Accueil A la une Qui inventera le PC cloud pour le grand public ?

Qui inventera le PC cloud pour le grand public ?

par Edern Rio

Voici quelques mois Etienne Henri faisait un point sur l’évolution du marché des terminaux informatiques et concluait que nous nous orientions vers la fin des ordinateurs personnels. Il prédisait qu’ils allaient être remplacés par les terminaux portables, tablettes et smartphones en tête. Il arguait notamment qu’un iPhone était désormais plus puissant qu’un ordinateur portable.

A mon avis, il faut aller encore plus loin. Alors que l’hyperconnexion progresse grâce à la fibre, et prochainement la 5G, la nouvelle frontière est celle des acronymes en « aas » pour « as a service ». Aujourd’hui, nous allons nous intéresser au PCaaS, PC as a service, mais en vérité c’est l’ensemble de l’infrastructure informatique qui est en train de basculer vers le « as a service ». Nous allons vers des systèmes d’exploitation qui seront entièrement centralisés et opérés dans les data centers, sur le cloud.

Orange lance son PC dans le cloud

Orange a présenté son PC as a service cette semaine sur 01.net. Aujourd’hui, notre telco national vise le marché des pros. Sa promesse : retrouver votre ordinateur de travail où que vous soyez puisqu’il est virtualisé dans le cloud. Pour y accéder, vous n’avez besoin que de la clé Wi-Fi à raccorder à n’importe quel écran par une prise HDMI. C’est un peu comme une clé de voiture, mais pour un PC.

Rien de bien nouveau à tout cela si ce n’est le gadget de la clé qui permet une authentification hardware. De très nombreuses entreprises recourent déjà à ce genre de virtualisation des espaces de travail qui permet aux employés d’accéder à leur espace de travail où qu’ils soient. C’est un secteur en très grande croissance dont les leaders sont VMWare et Citrix.

La clé PC d’Orange. De la taille d’une grosse clé de voiture.

Mais si Orange commence par le marché des professionnels, c’est parce que celui-ci est assez mature. Il ne fait aucun doute que l’entreprise compte proposer ce genre de services également aux particuliers.

Ce segment est loin d’être aussi mature. En effet, aujourd’hui quand on veut un ordinateur, quels que soient les usages qu’on en fera, on pense à en acheter un – physiquement. Nous sommes bien peu nombreux à penser que nous pourrions nous servir d’un ordinateur dans le cloud sur notre télévision, voire sur notre vieille machine des années 2010.

Même dans le domaine du gaming, pourtant le plus avancé dans ce genre d’offres, la première pensée qui viendra à celui qui veut jouer, c’est d’acheter une console. Pourtant le cloud gaming est sûrement une des meilleures options en termes de puissance et d’évolutivité. On paye une trentaine d’euros par mois pour accéder aux derniers jeux sur une machine surpuissante. C’est ce que propose la startup française Blade avec son Shadow par exemple.

Avantages et limites d’un Cloud PC

Et bien figurez-vous que nous pourrions faire de même pour tous nos usages informatiques, de la bureautique au montage vidéo. Il est même étonnant qu’aucune entreprise n’ait encore cherché à travailler ce marché.

Nous confions de plus en plus le stockage de nos données au cloud. Et c’est autrement plus sécurisé que de les conserver sur nos propres disques durs.

Un PC dans le cloud serait également plus sécurisé. Avec ce nouvel écosystème, les menaces cyber sont également éloignées ainsi que la maintenance. Enfin éloignées… Elles seraient désormais la problématique de professionnels. Quand vous savez que le maillon le plus faible dans tout dispositif de cybersécurité se situe entre l’écran et le fauteuil, c’est-à-dire du côté de l’utilisateur, vous vous dites que ce n’est pas si mal.

La seule limite à l’utilisation d’un ordinateur entièrement dans le cloud est la qualité de la connexion et l’impossibilité relative à travailler hors-connexion – même si ce n’est pas entièrement vrai car certaines solutions professionnelles permettent une utilisation hors-connexion.

Mais de ce côté, les choses progressent également. J’ai testé en écrivant cet article la latence de ma connexion. Eh bien, figurez-vous que j’ai été agréablement surpris. Voici ce que j’ai obtenu sur un ordinateur connecté à un routeur Wi-Fi moderne lui-même raccordé au réseau par la fibre : 3.13ms de latence !

A 3,13 ms, vous ne devriez rencontrer aucun problème et avoir l’impression que vos programmes s’exécutent en local alors qu’ils le sont à l’autre bout de la France, voire du monde. L’arrivée de la 5G renforcera encore cette performance. Son objectif pour les applications critiques est une latence de 1 ms.

Aujourd’hui, selon nPerf, les temps de latence moyens sur le réseau fixe toutes technologies confondues sont de 40 ms. Mais ces chiffres progressent régulièrement. Nous ne sommes pas loin d’un avenir où toute la puissance de calcul pourra être stockée dans les data centers.

Qui inventera le PC cloud pour les particuliers ?

Reste l’inconnu la plus importante : le public est-il prêt ?  Qui parviendra à commercialiser ce genre de PC d’un genre nouveau ?

Côté public, je pense que deux tendances très nettes sont à l’œuvre : le recul des ventes d’ordinateurs personnels et l’économie de l’accès prophétisée par Jeremy Rifkin dès les années 90 et concrétisé par des entreprises comme AirBnB, Adobe, les trottinettes en free floating, etc. Les jeunes générations sont de plus en plus promptes à préférer l’accès à la propriété.

Côté acteur en capacité de séduire le public, l’inconnue est plus grande. Google, Amazon, Apple pourraient évidemment se lancer dans ce genre d’offres. La solution d’Orange, avec sa clé qui matérialise l’accès, n’est pas une mauvaise idée.

Microsoft pourrait de nouveau faire parler de lui dans ce domaine. En effet, elle a lancé fin 2018 son Microsoft Managed Desktop, une offre à destination des professionnels où elle propose clé en mains la gestion de postes utilisateurs. Si l’expérience était concluante, il ne serait guère compliqué de proposer le même genre de service aux particuliers.

Les avantages du cloud computing sont multiples. Il ne reste qu’à trouver celui qui saura le vendre au grand public. Il y a fort à parier que d’ici 10 ans, le grand public se servira principalement de ce genre d’ordinateurs personnels virtualisés et stockés dans le cloud en y accédant par des terminaux qui seront surtout destinés à fournir une interface efficace et une connexion de bonne qualité à internet.

En tout cas, il faudra que les prix proposés soient inférieurs à ceux d’OVH qui a une offre de cloud desktop, mais à des prix prohibitifs. Une année de service coûte presque le prix d’un ordinateur neuf…

L’offre d’OVH pour des cloud desktop. A ce prix, le PC cloud est réservé à des usages ponctuels ou spécialisés.

Soyez le premier informé des dernières Opportunités Technos directement dans votre boîte mail

Articles similaires

Laissez un commentaire