Accueil Energies et transports Pétrole : même BP jette l’éponge !

Pétrole : même BP jette l’éponge !

par Etienne Henri
Peak Oil faillites

[Le déclin de la production mondiale de pétrole est inéluctable. Crise COVID oblige, les faillites se multiplient. Le pétrole de schiste, trop cher et très polluant, est le premier maillon à lâcher. Cette fois-ci il ne faudra pas compter sur les majors pour prendre le relais… Même BP jette l’éponge et se tourne vers le renouvelable…]

La diminution de l’activité économique due à l’épidémie de coronavirus a eu des conséquences sans précédent sur les cours des matières premières. Au printemps dernier, alors que le monde s’était arrêté de tourner, le prix du baril de pétrole est même brièvement passé en territoire négatif.

Cet événement était prévisible vu le fonctionnement des chaînes d’approvisionnement internationales et l’arrêt brutal de la consommation.

Depuis, les producteurs ont pu adapter l’offre à la demande et le cours du WTI a progressivement repris des couleurs. Après six mois d’écrasement inédit de la volatilité, ses évolutions reprennent même une tournure habituelle avec hausses et baisses à la faveur de l’actualité.

WTI graphe bourse

Pour le WTI, l’année 2020 n’a ressemblé à aucune autre ! 

Serait-ce le signe d’un retour à la normale pour le marché de l’or noir ? Rien n’est moins sûr…

Comme pour de nombreuses industries, la crise économique du COVID-19 a mis l’industrie pétrolière face à ses problèmes latents. Petits producteurs comme majors, jusqu’ici confortablement installés dans le déni vis-à-vis de leurs perspectives, ont subi plus tôt que prévu le retour à la réalité.

Faillites en chaîne pour le pétrole de schiste

Tous les spécialistes du secteur voyaient, dès les années 2010, le pétrole de schiste américain comme un formidable feu de paille. Il a, en ce sens, parfaitement tenu ses promesses. Entre 2009 et 2014, soit à peine cinq ans, il a compensé à lui seul un quart de siècle de déclin de la production dite “conventionnelle” de pétrole. Continuant sa croissance, il a même permis aux Etats-Unis de dépasser leur pic de production historique atteint en 1970 à 10 millions de barils par jour.

production journalière étrole USA

Production journalière de pétrole américaine (en milliers de barils par jour).
Le pic de 1970 se situait à 10 000 kb/j Infographie : MacroTrends

Comme tout bon feu de paille, cette hausse de la production n’a pas vocation à étancher la soif d’or noir des prochains siècles. Là où la production de pétrole conventionnelle avait lentement crû depuis le début de la révolution industrielle jusqu’aux années 1970, avant de décroître de façon quasi-symétrique, le pétrole de schiste est une course contre la montre géologique et économique.

La production américaine aura le plus grand mal à rebondir

Crise mondiale oblige, c’est finalement le maillon financier qui a lâché en premier.

L’extraction de pétrole de schiste est une activité très demandeuse en capital et à très forts coûts d’exploitation. Cela signifie que les entreprises ne peuvent rester en activité que si elles parviennent à emprunter de l’argent quasi-gratuitement, et que le prix du baril se maintient à un niveau satisfaisant tout au long de l’année.

Ce ne fut pas le cas en 2020 avec un baril passé de 60 $ au premier janvier à zéro au mois d’avril. Même le rebond actuel au-dessus des 30 $ ne suffit pas pour ces entreprises dont les business plans ont été prévus sur l’hypothèse d’un baril entre 70 $ et 100 $.

Conséquence directe : les faillites se multiplient. Les derniers chiffres consolidés indiquent que 36 producteurs se sont placés en faillite sur les huit premiers mois de l’année. Le chiffre pourrait presque être rassurant lorsque l’on sait qu’en 2016, après une dégringolade du WTI de 100 $ à 30 $, pas moins de 70 producteurs avaient fait faillite… mais il cache une différence de taille : cette fois-ci, ce ne sont pas des petits producteurs qui déposent le bilan mais des entreprises réputées solides et qui avaient déjà résisté à une première crise.

Les faillites de 2020 n’ont rien à voir, en termes financiers, avec celles de 2016. Les défauts sur la dette du secteur atteignent déjà les 51 Mds$ cette année, selon le cabinet Haynes and Boone. Cela représente, en huit mois seulement, plus de 91 % des 56 milliards perdus sur l’annus horribilis 2016… et 2020 n’est pas encore terminée, loin de là.

La production américaine, qui a baissé de près de 30 % cette année, aura par conséquent le plus grand mal à rebondir. Une fois les petits producteurs disparus, il ne faudra cette fois-ci pas compter sur les majors pour assurer les besoins en pétrole de demain.

Quand les majors jettent l’éponge

Cet été, le P-DG de BP (NYSE : BP) a jeté un pavé dans la mare en indiquant tabler sur une baisse de sa production de 40 % d’ici 2030. Bernard Looney fait écho, une décennie plus tard, à feu Christophe de Margerie, l’ancien P-DG de Total, qui avait avoué dans les années 2000 que la production de pétrole mondiale était face à un déclin inéluctable.

La sortie du Français avait été, sur le moment, abondamment commentée tant le peak oil était un sujet brûlant. A l’époque, Christophe de Margerie avait justifié cette baisse inéluctable par la crise des subprime et le manque de capitaux. Cette année, Bernard Looney justifie la baisse de production à venir de BP par la une prise de conscience des enjeux environnementaux et une baisse de la demande de 75 % en trente ans.

Ces justifications politiquement correctes cachent une réalité bien connue dans le milieu du Oil and Gas : les producteurs occidentaux n’ont tout simplement plus les moyens de maintenir (et encore moins d’augmenter) leur production. Les ressources auxquelles ils ont accès s’amenuisent et ils ne parviennent plus, même en investissant des milliards d’euros par an pour optimiser les puits, à augmenter les cadence d’extraction.

Le déclin de la production des majors n’est donc ni une conséquence réversible des crises économiques par essence temporaires, ni un choix de société : c’est une réalité inéluctable. Pour leurs dirigeants, la situation n’est pas des plus confortable.

BP se tourne vers les énergies propres

Pour les actionnaires et les citoyens désireux d’une économie décarbonée, en revanche, cette contrainte physique est plutôt une bonne nouvelle. La production et la consommation d’or noir diminueront avec certitude dans les prochaines années. Les énergies renouvelables sont les mieux placées pour prendre le relais, et même les anciens pétroliers se sont faits à cette idée.

En parallèle de l’annonce fracassante de la fin de son business model historique, BP a indiqué investir 5 Mds$ dans les énergies propres d’ici dix ans. Pour les investisseurs, c’est un nouveau chapitre potentiellement ultra-lucratif qui s’ouvre.

L’investissement dans l’énergie a encore de beaux jours devant lui – et cette fois-ci, il ne rimera pas avec émissions de CO2.

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1 commentaire

ELLIES JEAN-NOEL 27 novembre 2020 - 18 h 41 min

Bonsoir, quelles sont les actions dont il faut se débarrasser sur l’industrie des gaz de Schistes. Merci. Bon WE.

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