pas de pétrole. S’il est arrivé de voir par le passé des stockages de brut improvisés où des livraisons physiques ont été retardées pour profiter des phases de hausse maniaques, ce phénomène reste anecdotique par rapport au volume de brut réellement utilisé par l’industrie.

Les spéculateurs peuvent bien échanger autant de papier qu’ils le veulent, et jouer sur des produits dérivés, il n’en reste pas moins qu’un baril extrait d’un puit finit toujours par être brûlé par un industriel.

L’évolution des prix est donc in fine tirée par la confrontation de la soif de l’économie industrielle aux capacités d’extractions des producteurs. Tant que les traders ne sauront ni extraire, ni consommer du brut, leurs échanges resteront à somme nulle.

Que nous dit le pétrole ?
Aujourd’hui, le WTI est en pleine tendance haussière. Après avoir touché un plus bas en janvier 2016 à 28,5 $/baril, il cote aujourd’hui au-dessus des 71 $. Le Brent suit la même tendance.

Cours du pétrole, Brent et WTI
Evolution des cours du WTI et du Brent sur 2 ans.
Source : Nasdaq.com

Dans le même temps, la production mondiale est restée quasi-constante (81,5 Mbl/jour en janvier 2016, 81,68 Mbl/jour début 2018).

Cela signifie que cette hausse de prix qui dure depuis près de 30 mois est majoritairement imputable à de la croissance réelle (encore une fois, aucun trader ne stocke des millions de barils dans son bureau de New York depuis deux ans).

Bien sûr, la hausse des prix de l’énergie finira par jouer un rôle contra-cyclique. Si le WTI monte jusqu’à 140 $ le baril, certaines activités industrielles deviendront non-rentables et devront cesser.

Ces activités disparues seront retirées du PIB mondial, mais allègeront d’autant la pression sur la demande d’énergie. Les prix pourront alors baisser ; ainsi vont les cycles économiques.

Pour l’instant, les industriels semblent bien supporter un baril de brut à 70 $ et continuent de tirer les prix vers le haut. Tant que cette tendance perdurera, nous pourrons anticiper de la croissance de manière bien plus fiable qu’en nous appuyant sur les prévisions des banques centrales.

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