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[Semi-conducteurs] Changement de cap pour Intel

par Etienne Henri
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[Pat Gelsinger n’aura pas mis longtemps à imposer sa feuille de route à Intel. Moins de deux mois après sa prise de fonction, le nouveau P-DG a annoncé il y a peu un revirement stratégique majeur. La pénurie actuelle de semi-conducteurs joue à plein, la guerre commerciale sino-américaine peut-être plus encore. Et ce, pour le plus grand plaisir des actionnaires…]

Finie l’organisation verticale où les ingénieurs d’Intel concevaient des puces amenées à être fondues dans les usines du groupe avant d’être vendues en marque propre. Désormais, sous l’égide de son nouveau P-DG, Pat Gelsinger, Intel (NASDAQ : INTC) nourrit d’autres ambitions. Le géant assurera à la fois les rôles de concepteur fabless et de fondeur pour clients tiers. Ils sont pourtant diamétralement opposés !

11 ans après avoir été remercié par Intel, Pat Gelsinger reprend les commandes du groupe

Dans cette perspective, Intel a même décidé d’investir – avec le soutien du contribuable américain – près de 20 Mds$ pour construire de nouvelles chaînes de production en Arizona.

Onze ans après avoir été remercié par Intel, Pat Gelsinger reprend ainsi les commandes du groupe et entend bien le sortir de sa léthargie. Tel Steve Jobs en son temps, l’ancien cadre déchu a fait sa traversée du désert à la tête d’une autre entreprise (VMware). Il revient aujourd’hui avec une stratégie originale, mais peu lisible industriellement parlant. Un petit point s’impose.

Entre fabless et fondeur, Intel se positionne

Vous connaissez les sociétés fabless qui, comme Apple et Nvidia, conçoivent « sur papier » des processeurs innovants pour en confier à d’autres la production. La fabrication de ces puces est ensuite assurée par des fondeurs (TSMC, Samsung) qui, sur la base de ces plans, produisent pour leurs clients les semi-conducteurs sans pour autant en assurer la commercialisation.

Vous connaissez aussi des entreprises intégrées qui, à l’image de l’Intel des cinquante dernières années, conçoivent et fondent leurs propres puces. Elles ont pour avantage de conserver la main sur l’intégralité de la chaîne de valeur du semi-conducteur. Mais elles sont aussi devenues de plus en plus rares… car la tendance des dernières décennies était clairement au morcèlement des activités.

En 2009, par exemple, l’éternel challenger AMD s’est séparé de sa branche fonderie. Cette stratégie s’est avérée payante. Aujourd’hui, cette entité, GlobalFoundries – désormais propriété exclusive du fonds d’investissement de l’émirat d’Abou Dabi –, se dispute avec Samsung la deuxième place au palmarès mondial des fondeurs.

Le nouveau P-DG a écarté tout projet de spin-off à court terme

Voilà pourquoi les actionnaires d’Intel, lassés des déboires et des retards accumulés dans la course à la finesse, pressaient Pat Gelsinger d’opérer une scission similaire. A ce titre, il était donc attendu que la branche fonderie prenne son autonomie et que seule la conception de processeurs soit opérée par Intel. Ce sera en partie le cas. Comme attendu, Intel confiera la fabrication d’une partie de ses processeurs haut de gamme à TSMC et Samsung. Cela lui permettra de vendre des puces tout bénéficiant (enfin !) des finesses de gravure modernes.

Ce que personne n’attendait, en revanche, c’est qu’Intel décide aussi d’axer son développement sur la commercialisation de services de fonderie à des clients tiers… Considérant la fonderie comme un « avantage stratégique irremplaçable », surtout dans le contexte actuel de pénurie de semi-conducteurs, le nouveau P-DG a écarté tout projet de spin-off à court terme.

L’ombre de Washington plane sur Intel

Le nouveau dirigeant est, en façade, confiant sur le fait qu’Intel, bien qu’empêtrée dans son retard technologique, parviendra bientôt à proposer de la fonderie moderne à l’instar de TSMC et Samsung.

Au pire, dans le cas contraire, Intel pourra toujours suivre le chemin des fondeurs chinois qui, à l’image de SMIC (Semiconductor Manufacturing International Corporation), comptent surfer sur la pénurie actuelle de puces low cost pour faire tourner à plein leurs futures chaînes de production basées sur des technologies éprouvées, pour ne pas dire obsolètes.

Il y a, après tout, pléthore de clients qui cherchent actuellement à sécuriser des approvisionnements en puces peu techniques. Le secteur automobile en est une excellente illustration.

Certains observateurs estiment que la nouvelle orientation d’Intel est « téléguidée » par Washington

Le positionnement actuel d’Intel, très hybride, manque tout de même de lisibilité. Comment un nouveau P-DG, recruté pour permettre à l’entreprise de renouer avec l’innovation et la croissance, peut-il compter secouer le statu quo sans prendre de décisions plus courageuses ? Se voir à la fois fabless, fondeur et entreprise verticale ressemble à première vue à une incapacité totale à choisir.

Il serait pourtant simpliste d’accuser Pat Gelsinger de manquer de fermeté ou de vision stratégique. Voilà pourquoi certains observateurs estiment que la nouvelle orientation d’Intel est « téléguidée » par Washington. N’oublions pas que les Etats-Unis voient d’un très mauvais œil la dépendance de l’industrie américaine au Taïwanais TSMC.

La Maison-Blanche anticipe-t-elle une future escalade des tensions avec la Chine ?

Il est certain que, dans un scénario noir, un conflit ouvert autour de Taïwan interromprait immédiatement le commerce international de microprocesseurs haut de gamme, et une grande partie du moyen/bas de gamme.

Intel n’a donc peut-être tout simplement pas eu le choix, et se doit d’offrir à l’oncle Sam de la visibilité et des garanties quant à sa capacité à produire des puces sur le sol US. Surtout en cas d’interruption du commerce avec Taïwan…

Mais c’est peut-être un mal pour un bien. Ce que l’entreprise perd en marge de manœuvre, elle le gagne en termes de soutien étatique. Et ce dernier n’est pas que symbolique : Joe Biden a déjà mis sur la table 37 Mds$ au mois de février. Nul doute que, si Intel continue à répondre aux besoins stratégiques pressants de la nouvelle administration, l’argent public continuera de pleuvoir, et lui permettra de financer ce grand écart industriel.

Pour les actionnaires, voir Intel devenir le bras armé de la politique internationale de Washington pourrait s’avérer extrêmement lucratif – l’exemple du complexe militaro-industriel a déjà démontré la générosité d’oncle Sam dans certains contextes…

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