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Semi-conducteurs : gare à la vraie pénurie

par Etienne Henri
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[Depuis quelques jours, Taïwan connaît une flambée de cas de COVID-19. A ce jour, moins de 1 % de la population de l’île est vaccinée et, de fait, le virus se répand comme une traînée de poudre. L’industrie locale du semi-conducteur, qui représente plus de la moitié des puces électroniques fondues dans le monde, n’en sortira pas indemne… Comment se préparer à la possible arrivée d’une vraie pénurie massive ?]

Cette actualité nous renvoie plus d’un an en arrière… Depuis quelques jours, Taïwan connaît une flambée de cas de COVID-19. La hausse verticale des contaminations est un scénario noir pour cette île qui pouvait s’enorgueillir de n’avoir eu qu’une poignée de contaminations autochtones – et moins de 800 cas en comptant les étrangers positifs – sur toute l’année 2020.

La flambée de ces derniers jours signe la fin de cet état de grâce.

Taïwan paye paradoxalement le prix du succès de sa politique d’endiguement du virus. Avec une population encore « naïve » dont l’immunité acquise est quasi-nulle, l’adhésion à la vaccination n’a pas eu lieu. A ce jour, moins de 1 % de la population de l’île est vaccinée et le virus se répand comme une traînée de poudre.

 

flambée de COVID-19 TaïwanLa flambée de COVID-19 à Taïwan donne un nouveau sens à l’expression « hausse verticale ».
Ici, le nombre de cas quotidiens selon
OurWorldinData

 

L’industrie locale du semi-conducteur, qui représente plus de la moitié des puces fondues dans le monde, n’en sortira pas indemne… 

Turbulences économiques en vue

A situation identique, problématiques identiques. Le gouvernement taïwanais va devoir décider – comme dans tous les pays où le virus a circulé avec virulence – à quel niveau placer le curseur entre protection des personnes âgées, du système hospitalier et de l’économie.

Des mesures ont déjà été prises en urgence mi-mai lorsque les pouvoirs publics ont pris conscience de l’évolution défavorable de l’épidémie. Il y a une quinzaine de jours, mes contacts sur place m’informaient déjà de la suspension officieuse de l’attribution des visas pour les étrangers. Une mesure qui rappelle la fermeture de facto des frontières décidée par la Chine il y a un an et qui n’a jamais été abrogée depuis. 

Depuis, la fermeture des écoles, l’appel du gouvernement à un « auto-confinement » et la prise de conscience soudaine de la réalité de l’épidémie ont vidé les rues de Taipei, la capitale.

 

Taipei vidée de sa populationL’artère Zhongxiao (Taipei) perd son trafic habituel pour ressembler à Paris durant le premier confinement.
Photo : Straits Time/Tsai Ingwen (Instagram)

 

L’Eldorado du semi-conducteur est, à bien des égards, dans la même situation aujourd’hui que l’Europe en mars 2020. La suite des événements, vous la connaissez : à moins de tuer dans l’œuf la flambée épidémique, l’impact sur l’industrie d’une première vague est significatif. Entre les restrictions sanitaires diverses et l’absence des employés malades, la productivité globale a perdu dans nos frontières plusieurs dizaines de points.

Il n’y a aucune raison pour que les choses se passent différemment à Taïwan… Et le moment ne pouvait être plus mal choisi pour l’industrie du semi

Le semi-conducteur déjà touché par la flambée épidémique

Vous le savez, le monde de la fonderie est en pleine surchauffe depuis plusieurs mois. Pour répondre à la hausse brutale de la demande mondiale, TSMC annonçait il y a quelques semaines chercher à recruter pas moins de 9 000 employés sur Taïwan – l’équivalent de 17 % de ses effectifs mondiaux !

Le flux de main-d’œuvre qualifiée va se tarir dans les prochaines semaines

Dans le meilleur des cas, le fondeur comptait recruter sur place, au cours d’une opération-séduction auprès des plus grandes universités, 3 000 jeunes diplômés d’ici l’été… Problème, c’est à peine un tiers de son besoin en sang neuf. Sur une île quasiment coupée du monde depuis un an, où la population totale n’est que de 23 millions de personnes, satisfaire au besoin de main-d’œuvre pour 2021 relevait déjà de la gageure.

Selon la presse locale, c’est d’ailleurs TSMC qui avait fait pression auprès du gouvernement pour que les mesures de quarantaine imposées aux étrangers soient allégées. Les permis d’entrée accordés aux visiteurs de passage pour des visites « d’importance [économique] capitale » ont ainsi pu pallier temporairement le manque de talents locaux. Mais, même ce flux de main-d’œuvre qualifiée va se tarir dans les prochaines semaines.

Déjà, TSMC annonce avoir dû confiner une de ses équipes pour cause de contact avec un employé malade. Ce qui est banal chez nous depuis un an ne l’est pas pour le fondeur, et, à moins d’un écrasement miraculeux de l’épidémie locale, ce type de mesures va se multiplier dans les prochaines semaines. La direction a annoncé le 27 mai que les opérations n’étaient « pas ralenties » par cette mise en quarantaine. C’est sans doute vrai en l’état, mais ne le sera certainement plus si l’île connaît une vague de diffusion de SARS-CoV-2 typique de celles observées dans les populations non-immunisées.

Comment adapter ses investissements 

« Jouer » l’arrivée d’une épidémie sur un territoire pose de sérieuses questions éthiques, et les deux stratégies les plus intuitives pour profiter de la diffusion du virus à Taïwan ne seront, de toute façon, pas nécessairement gagnantes.

Vendre à découvert TSMC pour anticiper une baisse probable de sa production dans les prochains mois est tentant, mais il faut garder à l’esprit que le fondeur est un leader du secteur. Une baisse de -10 % ou -20 % de la production totale de l’île conduira à une baisse de 5 % à 10 % de la production mondiale. L’équilibre offre/demande du secteur déjà chauffé à blanc en sera profondément modifié. Une envolée des prix n’est pas impossible.

Vendre à découvert TSMC pour anticiper une baisse probable de sa production dans les prochains mois est tentant

TSMC pourrait donc, paradoxalement, profiter de sa propre réduction de cadence pour augmenter ses marges et ses bénéfices comme l’avait fait Intel il y a trois ans.

Une autre stratégie à déployer pourrait être celle de l’arbitrage géographique. Il existe un autre fondeur asiatique de poids : Samsung Electronics. Pour l’instant, la Corée du Sud parvient à maintenir sa stratégie d’endiguement de l’épidémie et ne connaît pas de vraie vague de COVID-19. Un déplacement du marché de TSMC vers Samsung est donc possible dans les prochains mois… sous réserve toutefois que le Coréen puisse augmenter ses capacités de production rapidement et que la Corée du Sud ne connaisse, sur la même échelle de temps, aucun dérapage sanitaire.

Il faudra donc que les planètes s’alignent pour qu’un arbitrage TSMC/Samsung s’avère favorable, ce qui rend la stratégie risquée.

Quelles mesures prendre, alors, face à la possible arrivée d’une vraie pénurie massive de semi-conducteurs ? Je vous conseille, tant que les marchés n’ont pas encore pris conscience de l’effet boule de neige de l’épidémie à Taïwan, de vous séparer de vos valeurs technologiques surcotées si elles sont consommatrices de puces électroniques et travaillent à marge serrée. Celles dont les modèles d’affaires étaient mis à mal, en début d’année, par ce qui n’était que des tensions d’approvisionnement vont être laminées lorsque la pénurie, la vraie, sera là.

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