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Pourquoi Warren Buffett sous-performe le marché

par Etienne Henri
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Le match growth contre value est vieux comme le monde.

Vaut-il mieux investir dans des entreprises dont l’activité croît exponentiellement même si elles font des pertes dans l’immédiat, ou dans celles bien établies dont le prix des actions est inférieur à leur valeur intrinsèque ?

Faut-il profiter des soldes pour suivre les préceptes de Warren Buffet?

Chaque méthode a ses afficionados et ses détracteurs. Le sujet est d’autant plus difficile à trancher qu’il est tout à fait possible de gagner de l’argent en suivant l’une ou l’autre de ces philosophies d’investissement.

La question est d’autant plus d’actualité que le sell off mondial dû au COVID-19 a fait chuter la valorisation de la plupart des entreprises. Si vous souhaitez investir en Bourse au printemps, vous êtes face à un dilemme : faut-il profiter des soldes pour suivre les préceptes de Warren Buffett ou, au contraire, miser sur les entreprises qui connaîtront une forte croissance dans les prochains mois (services à domicile, systèmes de télétravail, etc.) ?

Tout dépend de votre psychologie et de votre horizon d’investissement.

Il existe, fondamentalement, deux façons d’investir en Bourse : le suivi de tendance ou le retour à la moyenne. Soit vous espérez que ce qui s’est passé hier se reproduira demain (suivi de tendance), soit vous partez du principe que “les arbres ne montent pas jusqu’au ciel” et qu’un excès passager sera vite corrigé (retour à la moyenne).

Investir dans la croissance est du suivi de tendance car vous espérez que la croissance de l’année passée se poursuivra l’année suivante. L’investissement value consiste à parier sur un retour à la raison du marché après une phase de pessimisme passagère : un exemple parfait de retour à la moyenne.

En début d’année, alors que les marchés mondiaux allaient de sommet en sommet, les investisseurs growth exultaient tandis que les value rongeaient leur frein de ne plus trouver d’actions bon marché.

Dans le secteur de la tech, qui tire à lui-seul la quasi-totalité des gains de ces dernières années, la messe semblait dite. L’année dernière, le célèbre Warren Buffett a été totalement dépassé par les événements et n’est même pas parvenu à égaler les performances du S&P 500 – sans même parler de le surperformer…

La fin du “miracle Buffett”

Les chiffres sont formels : l’oracle d’Omaha, dont la réputation a été faite au siècle dernier, n’est plus ce qu’il était depuis l’essor des entreprises technologiques.

Alors que Berkshire Hathaway (NYSE : BRK) avait, des années 1960 jusqu’aux années 2000, quasiment obtenu un rendement annuel représentant le double de celui du marché américain, la performance est depuis quasiment identique.

Rendements annualisés Berkshire Hathaway S&P 500

Rendements annualisés (lissés sur trois ans) de Berkshire Hathaway et du S&P 500. Données : BRK.

Pire encore pour ses actionnaires, l’action Berkshire Hathaway s’est adjugé seulement 11 % en 2019, contre plus de 31 % pour le S&P 500 !

Et pour couronner le tout, du fait des nouvelles règles de calcul des holdings, le milliardaire a dû concéder 50 Mds$ de pertes au 1er trimestre 2020.

Cette contre-performance est l’aboutissement d’une tendance amorcée dans les années 2000. Cela faisait près de vingt ans que Berkshire Hathaway avait un coefficient de corrélation presque parfait avec le marché dans son ensemble. Le génie de Warren Buffett ne donne plus de résultats tangibles depuis les années 2000, et investir dans Berkshire Hathaway ne semble pas plus intéressant que d’acheter un simple ETF répliquant de manière totalement passive l’indice de référence.

Le coût de l’allergie à la tech

Pourquoi cet investisseur de légende ne parvient-il même plus à suivre les performances des investisseurs les plus passifs ?

Investir dans Berkshire Hathaway de nos jours ne semble pas plus intéressant que d’acheter un simple ETF répliquant de manière totalement passive le S&P500…

La raison est double : Warren Buffett n’aime pas investir dans les valeurs technologiques, et ces dernières sont responsables de la quasi-totalité de la hausse des marchés ces derniers temps.

L’année dernière, Apple (qui représente 4,9 % du S&P 500), s’est adjugé une hausse de +86 %. Microsoft (4,6 % de l’indice), s’est offert pour sa part +55 %.

Pour comprendre à quel point l’indice de référence est dominé par ces big caps, il suffit de jeter un œil à l’évolution du S&P 500 EX-Technology. Cet indice “nettoyé” des valeurs technologiques comme Apple et Microsoft, ne s’est adjugé l’année dernière que 22,6 %… et encore contient-il tout de même Amazon qui est considéré comme un acteur de la grande distribution !

Les valeurs technologiques sont responsables de la hausse des marchés. Faire l’impasse sur ces dernières condamne les investisseurs à des contre-performances de plus en plus douloureuses.

Le fait que Warren Buffett ait senti le besoin de rassurer ses actionnaires quant à la piètre performance de Berkshire Hathaway dans sa traditionnelle lettre annuelle est le signe que la patience de ces derniers commence à s’amenuiser…

L’argument principal qu’il avance est, à raison, que cette sous-exposition sectorielle protège BRK contre les risques de chute en cas d’éclatement de la bulle technologique. C’est vrai, mais il n’est pas dit que cette assurance soit suffisante pour justifier vingt ans de performances décevantes !

Forts de ce constat, les investisseurs growth crient victoire et clament la fin de l’investissement value. Ont-ils raison ? C’est ce que nous verrons demain.

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