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Pourquoi la Chine fait-elle le siège de Dunkerque ?

par admin

Les habitants de Dunkerque ont probablement été surpris de voir dans leur port mouiller le Moon Globe fin août.

Affrété par la compagnie singapourienne Noble, le vraquier a pris le chargement d’une cargaison de 63 000 tonnes de blé français. Ce n’est que la première d’une série de livraisons qui devrait atteindre au total, d’ici octobre, 220 000 tonnes.

Cela faisait neuf ans exactement qu’aucun navire asiatique ne s’était approché des côtes de la région. Habituellement, la Chine s’approvisionne en Australie ou aux Etats-Unis pour les céréales. La ligne maritime Dunkerque-Guangzhou va-t-elle devenir un axe maritime majeur ?

Il est bien évidemment trop tôt pour le dire. Par contre, le fait que la Chine s’aventure jusque dans le Pas-de-Calais pour s’approvisionner en blé est un indice que la demande chinoise progresse… et que Pékin est à nouveau prêt à tout pour assurer ses approvisionnements.

Un moteur qui redémarre…
Depuis quelques semaines, on observe un retour de la Chine sur les marchés des matières premières. Le pays avait réussi à faire oublier sa faim inextinguible de matières depuis un an, alors que l’actualité se concentrait avant tout sur le changement politique.

Le moindre geste des deux nouveaux personnages à la tête de l’Etat — le Premier ministre Li Keqiang et le président Xi Jinping — était scruté et analysé alors que l’économie chinoise s’enfonçait dans la crise. 10 mois après leur arrivée, nous ne sommes pas vraiment plus avancés. Comme l’explique Pierre-Olivier Rouaud dans l’Usine Nouvelle, la nouvelle équipe du président affiche « un curieux mélange de reprise en main (censure, anticorruption…) et de réformisme revendiquée ».

Quelle que soit la recette de l’exécutif, leur arrivée a permis de modifier la trajectoire du pays. L’économie montre des signes de bonne santé depuis plusieurs semaines. Les derniers chiffres d’HSBC ont été particulièrement remarqués. Selon la banque britannique, l’indice PMI Manufacturier flash s’est établi à 51,2 en septembre. Si l’indice dépasse le chiffre d’août, il inscrit surtout un plus haut depuis six mois, confirmant un mouvement de reprise dans l’empire du Milieu.

Sans retrouver le faste des années 2000, la demande connaît à nouveau un essor.

des matières à la hausse
Les importations et les exportations en août ont surpris les analystes par leur vigueur. Deux secteurs notamment tirent actuellement la demande en métaux : les chemins de fer et la construction. Ces derniers sont soutenus financièrement par le gouvernement ces derniers mois.

Ainsi les importations de fer ont bondi de 10,5% en août dernier (comparé à août 2012), pour atteindre 69,01 millions de tonnes. Elles ont été tirées vers le haut par les sidérurgistes chinois, dont la production a augmenté de 5% entre juillet et août.

[NDLR : Matières à Profits a investi le mois dernier sur un acteur aux avant-postes pour profiter de la reprise chinoise. A la pointe de la révolution annoncée du graphène, cet industriel n’en est pas moins une star sur le marché du graphite dont l’utilisation est indispensable à l’acier. La reprise sur le marché chinois a déjà fait progresser de 12% le titre en à peine un mois. Vous avez encore l’opportunité de rentrer sur ce titre sous-coté. Retrouvez plus de détails dans Matières à Profits.]

La demande de pétrole a suivi. Les importations ont augmenté de 16,5% comparé à août 2012, même si elles se sont révélées en retrait comparé à juillet. Elles sont en hausse de 2,9% sur les huit premiers mois de l’année comparé à 2012 sur la même période. La même tendance est observée sur le cuivre.

Comme le résume Julian Zhu, à la tête de la recherche sur les matières premières de Goldman Sachs en Chine, « d’ici la fin de l’année, nous anticipons que la demande chinoise en matières premières continuera de se redresser ».

Pékin doit partager cette analyse, car depuis quelques mois, les groupes chinois ont réactivé leur politique d’acquisitions tous azimuts à l’étranger. Tous ça à la barbe encore une fois des Occidentaux.

La Chine s’engouffre dans la brèche
Nous constatons une nouvelle fois l’extraordinaire capacité de la Chine à profiter des secteurs délaissés par les pays occidentaux. Je prendrais seulement deux exemples.

puce L’investissement agricole en Europe de l’Est

Cette semaine le fonds souverain chinois CIC vient d’annoncer un investissement dans le producteur de potasse Uralkali. Si vous vous souvenez bien, j’avais déjà évoqué le cas d’Uralkali en début de mois dans un Edito. Le groupe avait formé avec le Biélorusse Belaruskali un cartel, le BPC, sur la production de potasse. Mais, cet été, le Russe a mis fin brutalement à la coopération, au motif que Belaruskali ne respectait pas ses quotas de production. Le groupe chinois s’est donc engouffré dans la brèche.

Détenteur de 12,5% du capital d’Uralkali, CIC est désormais le deuxième actionnaire d’un des premiers producteurs d’une matière tout bonnement essentielle à l’amélioration des rendements de l’agriculture moderne.

En Ukraine cette fois, le groupe chinois XPCC vient de signer un accord avec le groupe KSG Agro pour l’utilisation de trois millions d’hectares de terres agricoles dans la région de Dnipropetrovsk. Ce n’est pas moins de 5% des terres du pays qui seront exploitées par la Chine, soit l’équivalent de la surface de la Belgique, pour un investissement estimé de 2,6 milliards de dollars. Il s’agit du plus important investissement dans des terres agricoles de l’histoire chinoise.

Il n’y a pas si longtemps c’était la France, par l’intermédiaire d’AgroGeneration (ALAGR : NYSE) de Charles Beigbeder, qui était un des leaders du développement du potentiel agricole ukrainien. La société a été cédée en mai dernier.

puce Le trading de matières premières

En Europe comme aux Etats-Unis, les banques ont commencé cette année à se délester de leur desk matières premières, leurs activités de trading de matières premières physiques. Nous l’avions constaté dans un Edito fin août. La vente de J.P. Morgan de ses activités de trading dans ce domaine a été un virage pour le secteur, la banque américaine ayant lourdement misé ces dernières années. Cette vente faisait suite à plusieurs départs similaires, celui de Goldman Sachs et de Morgan Stanley notamment. En août, j’expliquais ce phénomène par les réticences de ces acteurs financiers à investir sur un marché qu’ils estimaient « baissiers ».

C’est pourquoi la création d’un pôle trading de matières premières par la Bank of China le mois dernier a surpris les investisseurs. C’est d’autant plus étonnant que le trading de matières premières physiques en Chine est interdit, exception faite de l’or. La banque devra ainsi passer par une filiale.

Il semble tout simplement que la banque devient un acteur classique des matières premières. La création de cette branche fait suite à son entrée l’année dernière sur le LME et le CME group. Ses bureaux new-yorkais étaient d’ailleurs déjà très impliqués dans l’achat de produits agricoles, alors que ses représentations à Singapour et Hong-Kong s’occupaient de pétrole.

Comme le résume Reuters, « d’autres banques chinoises désirent créer une branche de trading de matières premières, alors que les banques occidentales qui ont longtemps dominé le marché sont en train de couper dans leurs activités ou ferment leurs opérations devant la régulation grandissante du secteur et les contraintes budgétaires ».

L’Occident encore une fois trop court termiste ?
Il ne s’agit que de deux secteurs où les pays occidentaux étaient historiquement présents. Je pourrais continuer avec les gaz de schiste au Canada, l’or en Afrique ou le pétrole au Kazakhstan, tous actuellement dans le viseur de la Chine.

Plus globalement, on observe le grand retour de la Chine sur le marché des matières tout simplement parce que ses besoins augmentent à nouveau fortement. Elle s’y prépare, alors que nous nous retirons rapidement. Dernière illustration, le hedge fund Clive Capital, le plus important investisseur dans les matières premières, vient d’annoncer l’arrêt de ses activités.

Encore une fois, les acteurs privés occidentaux privilégient la vision à court terme, et brûlent ce qu’ils ont adoré quelques années plus tôt. Le super-cycle des matières premières n’est pourtant pas achevé, et ne faisait que ralentir.

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