Accueil Innovation et vie quotidienne Pourquoi je déteste l'or

Pourquoi je déteste l'or

par Cécile Chevré

Cher lecteur,

Je dois vous faire un aveu. Je n’aime pas l’or. Je le déteste même…

Enfin, entendons-nous bien, je trouve l’or très joli… surtout sous forme d’objets archéologiques — vous connaissez ma passion pour ce domaine. Les masques mycéniens, les couronnes étrusques, les bijoux égyptiens… aucun doute, j’aime, j’admire, je vais voir, je scrute et j’observe.

Non ce que je n’aime pas c’est l’or en tant qu’objet d’investissement. L’or, c’est franchement ringard. Et je ne suis pas la seule à le penser. Il faut voir les passions qu’il déchaîne — en tant qu’investissement toujours — depuis des siècles.

L’année dernière, l’émission de France Culture, « Concordance des temps », consacrait un de ses épisodes à l’amour/haine des Français pour l’or, et rappelait les nombreux débats qui ont agité investisseurs, gouvernements, banquiers et économistes autour de l’or, de sa valeur et de son rôle aussi bien dans le système monétaire international. Des attaques contre ce que Keynes appelait la « relique barbare » qui ne datent pas d’hier, ni de la création du Wall Street Journal, mais au moins du XIXe siècle.

Pourquoi nombre d’économistes et d’investisseurs détestent l’or ?

Premièrement parce qu’il est improductif. Vous l’achetez (sous une forme ou une autre), vous le conservez (dans un compte en Suisse, une boîte à biscuits enterrée dans votre jardin…), et… rien. Il ne se passe strictement rien. Pas de rendement, pas de dividende.

Ajoutez à cela qu’il est financièrement, économiquement, socialement même (n’ayons pas peur des grands mots !) inutile. Quand vous investissez dans une société, vous lui apportez des capitaux. Capitaux qu’elle pourra utiliser pour innover, produire, se développer, créer des emplois, etc. Bref, vous aidez cette société et d’une certaine manière l’économie. Enfin tout ceci est plus vrai quand vous investissez dans une small caps que dans Apple, mais disons que sur le papier, votre investissement est utile — félicitation à vous !

L’or par contre… Eh bien, au mieux en achetant de l’or physique, vous participez au développement des minières (qui ne feront jamais partie des 100 sociétés dans lesquelles il fait bon de travailler), vous faites vivre des intermédiaires (ceux qui vendent et conservent l’or physique) et l’Etat français (puisque vous payez des impôts sur votre petit tas d’or). Bon, c’est vrai, socialement, on peut trouver mieux.

Aimer l’or, c’est aussi avouer clairement qu’on est pessimiste. On ne se jette pas sur l’or quand tout va bien et que l’avenir va être radieux. On achète de l’or car, comme le dit très bien Warren Buffett (qui n’est pas avare de formules chocs contre l’or), « l’or est un moyen de parier sur la peur, et de temps à autre, ça a été un bon moyen de parier sur la peur. Mais vous devrez espérer très fort que dans un an ou deux les gens auront encore plus peur qu’aujourd’hui« .

Warren Buffett toujours : « Regardez, vous pourriez prendre tout l’or qui ait jamais été extrait du sol, ça remplirait un cube de 20 mètres de côté. Au cours actuel de l’or, vous pourriez acheter toutes, et pas seulement une partie, les terres agricoles des Etats-Unis. En plus, vous pourriez acheter 10 Exxon Mobils, et garder 1 000 milliards de dollars en cash. Ou alors vous pourriez avoir un gros cube de métal. Lequel choisiriez-vous ? Qu’est-ce qui produira plus de valeur ? ».

L’or papier sème la zizanie
Heureusement (enfin, pas vraiment…), pour tous les investisseurs qui considèrent que l’or est ringard, l’or papier a été inventé : des contrats à terme, des outils financiers qui permettent d’accélérer le processus d’achat/vente de l’or et donc d’engendrer des bénéfices rapides, aussi bien à la hausse qu’à la baisse. Gros avantage de cet or papier, c’est que contrairement à l’or physique, il peut être multiplié presque indéfiniment. L’or papier est ainsi devenu en quelques années un outil financier très recherché, tellement d’ailleurs qu’on estime qu’il « existe » aujourd’hui 100 fois plus d’or papier que d’or physique.

Tant et si bien que l’or papier a pris le dessus sur l’or physique du moins en ce qui concerne le cours du métal jaune. Le violent décrochage du cours en mars et en mai dernier est uniquement dû aux ventes massives d’or papier… et non pas à une surproduction d’or ou encore des ventes de grande ampleur d’or physique.

Aujourd’hui, ce sont donc les ETF et les contrats à terme, des outils inventés pour les investisseurs qui font le cours non seulement de l’or mais aussi des minières. Et c’est une autre des raisons pour lesquelles je n’aime pas l’or : ce marché est entre les mains de quelques grandes banques d’affaires américaines (J.P. Morgan, Goldman Sachs, etc. pour ne pas les citer) qui elles aussi n’aiment pas l’or. Du moins affirment ne pas aimer l’or mais continuent de jouer — en ce moment à la baisse d’ailleurs — sur l’or physique. Envie de parier contre Goldman Sachs ? Pas moi…

Pour toutes ces raisons, je déteste l’or comme investissement. Il ne sert effectivement à rien… A moins de parier sur une reprise des minières, ce qui n’est d’ailleurs pas une si mauvaise idée que cela. Après le massacre de ces derniers mois, la fermeture de nombre de mines et une demande soutenue en or physique, les minières survivantes pourraient toucher le jackpot.

Je déteste l’or, disais-je…

… ce qui ne m’empêche pas d’en vouloir
Non je ne suis pas complètement folle. Mais ma volonté par la récente décision de Ben Bernanke de ne pas ralentir (pour le moment du moins) ses achats de bons du Trésor.

La situation est bien résumée par un article du Monde : « En optant pour le statu quo, la Réserve fédérale américaine n’a, en vérité, fait que reculer pour mieux sauter. Quel que soit le rythme de la reprise économique, elle ne peut s’offrir le luxe de poursuivre ad vitam aeternam sa politique non conventionnelle. Chaque milliard de plus injecté dans le système devra en effet être retiré, afin d’éviter qu’il n’alimente à terme une bulle sur les matières premières, les Bourses émergentes ou l’immobilier des grandes villes. Sans parler des taux directeurs, qu’il faudra bien remonter un jour ou l’autre. En d’autres termes : plus la Fed maintient ses mesures accommodantes, plus il lui sera difficile d’en sortir« .

Et plus la Fed va continuer d’imprimer, plus les menaces d’inflation se font sérieuse. Alors, oui, certes, pas tout de suite. C’est le pari que je fais. Et c’est pour cela que je reste persuadée qu’une part de votre patrimoine doit être consacrée à l’or. Et que le prochain décrochage des cours (plus ou moins promis par Goldman Sachs — sous les 1 000 $ — sera une excellente occasion d’acheter).

Mais pouvez tout aussi bien faire le pari inverse et ne pas posséder d’or.

Pour aller plus loin aujourd’hui : de quoi allons-nous parler ? D’or, évidemment !
– Dans La Chronique Agora, Addison Wiggin fait un pari audacieux : l’or pourrait atteindre 12 000 $. Avant de voir le cours du métal jaune atteindre de tels niveaux stratosphériques, gardons un peu les pieds sur terre. Addison vous propose donc un point sur les différents facteurs qui pourraient pousser le cours dans les mois et année qui viennent : Fed, demande chinoise et indienne… A déc
ouvrir dans La Chronique Agora.

– Et toujours dans La Chronique Agora, Frank Holmes vous donne deux raisons d’acheter de l’or en septembre

Soyez le premier informé des dernières Opportunités Technos directement dans votre boîte mail

Articles similaires

Laissez un commentaire