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Small is Beautiful : le rebond de l’aéronautique civile

par Etienne Henri
Petit porteur

Nous avons évoqué hier la crise par laquelle est passée l’industrie aéronautique dans les dix dernières années, Airbus (NL0000235190) en tête.

Alors que tous les analystes anticipaient une augmentation du trafic sur les lignes majeures et une augmentation simultanée du marché des avions gros-porteurs, l’Airbus 380 n’a pas su convaincre les compagnies aériennes de sa pertinence.

De son côté, Boeing (NYSE : BO) s’est contenté d’un service minimum en maintenant son vénérable 747, ce qui lui a évité une coûteuse R&D mais n’a pas pour autant fait décoller son activité.

Pour autant, l’aéronautique civile est loin d’être condamnée. Mieux encore : en se débarrassant au plus vite des coûteux programmes qui ne répondent pas aux attentes des clients, elle pourra renouer avec la croissance à très court terme.

Les avionneurs ont rapidement compris que, malgré le consensus qui prédisait un avenir radieux aux gros-porteurs, les petits modèles méritaient toujours de figurer dans leur catalogue

Il n’y a pas que la taille qui compte 

Les gros-porteurs sont difficiles à remplir ? Ils ne peuvent atterrir que dans des aéroports spécialement équipés ? La durée d’embarquement est difficile à gérer ?

Une solution existe : les petits appareils.

Ces avions, souvent nés dans la seconde moitié du XXe siècle, ont tout simplement refusé de disparaître. Malgré leur âge avancé et leur conception datée, les compagnies aériennes ont continué à passer commande pour ces appareils à la fois flexibles et peu chers.

Les avionneurs ont rapidement compris que, malgré le consensus qui prédisait un avenir radieux aux gros-porteurs, les petits modèles méritaient toujours de figurer dans leur catalogue.

Au lieu de cesser la production de leurs appareils historiques pour favoriser leurs nouveaux modèles, Airbus et Boeing ont pris le parti de moderniser leurs anciennes gammes.

En revoyant l’équipement des avions, et en remplaçant leur motorisation par des réacteurs plus récents, les constructeurs ont pu proposer des appareils toujours plus agréables pour les passagers et toujours plus économes en carburant tout en conservant une taille et une capacité constantes.

Quand les ingénieurs font du neuf avec du vieux 

Airbus comme Boeing ont trouvé dans la remise à niveau de leurs anciens modèles une poule aux œufs d’or.

Il y a 4 ans, Airbus a annoncé le lancement du programme A330neo. Le nouvel appareil, basé sur la vénérable plateforme A330 en service depuis 1994, devrait être, selon Airbus, capable de concurrencer le nouveau Boeing 787-9 sur de nombreux points.

Grâce à sa nouvelle motorisation, l’A330neo pourra transporter entre 250 et 285 passagers sur plus de 7000 miles. Avec un coût de fonctionnement similaire au B787-9 et un prix catalogue plus bas (259,9 M$ contre 281,6M$), il devrait séduire les compagnies aériennes sur bien des routes.

Airbus A330

La nouvelle itération de l’A330, près de 25 ans après son premier déploiement commercial. Crédit : Airbus

Le plus intéressant est que le développement de l’A330neo n’a coûté à Airbus que 2 Mds$.

Sachant que la conception de l’A380 a nécessité plus de 15 Mds$ d’investissements, pas étonnant que les avionneurs préfèrent actuellement moderniser leurs gammes au succès commercial garanti plutôt que de s’engager dans des programmes dispendieux à l’avenir incertain.

Encore plus petit, encore plus rapide à mettre sur le marché, l’A320 a également profité d’une remise à niveau à partir de 2010.

Le succès commercial a été fulgurant. Dès 2011, Airbus enregistrait plus de 1 200 précommandes d’A320neo. Fin 2017, plus de 6 000 appareils avaient déjà été réservés.

Ici encore, outre les économies promises aux opérateurs, l’avionneur fait une bonne affaire : la modernisation de l’A320 n’a coûté que 1,3 Md$.

Tout le monde peut se féliciter du succès de ces programmes : les investisseurs voient leurs capitaux bien employés, les constructeurs engrangent des ventes record et les compagnies aériennes sont heureuses d’investir dans un nouvel outil de travail leur offrant des coûts de fonctionnement réduits. 

Malgré les déconvenues commerciales des dernières années dues à une mauvaise anticipation des attentes du marché, les avionneurs retrouvent des couleurs. Avec de nouvelles perspectives à l’horizon, leurs cours Bourse regagnent du terrain

Est-il encore temps d’investir sur ces programmes ? 

Le revirement du marché des avions de ligne est désormais une certitude : l’avenir n’est pas aux gros appareils ni aux gros efforts de R&D.

L’A330neo vient d’effectuer ses premiers vols de test, et devrait entrer en service d’ici la fin de l’année chez TAP Air Portugal qui a déjà commandé 21 appareils. En parallèle, la famille A350 connaît un beau succès commercial : Airbus a annoncé cette semaine avoir conclu un contrat de plus de 9 Mds$ portant sur 27 appareils.

Le constructeur travaille également sur un contrat de gros pour un montant de 23 Mds$ avec la compagnie low-cost AirAsia. Si les références exactes des appareils n’ont pas été divulguées, il ne fait aucun doute que ce contrat concernera des appareils à coût d’achat faible et économes en carburant de la gamme neo.

Même tendance chez Boeing qui modernise la plupart de ses modèles. Les B777X, toujours en développement, ont d’ores et déjà les faveurs des compagnies du Moyen-Orient avec plus de 300 exemplaires vendus.

Plus loin de nous, le futur 797 dont le programme devrait être officiellement lancé l’année prochaine marquera un tournant dans le business model de l’avionneur. Boeing prévoit de vendre ce moyen-courrier à prix plancher tout en captant une partie plus importante des frais de maintenance de l’appareil. Ce changement de positionnement dans la chaîne de valeur, qui devrait être indolore pour les compagnies aériennes, permettra d’augmenter la rentabilité du programme pour le constructeur.

Malgré les déconvenues commerciales des dernières années dues à une mauvaise anticipation des attentes du marché, les avionneurs retrouvent des couleurs et engrangent de nouveau des commandes. En proposant des appareils offrant un vrai retour sur investissement à leurs utilisateurs, les constructeurs justifient un renouvellement accéléré des flottes.

Ces belles perspectives se retrouvent d’ailleurs dans les cours de Bourse des principaux acteurs. L’action Boeing est en hausse de +170% (NYSE : BO) et Airbus (NL0000235190) de +120% sur les deux dernières années ! [L’aviation civile est un secteur porteur s’il en est. Saviez-vous que le tourisme international a connu une hausse de 80 millions de voyageurs en 2017 ? En août, les lecteurs de NewTech Insider pourront découvrir la valeur que nous recommandons pour profiter de cette croissance. Pourquoi pas vous ?]

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