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Quand les smartphones détectent le COVID-19

par Etienne Henri
tests électoniques covid19

[“Il y a une application pour ça !” Ce slogan déposé par Apple en 2010 reste plus que jamais d’actualité en 2021. De nos jours, il existe des “apps” pour tout – et parfois un peu n’importe quoi. De quoi rendre nos iPhone toujours plus indispensables à notre quotidien. Et, dans le contexte pandémique actuel, ils pourraient bientôt être mis à contribution pour détecter… le COVID-19 depuis son canapé !]

Cocorico ! Deux équipes de chercheurs français ont annoncé, il y a peu, avoir développé une nouvelle méthode qui permet de détecter, grâce à un simple appareil électronique, la présence de SARS-CoV-2 dans des prélèvements salivaires.

A l’aide d’un boitier relié à un smartphone, ce dispositif pourrait enfin permettre de mener une vraie politique de tests à grande échelle (et à bas coût), tout en réinsufflant un peu plus d’efficience dans la stratégie “Tester, alerter, protéger”.

appli test COVID-19

Un smartphone et un boîtier électronique pourraient bientôt être suffisants pour traquer le COVID-19. Crédit : Grapheal

L’électronique met les laboratoires au chômage

On le sait, pour traquer le COVID-19, la France a basé sa stratégie de tests sur deux piliers : les tests PCR et les tests antigéniques.

Les premiers nécessitent, après un prélèvement des plus inconfortables, d’amplifier le matériel génétique obtenu pour détecter d’infimes traces de virus. Ils sont chers (entre 30 € et 54 € par test pour la Sécurité sociale), lents (48h, voire plus, pour obtenir le résultat) et nécessitent, pour les laboratoires, de coûteux équipements et un approvisionnement régulier en réactifs.

Ces tests électroniques nomades apporteraient une aide bienvenue

Pour pallier ces défauts, la HAS (Haute Autorité de santé) a autorisé à l’automne le recours aux tests antigéniques. Ils ont pour avantage de donner un résultat en quelques minutes et d’être moins chers pour les finances publiques que les tests PCR. Ils restent toutefois dépendants des problématiques d’approvisionnement…

Plus gênant encore, ils ont pour regrettable caractéristique d’avoir plus de “faux négatifs” – cette situation dans laquelle un test classe de façon incorrecte un malade comme patient sain. Un véritable cauchemar épidémiologique qui conduit à rassurer à tort des personnes pourtant contaminées.

C’est dans ce tableau loin d’être idéal que des tests électroniques nomades apporteraient une aide bienvenue. Se passant des services des laboratoires et de leurs coûteuses installations, ils consistent à immobiliser de minuscules particules d’anticorps sur une électrode pour les transformer en “biocapteurs électrochimiques”.

Une simple interface électronique permet ensuite de transférer les mesures sur un smartphone et d’afficher à l’écran le résultat du test. Selon les chercheurs de l’Université de Lille, le test électronique ne prendrait que dix minutes et aurait une fiabilité de 90 % : tous les avantages des tests antigéniques avec la fiabilité des tests PCR.

Du laboratoire de recherche à la startup

Course à l’innovation oblige, les annonces ont été faites au fur et à mesure de l’avancée des équipes de recherche.

L’Université de Lille, avec le projet CorDial-1, vient de terminer une première étude sur 300 prélèvements dont les résultats ont été jugés positifs. Avant d’être mis sur le marché, le projet français soutenu par l’Europe lors de son deuxième appel à projet H2020 “COVID-19” doit encore être testé pendant trois mois sur un millier de personnes.

Malgré cette prudence de rigueur sur un sujet aussi sensible que les diagnostics médicaux, il ne sera pas dit que cette technologie restera coincée sur une paillasse de laboratoire. Un transfert industriel est en cours avec la création d’une startup chargée de valoriser la technologie et d’en accélérer le déploiement commercial.

Le même optimisme règne chez Grapheal, spécialiste des diagnostics médicaux connectés. Après avoir développé avec succès des électrodes connectées biocompatibles pour le suivi des plaies chroniques, la startup grenobloise s’est attaquée à la problématique du coronavirus.

Un transfert industriel est en cours avec la création d’une startup

Elle a, à l’instar des chercheurs lillois, développé un appareil portable qui, une fois connecté à un smartphone, permet de détecter le virus dans les fluides corporels sans amplification. Ici encore, la simplicité est de mise : un simple prélèvement salivaire, ni intrusif ni douloureux, permet d’obtenir une fiabilité suffisante et les résultats sont connus en cinq minutes. Côté smartphone, le NFC (Near-field communication, la technologie employée par le paiement sans contact) est exploitée pour “lire” le résultat du capteur.

L’offre de service de Grapheal ira encore plus loin puisque l’entreprise anticipe la création d’un futur passeport sanitaire. Sa solution TestNPass devrait être commercialisée sous forme de tests à usage unique dont le résultat, une fois connu, sera gravé dans une puce RFID inaltérable. Cette méthode de stockage des résultats apportera l’avantage de l’anonymat, d’une quasi-inviolabilité, et de la possibilité d’effectuer les tests hors de toute connexion internet.

Grapheal est, elle aussi, issue d’un transfert technologique initié par un laboratoire public. La jeune pousse n’a été fondée qu’au printemps 2019 pour valoriser les technologies développées à l’Institut Néel du CNRS de Grenoble.

Après le regrettable faux-départ de notre champion Sanofi au sujet des vaccins, voir des startups tricolores créer en quelques mois seulement des solutions technologiques innovantes répondant à un besoin urgent est un signal des plus encourageants. Ces dispositifs, outre l’aide bienvenue qu’ils pourront apporter dans la lutte contre la pandémie, sont la preuve que l’innovation française n’a pas besoin big caps endormies sur leurs lauriers pour briller !

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