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Quand l’IA surveille les cochons

par Etienne Henri
élevage porcs chine

Qui a dit que la surveillance de masse ne pouvait s’appliquer qu’aux êtres humains ?

La Chine, dont le recours systématique aux nouvelles technologies pour régler les problèmes du quotidien ferait passer la Californie pour un Etat technophobe, s’est fendue d’un nouvel objectif. Elle souhaite, pour améliorer ses rendements de production et mieux maîtriser les risques sanitaires, avoir recours à l’intelligence artificielle pour surveiller ses élevages porcins.

L’empire du Milieu produit, à lui seul, plus de viande porcine que l’ensemble des autres pays du monde.

Pig Brother is watching you

Dans un élevage animalier de taille industrielle, les éleveurs n’ont que peu d’interactions individuelles avec les animaux. Il est par conséquent quasiment impossible de détecter à l’avance les premiers symptômes de maladie dans un élevage. Le retard du diagnostic, couplé à la promiscuité des bêtes, rend les épidémies ravageuses.

Pour lutter contre les épizooties, pas question pour la Chine et ses 1 380 millions de bouches à nourrir de renoncer à l’efficacité des élevages industriels. La solution choisie par le bureau de l’Agriculture et des Affaires Rurales est technologique. Pour coller à la doctrine ABCD du plan quinquennal de Pékin (intelligence artificielle, blockchain, usage du cloud et des big data), le régime a décidé d’apporter son soutien à quelques entreprises élaborant des systèmes de surveillance porcine automatisée.

A terme, ces solutions devraient permettre d’identifier et d’isoler rapidement les animaux malades dès l’apparition des premiers symptômes. L’IA jouerait ainsi le rôle du petit paysan à l’écoute de son cheptel.

reconnaissance faciale yingzi

Grâce à l’outil de reconnaissance faciale de Yingzi Technology, les éleveurs peuvent automatiser le suivi de leur cheptel.
Source : Yingzi.com.

 

L’IA : un médecin puissance 10

Comme vous le savez, l’IA excelle dans un domaine : celui de la classification. Grâce aux systèmes à apprentissage, il lui est même possible de déterminer par elle-même les critères qui seront ensuite utilisés pour discriminer les individus.

Les détracteurs du projet de surveillance par IA moquent son principe-même, en rappelant que même un agriculteur chevronné serait bien en peine de déterminer une liste quantifiée de symptômes lorsqu’il « sent » qu’une de ses bêtes est malade.

Qu’à cela ne tienne : une IA n’est pas un algorithme préprogrammé. En surveillant de multiples paramètres (mimiques du visage de la bête, données de déplacement, voire évolution temporelle des paramètres vitaux), l’IA pourra elle-même, au fil du temps, se construire un modèle du porc en pleine santé.

Les individus qui s’en écartent pourront alors facilement être repérés. Si l’IA arrive à déterminer des paramètres suffisamment pertinents pour écarter les individus malades avant qu’ils ne propagent les maladies, les épidémies qui ravagent les cheptels pourront être évitées.

SmartAHC pig

L’outil de SmartAHC, une agtech chinoise spécialisée dans l’élevage, permet de suivre en direct son cheptel grâce à des étiquettes d’oreilles intelligentes, des thermomètres et des capteurs, le tout mâtiné d’IA. Source : SmartAHC.

 

Quel impact économique attendre de cette IA ?

La Chine est le pays de tous les superlatifs pour ce qui est du marché du porc. Premier consommateur mondial de cette viande, la production du pays dépasse également les 113 millions de tonnes par an. L’empire du Milieu produit, à lui seul, plus de viande porcine que l’ensemble des autres pays du monde.

La Chine reste, malgré son industrialisation et son urbanisation croissantes, un pays profondément rural.

Autant dire que la question de la santé des élevages est primordiale.

Pourtant, même si cette IA vétérinaire voit le jour, elle ne bouleversera probablement pas ni la sécurité sanitaire du pays, ni le marché de la viande de porc.

La Chine reste, malgré son industrialisation et son urbanisation croissantes, un pays profondément rural. Au dernier recensement, il reste encore plus de 26 millions de fermes d’élevage en activité, et nombre d’entre elles sont des exploitations familiales avec de petits cheptels.

Sauf si Pékin joue de la baguette législative (forçant les exploitants à s’équiper) ou financière (en prenant à sa charge les dépenses d’investissement), seule une infime proportion des élevages s’équipera en systèmes de surveillance automatisée.

L’IA vétérinaire restera donc, à court terme, un formidable terrain de jeu pour chercheurs et informaticiens avant de devenir un outil économique au service des grosses exploitations suffisamment capitalisées.

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