Accueil Internet & CommunicationsInfrastructures & Hardware [Semi-conducteurs] Et si Intel retrouvait sa place de meneur ?

[Semi-conducteurs] Et si Intel retrouvait sa place de meneur ?

par Etienne Henri
Intel rachat globalfoundries

[Lanterne rouge des semi-conducteurs ces dernières années, Intel était devenue la risée de tout le secteur. Très à la traîne dans la course à la finesse de gravure, l’entreprise est pourtant loin d’avoir dit son dernier mot. Même après avoir perdu la bataille du 7nm. Au contraire, sa R&D revient en force, son newsflow est excellent et, surtout, l’entreprise serait sur le point de réaliser un achat d’envergure… Le point avec Etienne Henri.]

A en croire les dernières rumeurs, Intel serait en train de préparer un rachat d’envergure

On peut le dire, ces dernières années, dans l’industrie des semi-conducteurs, Intel est passée de leader à lanterne rouge. Mais, au printemps dernier, l’entreprise a opéré un franc changement de cap et, pour ce faire, élaboré un plan d’actions ambitieux. Sous l’impulsion de son nouveau PDG Pat Gelsinger, Intel s’est fixé l’objectif étonnant de concurrencer Samsung Electronics et TSMC sur le marché très disputé de la fonderie “à la demande”.

Où en sommes-nous quelques mois plus tard ? Eh bien, force est de le reconnaître, actuellement, le newsflow est des plus engageants. Et c’est le moins que l’on puisse dire. Malgré les retards accumulés dans la course à la finesse – et ce, depuis une décennie –, la R&D d’Intel repart de plus belle et semble bien partie pour regagner du terrain sur ses concurrents asiatiques.

Mieux encore, l’entreprise serait, selon les dernières rumeurs, en train de préparer un rachat d’envergure, qui ferait d’elle la deuxième fonderie au monde…

Intel prend le train du 5nm

Vous êtes certainement au courant du retard qu’Intel accuse depuis le années 2010 dans le domaine de l’optimisation de ses procédés de gravure. 10nm… 7nm… les principales évolutions de ces dernières années sont passées littéralement sous le nez du groupe américain qui n’a jamais réussi à gérer la production de masse de ces gravures pourtant aujourd’hui banales chez Samsung et TSMC.

Le “nœud” de 7nm, en particulier, a fait l’objet de toutes les railleries de la profession du fait de ses décalages réguliers. Véritable arlésienne, il n’est toujours pas maîtrisé et absent de l’offre commerciale d’Intel. Pourtant, les ingénieurs d’Intel pourraient bien rattraper leur retard…

En effet, à en croire les dernières annonces de la direction, la prochaine étape, le 5nm, devrait toujours être commercialisée à grande échelle dès 2024. La feuille de route de la gravure Intel 20A (équivalente au 5nm de TSMC), resterait ainsi inchangée malgré les déboires accumulés sur le 7nm. Si ces prévisions étaient avérées, cela signifierait que les retards du 7nm n’ont pas eu d’effets particuliers sur l’évolution de l’offre d’Intel.

Comment un tel bond en trois ans entre le 14 nm, aujourd’hui maîtrisé, et le futur 5 nm est-il possible ?

Intel deviendrait sans conteste le n°2 de la fonderie

L’explication tient dans le fait que les différentes finesses de gravure mettent en jeu des techniques, matériaux et outillages différents. Pour le dire autrement, dans le secteur des semi-conducteurs, les ne sont pas comparables à ceux d’une voiture qui accélèrerait. Ils doivent plutôt être vus comme le passage de la trottinette au vélo, puis à l’automobile, puis à l’aviation. Chaque nœud est relativement indépendant des précédents.

Ainsi, en “ratant la marche” du 7nm, Intel ne s’est pas condamnée pour l’éternité. Tant que le fondeur dispose d’assez de liquidités pour investir dans les gravures du futur, il peut à n’importe quel moment rattraper son retard et même – en théorie – dépasser les fondeurs asiatiques sur les nœuds suivants.

A chaque “saut” en matière de finesse de gravure, les cartes sont rebattues. Il semblerait bien qu’après avoir perdu la bataille du 7nm, Intel revienne dans la course. Et, si cela ne suffisait pas, il lui resterait toujours le chéquier…

Vers la (re)naissance d’un géant

Selon les dernières rumeurs rapportées par le Wall Street Journal, Intel serait en discussion avec le fonds souverain Mubadala, qui détient 100 % du capital de GlobalFoundries, pour racheter cette dernière.

GlobalFoundries n’est pas née de la dernière pluie puisqu’il s’agit d’un spin-off de l’activité de fonderie d’AMD. Le meilleur ennemi d’Intel s’était séparé de cette branche pour devenir fabless en 2009. Depuis, Glofo a pris son envol et pointe, selon les classements, entre la deuxième et la troisième place du palmarès mondial des fondeurs.

Avec un tel rachat, Intel deviendrait sans conteste le n°2 de la fonderie et aurait enfin une légitimité industrielle pour devenir, comme le souhaite Pat Gelsinger, un fondeur à la demande. L’ironie de l’histoire est qu’Intel pourrait alors être amenée à proposer à ses concurrents – dont AMD – de produire des processeurs qui viennent directement concurrencer ses Core et Xeon.

puce AMD

Les prochaines puces AMD pourraient, en cas de rachat de Glofo,
être produites par Intel. Photo : AMD

Avant d’arriver à ces questions commerciales qui ne manqueront pas de faire naître, en interne, des débats houleux entre la branche processeurs et la branche fonderie, Intel peut déjà s’appuyer sur des clients de renom. Selon les dernières annonces, l’activité de production pour les tiers a déjà conquis deux clients de renom : Qualcomm et Amazon, qui se sont déjà montrées intéressées par la nouvelle offre.

Des moyens à la hauteur des ambitions

Bien entendu, le rachat de GlobalFoundries ne sera pas sans impacts sur les comptes de l’entreprise. Toujours selon le Wall Street Journal, la somme évoquée atteint les 30 Mds$ – ce qui n’a rien d’anecdotique lorsque l’on sait que le marché mondial reste dominé à 60 % par TSMC…

Reste qu’Intel pourra certainement boucler cette acquisition sans inquiéter outre mesure ses actionnaires. Au deuxième trimestre, l’entreprise a confirmé la bonne tenue de son activité avec un chiffre d’affaires de 19,6 Mds$ et un résultat net de 5 Mds$. Sur l’année, elle s’attend à générer un free cash flow de 11 Mds$ – de quoi apporter de solides garanties pour financer le rachat de GlobalFoundries.

graphe bourse intel

Avec un cours en baisse de -22 % par rapport à ses plus-hauts d’avril et un PER sous les 12,
Intel est
pricée comme une action sans perspectives.
La moindre bonne nouvelle pourrait arracher le titre à la hausse
Infographie :
Investing.com

 

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