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Pourquoi le métavers n’a déjà rien à voir avec Internet

par Ray Blanco
métavers facebook internet 2

[Selon certains, le métavers serait la prochaine grande update d’Internet. Voilà pourquoi, en ce moment, toutes les grandes entreprises technologiques y investissent des milliards. Pourtant, à y regarder de plus près, un petit détail impose quelques nuances… Le métavers n’a rien à voir avec Internet. Le projet ne repose pas sur les mêmes bases. Internet a été pensé comme un environnement ouvert et concurrentiel. Le métavers, lui, ne semble pas du tout aller dans cette direction. Et encore moins le métavers selon Facebook…]

Ça y est nous y sommes. C’est la fin d’une époque. Facebook ne s’appelle plus Facebook… Mark Zuckerberg, son P-DG, l’a annoncé hier, la société change de nom – et de logo ! – pour devenir Meta. Ce qui colle parfaitement aux objectifs impulsés par le groupe ces derniers temps : basculer son réseau dans le métavers.

Mark Zuckerberg est si optimiste concernant le potentiel qu’offre le métavers qu’il a rebaptisé Facebook en conséquence

Petit rappel rapide, car nous allons beaucoup en parler dorénavant : le métavers est un espace virtuel où l’on peut interagir de manière réaliste les uns avec les autres, et avec des objets numériques.

Facebook s’emploie donc à construire sa propre vision du métavers. Pour ce faire, le groupe a annoncé son intention de recruter 10 000 salariés (environ) dans l’Union européenne pour « contribuer à la construction du métavers ». 

Mark Zuckerberg est si optimiste concernant le potentiel qu’offre le monde virtuel de son entreprise qu’il a choisi de modifier le nom de Facebook, pour qu’il reflète au mieux ses nouvelles velléités. Ce sera donc Meta.

Aussi enthousiasmante puisse être cette thématique – n’oublions pas qu’il s’agit ni plus ni moins de la prochaine grande update d’Internet –, la rencontre de Facebook et du métavers me pose quelques menus problèmes… Surtout si l’on considère les pratiques commerciales répressives et anti-vie privée de Facebook.

Internet vs métavers : la différence qui change tout

Comme je le disais plus haut. Bon nombre d’observateurs, aujourd’hui, considèrent le métavers comme la prochaine grande évolution d’Internet. Nous en sommes qu’à ses balbutiements, certes. Mais, il va devenir énorme, un jour – bien plus vaste encore que l’Internet que nous connaissons aujourd’hui. Et, c’est exactement ce qui explique que les grandes entreprises technologiques y investissent des milliards.

Mais qu’elle idée nous faisons-nous vraiment, pour l’instant, du métavers ? Voulons-nous un métavers morcelés en différentes zones, contrôlées par une entreprise qui y enfermerait sa vision et y édicterait ses lois ?

Si l’on part de ce principe, nos avatars – et autres propriétés virtuelles – seront soumis au bon vouloir d’un grand acteur technologique. Facebook, par exemple. Nous serons à sa merci. Ainsi, nos données personnelles appartiendront à quelqu’un d’autre que nous-mêmes, et nos interactions seront soumises au contrôle et à la censure…

Internet a été pensé comme un environnement ouvert et concurrentiel

Rien à voir avec l’esprit d’Internet. Le premier Internet public n’a pas été bâti par les grandes entreprises technologiques. Il a surtout été développé par des organisations à but non lucratif et des gens animés par une vision de l’avenir qui n’était pas forcément dominée par la réalisation d’énormes profits personnels.

Au début, Internet a été bâti par des idéalistes de génie.

A l’époque, certaines des entreprises technologiques ayant le mieux réussi aujourd’hui étaient de minuscules startups qui ont joué et gagné car elles avaient de meilleures idées. Ce fut une ruée vers l’or où tous ceux qui nourrissaient un rêve et une idée pouvaient se lancer pour se faire une place et faire fortune.

Ces gens-là ont créé Internet selon des normes ouvertes et interopérables, où tout le monde pouvait participer, que ce soit le particulier lambda ayant l’idée de créer une page web, ou une entreprise ouvrant un portail pour des activités existantes. Des secteurs entiers ont été bouleversés.

Cet environnement concurrentiel ouvert a pu exister car les grands acteurs de l’époque n’avaient pas la moindre idée de l’envergure qu’Internet aurait un jour.

Aujourd’hui, ce n’est pas le cas.

Pour un métavers libre

L’idéal à l’origine d’Internet est sérieusement attaqué, et cette menace s’étend au futur métavers. Et notamment à celui de Facebook. Les grands acteurs technologiques rêvent de le posséder et de le contrôler, et tentent de tuer dans l’œuf un métavers libre. S’ils y parviennent, nous auront des métavers fragmentés, où l’on sera captifs d’un prestataire spécifique.

Les grands acteurs technologiques rêvent de le posséder et de le contrôler

On a besoin d’un métavers sécurisé par une blockchain, où l’on sera propriétaire de nos données et de notre identité.

Il nous faut des normes ouvertes permettant de créer des espaces et des choses, dans le métavers mondial. Il nous faut un métavers où il y aura une égalité des chances pour tous ceux qui y viendront avec leurs nouvelles idées folles, tout comme cela s’est passé quand Internet a accéléré dans les années 1990.

Si nous y parvenons, une vague d’innovations pourrait se déchaîner comme jamais depuis des dizaines d’années. Songez seulement aux fortunes qui pourraient se bâtir en investissant dans de nouvelles startups ayant des idées surpassant toutes les autres, et capables d’agir de façon indépendante… Nous aurons l’occasion d’en reparler.

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3 commentaires

Mohammed-Akli Akretche 30 octobre 2021 - 13 h 27 min

Bonjour.
C’est une analyse remarquable et pertinente.
Merci pour cet article partagé.
Cordialement, Mohammed-Akli

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GUERIN 7 novembre 2021 - 17 h 12 min

Le libéralisme est né avec la révolution industrielle et a permis l’essor de la science.
Il atteint maintenant ses limites, comme le montre la vision mercantile du métavers selon Facebook, et une forme de dirigisme va inévitablement lui succéder.
Cette alternance de dirigisme et de libéralisme caractérise notre histoire.
La conscience artificielle mettra un terme à ce dualisme.

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Ito 8 novembre 2021 - 13 h 39 min

Ce que décrit Roy Blanco est exactement la vision du projet Elastos ! Une pièce-maîtresse du web 3.0 où chaque personne possède un DID (Decentralized ID), interagit avec autrui via un réseau peer-to-peer, détient ses données sur un stockage décentralisé, ce qui permet de maîtriser le partage de ses informations (et des les monnayer…). Le tout gouverné par une DAO et dont la blockchain principale est sécurisée par le hashpower du Bitcoin !

NB : oui j’ai pas mal investi dans Elastos, mais cette analyse du (des) futur(s) métavers conforte mon choix d’investissement.

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