Accueil Innovation et vie quotidienne Saurez-vous vous protéger du nouveau désastre qui se profile ?

Saurez-vous vous protéger du nouveau désastre qui se profile ?

par redaction

Par Simone Wapler et Giovanni Etelbert

Voici qu’une nouvelle menace plane sur la finance, potentiellement aussi nuisible que les credit default swaps (CDS) en 2008.

Le nantissement des titres à l’anglo-saxonne pourrait bien faire replonger le système financier. Le risque auquel nous sommes confrontés est bien plus important que celui de la Grèce. C’est ce que révèle l’examen de la faillite du courtier américain MF Global.

Le nantissement par des actifs déjà hypothéqués : un procédé légal
Chez les Anglo-saxons, la double hypothèque est parfaitement légale. Cela peut vous paraître étrange, car en France ce type d’opération est interdit. Ce processus consiste à mettre en garantie des actifs qui garantissent déjà d’autres opérations.

En 2007, le FMI estimait que cette forme de levier représentait la moitié de l’activité du système de shadow banking.

Le shadow banking ou “banque d’affaires” désigne les établissements qui ne reçoivent pas de dépôts et qui, de ce fait, échappent à toute une partie de la législation censée protéger les déposants.

En juillet 2010, le FMI a commis un nouveau papier (1) sur ce danger.

Selon le FMI, il s’agit de 5 000 à 10 000 milliards de dollars. La récente faillite du courtier américain MF Global est passée relativement inaperçue en Europe où nous sommes empêtrés dans la faillite de la Grèce. Mais cette faillite met en lumière les dangers de la ré-hypothécation.

Qu’est-ce qu’une hypothèque ?
Une hypothèque est un bien qu’un emprunteur livre en gage de sécurité de sa dette. L’emprunteur garde toujours la propriété de son bien mais ce dernier devient “hypothétiquement” sous le contrôle du créancier qui peut en prendre possession si l’emprunteur fait défaut.

Cette notion, qui est en général bien comprise lorsqu’on parle d’immobilier, varie un peu lorsqu’elle est appliquée au monde bancaire.

Par exemple, vous placez 100 euros sur votre compte courant. La banque doit conserver 10% de cette somme. Elle peut prêter 90 euros. Mais ces 90 euros de prêt deviennent à un moment donné un dépôt. Donc la banque peut prêter 90% de ces 90 euros. Et ainsi de suite…

Les courtiers et organismes d’investissement, comme les banques, nantissent les actifs de leurs clients pour assurer leurs propres échanges, leurs propres emprunts et leurs propres opérations.

Les actifs en dépôt auprès d’un courtier peuvent être vendus si les investisseurs ne parviennent plus à payer les appels de marges ou si les titres perdent de leur valeur.

Faisons entrer en scène l’effet de levier
La règle 15c3-3 de la SEC autorise les courtiers à ré-hypothéquer les actifs de leurs clients à hauteur de 140% (2,4 fois) les engagements de leurs clients. Les actifs sur les comptes de courtage peuvent être utilisés et réutilisés. Les actifs ré-hypothéqués deviennent le maillon d’une chaîne, où le passif d’une entreprise devient l’actif d’une autre.

Au Royaume-Uni, les courtiers peuvent nantir jusqu’à 100% des dépôts de leurs clients. Et ils ne s’en sont pas privés.

C’est pourquoi des firmes telles que MF Global, Goldman Sachs, Canadian Imperial Bank of Commerce, Royal Bank of Canada, Credit Suisse Group AG, Wells Fargo & Co. et Morgan Stanley ont établi des fonds de placement au Royaume-Uni, hors de la juridiction américaine.

Non seulement cela leur permet de contourner la loi et les limites de leur activité aux Etats-Unis, mais cela crée potentiellement encore plus de levier et de rendements élevés.

Imaginez maintenant que quelque chose se passe mal et qu’il y ait une panique dans le monde du shadow banking.

En effet, les actifs ré-hypothéqués sont donnés en garantie contre des emprunts. Alors que ces actifs garantissaient déjà un emprunt, ils sont nantis (mis en garantie) pour d’autres emprunts. Ils ne supportent pas une, mais deux transactions d’emprunt distinctes – une pour le compte de l’entreprise et une pour le compte de l’emprunteur.

Ces grandes firmes ne risquent pas grand-chose en prenant de grands risques avec NOTRE argent. Avec les sauvetages par le gouvernement et l’action des banquiers centraux, le monde du shadow banking sera sauvé par le contribuable,

Comment vous protéger – et en tirer profit
Les transactions d’actifs ré-hypothéqués sont totalement hors bilan. Il est donc extrêmement difficile de tracer ce qui bouge, où et quand. Le manque de transparence empêche également de déterminer où va l’argent.

Après la faillite de MF Global, régulateurs, avocats et législateurs doivent maintenant déterminer quels actifs ré-hypothéqués sont effectivement nantis dans de multiples transactions, dans de multiples juridictions avec de multiples chambres de compensation. Sans apparition dans les bilans, cela va être très compliqué de déterminer qui détient quoi.

Voici selon Reuters une listes de sociétés avec leurs actifs ré-hypothéqués en 2011 :
– Goldman Sachs Group Inc. (28,17 milliards de dollars)
– Canadian Imperial Bank of Commerce (72 milliards de dollars)
– Royal Bank of Canada (53,8 milliards de dollars ré-hypothéqués sur 126,7 milliards de dollars disponibles)
– Oppenheimer (15,3 milliards de dollars)
– Credit Suisse Group AG (353 milliards de dollars)
– JP Morgan Chase & Co. (546,2 milliards de dollars)
– Morgan Stanley (410 milliards de dollars)

Nous en sommes à près de 1 500 milliards de dollars – et ce n’est qu’une liste partielle.

Graphe shadow banking

La presse grand public rapporte que les liquidités européennes s’assèchent avec la crainte d’un défaut de paiement. Mais les médias nous cachent-ils quelque chose ?

Nous ne sommes pas là dans une théorie conspirationniste, mais on peut facilement imaginer que les garanties sous-jacentes ont été ré-hypothéquées tant de fois entre l’Europe et les Etats-Unis que la valeur réelle du risque pourrait être 4 fois supérieure à la valeur divulguée au public.

Bien entendu, les leaders européens et américains nient ce risque.

Mais la réalité revient à la charge : notre croissance a été acquise par excès de levier et de spéculation au cours des 20 dernières années. Maintenant les marchés deviennent plus pessimistes et nerveux, comme en témoigne la volatilité.

C’est le moment de recommencer à vous intéresser aux trackers bears, ces fonds indiciels qui répliquent l’inverse d’un indice donné. N’oubliez pas non plus de vérifier vos ordres de vente stop.

La façon de gagner dans les mois qui viennent ? Restez sur les marchés tant que l’embellie est là, mais protégez vos arrières et soyez prêt à dégager vite.

 

(1) Working Paper WP/10/72 The Sizable Role of Rehypothecation in the Shadow Banking System

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