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Pourquoi l'or perdure et les monnaies trépassent

par redaction

Bill Bonner

Les aventures de M. James Surowiecki
Ce monsieur a écrit un article sur l’or dans le New Yorker. Sa sagacité repose sur une observation : ni l’or ni la monnaie papier ne sont une véritable richesse, mais simplement des mesures relatives sujettes à des ajustements.

Or ou pas, "on ne peut être riche que lorsque tout le monde est d’accord sur le fait qu’on l’est" — dit-il. Certes…

Ainsi, aucune loi ne garantit l’or à 450 $ l’once ou 680 $. Il pourrait aussi bien valoir aujourd’hui 266 $ l’once, comme lorsque George W. Bush a prêté serment pour la première fois. C’était il y a seulement quatre ans…

Mais l’or n’est pas né hier… ou il y a quatre ans de cela.

M. Surowiecki a remarqué que le métal a un passé, comme il a un présent.
Notre brave homme a tourné la tête et regardé un quart de siècle en arrière. Le métal jaune n’a pas été un excellent moyen de préserver sa richesse durant cette période, note-t-il. En conséquence, il ne voit pas de différence entre un dollar papier et son concurrent — l’or. Ni entre un marché haussier de l’or et une bulle des actions technologiques d’ailleurs !

"En fin de compte, notre confiance dans l’or n’est guère différente de la confiance que nous plaçons dans ce petit morceau de papier sur lequel est écrit "un dollar", affirme-t-il.

Et lorsque vous achetez de l’or, "vous achetez une hallucination collective — exactement ce qu’ont fait les investisseurs en dot.com de la fin des années 90" 

Pauvre Monsieur Surowiecki, il n’a rien compris…
Dommage qu’il ne se soit pas donné la peine de regarder un peu plus loin en arrière. M. Surowiecki n’a examiné qu’une petite partie du passé de l’or, mais il n’en a pas vu assez.

L’or et le dollar papier ont tout deux une histoire, mais l’or en a bien plus.

L’or et le dollar papier ont tout deux un futur. Mais — et c’est là le plus important — l’or en a probablement plus là aussi.

L’expression "riche comme Crésus" est d’origine antique.
Encore aujourd’hui, on se rappelle la richesse du roi de Lydie. Crésus n’était pas riche parce qu’il avait des piles de dollars. Il mesurait sa richesse en or. Personne ne dit jamais "pauvre comme Crésus", pas vrai ?

Aux Etats-Unis existe l’expression "qui ne vaut pas un continental", en référence aux dollars continentaux, une monnaie papier utilisée avant la Révolution américaine. Nous n’avons encore jamais entendu l’expression "qui ne vaut pas un krugerrand".

Rendons à César ce qui est à César
De même, lorsque Jésus a dit : "rendons à César ce qui est à César", il faisait allusion à un denier, c’est-à-dire une pièce d’or ou d’argent, et non une monnaie papier. La pièce portait le portrait de César, tout comme la monnaie américaine actuelle porte l’image de Lincoln, Washington ou Jackson.

Aujourd’hui, un denier d’or datant de la période antique a à peu près autant de valeur qu’il en avait en son temps. En revanche, les présidents morts américains, dont l’image est imprimée en encre verte sur les dollars perdent entre 2% et 5% de leur valeur chaque année. Que pensez-vous qu’ils vaudront d’ici 2 000 ans ?

Comment Crassus fut gavé d’or…
Quelques années avant Jésus, Crassus, qui avait gagné des fortunes grâce à la spéculation immobilière à Rome, décida de rassembler une armée pour aller chatouiller l’Orient. Hélas, de tels projets se terminent quasiment toujours en désastres ; Crassus n’a pas fait exception. Il a été capturé par les Parthes et mis à mort d’une manière exceptionnellement cruelle et coûteuse.

Mais il n’a pas fini ses jours étouffés par des billets de banque… et encore moins des dollars. Non, on lui versa de l’or fondu dans le gosier — c’est du moins ce qu’on raconte.

L’or a une longue histoire… et surtout,  il a survécu à tout !
Et durant son histoire, les humains ont été à maintes reprises tentés de le remplacer par d’autres formes de monnaie — dont ils pensaient qu’elles seraient plus pratiques, plus modernes et surtout plus accommodantes. Après tout, l’or est difficile à trouver, et difficile à extraire du sol. Résultat, il est toujours en quantité limitée.

Quant à l’histoire d’une monnaie papier, est toujours courte et triste
La monnaie papier, par contre, offrait des possibilités irrésistibles. La liste des candidats au papier est longue et pittoresque. On en trouve des centaines d’exemples, des assignats aux zlotys. Mais l’histoire d’une monnaie papier est toujours courte et triste.

Depuis l’invention de la presse à imprimer, un nouveau dollar ou franc papier peut être produit à un coût négligeable. Il n’en coûte pas non plus beaucoup de multiplier la masse monétaire par un facteur de 10 ou 100 — il suffit d’ajouter des zéros. Cela peut sembler évident, mais ajouter des zéros n’ajoute pas de valeur.

De l’irrésistible envie d’obtenir quelque chose en échange de rien…
Tout de même, l’attrait de pouvoir obtenir quelque chose en échange de rien a toujours été trop fort pour qu’on y résiste. C’est ce qui rend les fanatiques de l’or si irritants. Ils le soulignent sans arrêt. Pire encore, ils semblent se réjouir de dire "qu’on n’a rien sans rien", ce qui est une déception énorme pour la plupart des gens.

Une fois que les gens ont été capables de "créer de l’argent" à un coût quasi-inexistant, personne n’a jamais résisté à la tentation de commettre des excès. Aucune devise papier n’a jamais conservé sa valeur pendant bien longtemps.

La plupart sont ruinées en quelques années.
Parfois, il faut plus longtemps. Même les deux devises papier les plus prestigieuses du monde — le dollar américain et la livre britannique — ont toutes deux perdu plus de 95% de leur valeur au cours du siècle dernier, ce qui est particulièrement remarquable, puisque toutes deux étaient liées à l’or — par la loi et par la coutume — durant la majeure partie de ces années.

Pour le dollar, le cordon ombilical n’a été coupé que le 15 août 1971. C’est à ce moment-là que le monde a découvert ce que valait vraiment le billet vert — c’est-à-dire pas grand’chose.

Quelles que soient les promesses faites par les hommes politiques au sujet du dollar, ils pouvaient les défaire dès qu’ils le voulaient.

Ma conclusion ?
Certaines devises papier sont détruites presque par étourderie. D’autres sont ruinées intentionnellement — mais toutes finissent par disparaître. Par contraste, chaque pièce d’or (et d’argent, d’ailleurs) frappée au cours de l’histoire a encore de la valeur aujourd’hui — et les pièces ont quasiment toujours plus de
valeur qu’elles n’en avaient lorsqu’elles ont été frappées.

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