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Semi-conducteurs : le premier “choc pétrolier” de l’industrie numérique

par Arthur Toce
tension pénurie semi-conducteurs

[Il fut un temps où la hausse du prix du pétrole déréglait les marchés. Le choc pétrolier de 1973 nous l’a parfaitement démontré. En 2021, il pourrait bien se passer la même chose avec… les semi-conducteurs. Carburant essentiel de l’économie digitale, la pénurie actuelle met bon nombre de secteurs sous pression, l’automobile en tête…] 

Pendant dix ans, l’industrie des semi-conducteurs s’est développée selon deux axes.

Aujourd’hui les capacités de production des usines de semi-conducteurs approchent les 100%

Premièrement, la plupart des acteurs du secteur ont pris une orientation “fabless” : ils n’ont plus d’usines et se concentrent sur la R&D et le design des puces. Pour le dire autrement, la plupart des grands noms du secteur (Nvidia et AMD en tête, ou encore ARM) ne gèrent plus eux-mêmes leur production et la sous-traitent à d’autres entreprises.

Deuxièmement, pour coller parfaitement à la demande, les industriels de la production de semi-conducteurs ont adopté le concept de “flux logistique tendu”. L’idée est encore une fois très simple : stock minimum. De fait, entretenir une adéquation parfaite entre offre et demande revêt une complexité extrême. Le moindre petit caillou peut facilement gripper cette belle mécanique…

Et, en 2020, ces deux orientations stratégiques, flux tendu et fabless, ont pris en pleine face un petit caillou nommé COVID-19… Ainsi, pendant des mois, les chaînes de production et les flux de marchandises ont été totalement stoppés alors que, dans le même temps, et sous l’effet des confinements, les besoins des consommateurs ont radicalement changé.

Résultat : aujourd’hui les capacités de production des usines de semi-conducteurs approchent les 100 %. Problème : cela met les chaînes de fabrication sous pression. Il n’en faut pas plus pour semer la panique. Et ce d’autant que la demande n’a pas fini de grimper…

Grosse tension sur les semi-conducteurs

C’est le cas dans l’industrie l’automobile. Très cyclique, ce secteur participe à déstabiliser plus encore la demande actuelle de semi-conducteurs. Ayant largement déstocké pendant la crise avant de repartir au premier semestre, son besoin en composants électroniques, restockage oblige, s’est considérablement accru…

Jugez par vous-même :

demande semi-conducteurs secteur automobileDans le secteur des semi-conducteurs automobiles,
la reprise se fait bien en V et la tendance haussière qui était bien installée est repartie de plus belle

Il faut bien comprendre que les voitures modernes contiennent une quantité faramineuse de puces électroniques. A ce titre, les constructeurs automobiles US estiment que la pénurie actuelle pourrait affecter leurs ventes de 20 %.

Cette situation est d’autant plus tendue qu’on n’ajuste pas ce genre de production d’un simple claquement de doigts. Cela prend du temps. Six mois, au bas mot… Je ne vous parle même pas de construire de nouvelles chaînes de production, auquel cas il faudra plutôt prévoir deux à trois années de plus. Car, oui, on ne construit pas comme ça une nouvelle usine de puces électroniques. C’est l’actif industriel le plus complexe et le plus cher à développer.

Comme vous pouvez le constater, nous sommes loin d’une industrie ultra-réactive. Quand il y a des stocks et un minimum d’harmonisation dans la gestion de ce “flux tendu”, pas de problème, tout roule.

Mais, quand les stocks se tarissent, la machine se grippe. Et c’est ce à quoi nous assistons aujourd’hui. Il faut maintenant piloter le TGV tout en ajoutant des rails. Et en plus, le TGV voit sa vitesse augmenter. Même pour un leader mondial, ce genre d’exercice demeure compliqué…

Plus encore quand la météo a décidé de s’en mêler aussi !

Si la météo s’y met elle aussi

Tant qu’à faire le tour de la situation autant en parler aussi. Tenez, prenons le récent épisode de froid au Texas qui a conduit le réseau électrique de l’Etat au blackout. [Ray en parle ici…] Il a contribué à désorganiser la production.

Pour info, Austin est un des grands pôles de la production de semi-conducteurs aux Etats-Unis. On y trouve notamment une usine Samsung, une usine NXP Semiconductors et une usine Infineon. Pour tous ces acteurs, la perte de production pourrait être conséquente, car les usines ont dû s’arrêter en catastrophe et on ne remet pas en route comme ça un cycle de production.

Autre punition pour le Taiwanais TSMC qui, de son côté, doit composer avec une pénurie d’eau ! Un comble, il n’y aurait pas eu assez de typhons dans la région ! De fait, le gouvernement taiwanais limite actuellement l’utilisation de l’eau.

Or, la production de puces nécessite de grands volumes d’eau, à la fois dans le cycle de production mais aussi dans le cycle de nettoyage. TSMC consommerait plus de 10 % de la ressource à lui tout seul dans le nord du pays.

Et les récentes technologies de gravure par UV extrêmes sont encore plus consommatrices d’eau… La consommation de TSMC aurait augmenté de presque 50 % ces dernières années. Résultat, TSMC est contrainte d’importer de l’eau ! Déplacer de l’eau en camion risque encore de faire augmenter les coûts… Bref, c’est un point qu’il faudra également surveiller.

Hyperinflation ?

Depuis que cette pénurie est à l’œuvre – et vous avez pu remarquer combien la tension est forte – les bons du Trésor US montent et retrouvent des niveaux pré-crise.

10 ans US inflation

Dirigeons-nous vers une hyperinflation ? Personnellement, je n’y crois pas.

Dirigeons-nous vers une hyperinflation ?

Cela dit, je pense que les semi-conducteurs sont devenus une matière première à part entière. Et, de ce point de vue, il est très probable que l’inflation induite par le coût de cette nouvelle matière première (non cotée) ait des répercussions sur l’économie globale, avec des gagnants et des perdants.

Voilà pourquoi la réaction des gouvernements ne s’est pas faite attendre. L’administration Biden, par exemple, a déjà annoncé un plan de 37 Mds$. L’Union européenne ne devrait pas tarder à réagir… N’oublions pas que la révolution énergétique en cours repose, elle aussi, sur les puces et les semi-conducteurs.

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