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Le Royaume-Uni face à une inquiétante pénurie de CO2

par Etienne Henri
CO2 industrie transition énergétique

[Totalement contre-intuitive du point de vue de la transition énergétique, la nouvelle n’en est pas moins sérieuse : le Royaume-Uni cherche à stimuler ses émissions de CO2. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’une pénurie se profile outre-Manche. Et les industriels ne voient pas cela d’un très bon œil… Vous avez dit contradictoire ? Oui mais il y a une logique. Et elle est implacable…]

Conséquence directe de la hausse des prix du gaz, l’usage industriel du méthane (CH3) est interrompu ou diminué autant que faire se peut outre-Manche. Or, le CO2, sous-produit de l’utilisation du méthane, plutôt considéré comme néfaste dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique, n’en reste pas moins un composé industriel important. Et le fait que le Royaume-Uni se dirige tout droit vers une pénurie n’est pas forcément une bonne nouvelle.

La diminution contrôlée des volumes produits au Royaume-Uni a créé une pénurie aiguë qui n’a été résolue que par l’intervention des pouvoirs publics. En Europe continentale, qui bénéficie d’un marché unique bien plus grand, le risque de pénurie semble écarté pour les prochains mois. Mais la hausse des prix du gaz naturel pourrait venir menacer cet équilibre précaire…

A l’instar des Britanniques, les Européens pourraient se voir contraints de produire, volontairement et à grands renforts de fonds publics, ce gaz pourtant désigné comme ennemi public numéro un de la transition énergétique.

Les 1001 usages industriels du CO2

Le CO2 est un composé industriel central pour bon nombre d’industries

Le « gaz carbonique », dont la quantité présente dans l’atmosphère ne fait qu’augmenter depuis la révolution industrielle, n’est pas qu’une conséquence néfaste de la combustion des hydrocarbures. C’est aussi une molécule qui est utile, voire nécessaire, à de nombreuses industries. Tout comme l’eau, qui peut être nuisible lorsqu’il s’agit d’une inondation et de grande valeur lorsque l’on parle d’eau de source potable, le dioxyde de carbone n’est pas intrinsèquement mauvais. Lorsqu’il est rejeté de façon incontrôlée dans l’atmosphère, il augmente l’effet de serre de notre planète. Mais lorsqu’il est produit de façon maîtrisée et est immédiatement capté pour un usage industriel, il s’agit d’un produit irremplaçable.

Son plus gros consommateur est sans nul doute l’agrochimie. Le CO2 est utilisé en combinaison avec l’ammoniac pour produire l’urée, molécule qui combine carbone, azote et oxygène. Cette dernière est utilisée par l’agriculture industrielle pour fertiliser les sols. L’industrie pétrolière en est également très friande et injecte le gaz dans les puits de pétrole pour augmenter la pression des réservoirs, améliorer la fluidité du brut et améliorer, in fine, les rendements tout en augmentant la part d’huile récupérable dans les gisements.

De manière plus anecdotique (environ 10 % des volumes consommés), l’industrie alimentaire l’utilise pour gazéifier les sodas, l’eau minérale et la bière, et dans le processus de décaféination du café.

Pour tous ces utilisateurs, disposer de CO2 à la fois pur et en quantité suffisante est un impératif opérationnel.

En soi, produire du CO2 est facile : il nous suffit de démarrer notre voiture ou, dans de nombreux pays, allumer un appareil électrique pour que, quelque part, une centrale thermique se mette à rejeter ce gaz dans l’atmosphère. En revanche, le produire près des sources de captation est un autre sujet. Lorsque les producteurs cessent (ou suspendent) leur activité, c’est, en aval, toute la chaîne qui se retrouve privée de cette matière première.

Au Royaume-Uni, par exemple, deux usines produisent à elles seules 60 % du CO2 industriel utilisé dans le pays – et la suspension de leurs opérations en septembre a créé un choc de l’offre qui a menacé des pans entiers de l’économie.

Quand les sources se tarissent, les problèmes arrivent

Dans un communiqué publié le 20 septembre, la British Soft Drinks Association (association des producteurs de sodas britannique) tirait la sonnette d’alarme. Selon cette dernière, certains producteurs n’avaient plus que quelques jours de CO2 en stock. Les producteurs de viande, qui utilisent le CO2 pour augmenter la durée de conservation des pièces après abattage, ont exprimé des craintes similaires.

Pour éviter des perturbations en cascade, le gouvernement s’est mobilisé

Pour éviter des perturbations en cascade, le gouvernement s’est mobilisé pour que les producteurs de CO2 fassent de nouveau tourner leurs lignes.

Il a ainsi conclu un accord avec l’Américain CF Industries, producteur d’engrais, pour que ses usines, qui étaient au chômage technique, reprennent leur activité. CF Industries va donc reprendre la production durant trois semaines, et ce quelle que soit l’évolution du prix du gaz naturel. Le gouvernement de Boris Johnson s’assurera de couvrir le manque à gagner et, surtout, que les usines de CF Industries seront livrées en priorité alors que le Royaume-Uni doit faire face, en plus des tensions sur les marchés internationaux, à des problèmes de livraison du fait du Brexit.

Selon un communiqué du gouvernement britannique, cette opération de sauvetage d’urgence pourrait coûter « des dizaines de millions d’euros » au contribuable. Une fois n’est pas coutume, les pouvoirs publics se seront impliqués corps et âme pour qu’augmente, même pour quelques semaines, la production de CO2… tout en priant pour qu’elle retrouve rapidement son niveau d’avant-crise !

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