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Snips : le tech for good se prend le mur

par Arthur Toce
no tech for good

Nous apprenions jeudi que Snips se vendait à Sonos (SONO-US83570H1086), géant américain des enceintes haut de gamme pour 33 M€, soit quasiment la valorisation de sa dernière levée de fonds.

Si Snips est vraiment une pépite de l’intelligence artificielle (IA) – un concurrent potentiel pour les Alexa et consorts respectueux de la vie privée et donc parfait –, pourquoi ses actionnaires la vendent-ils à un si vil prix alors que le marché des assistants vocaux est à peine en phase de décollage ?

Les chevaliers blancs finissent dévorés par le dragon

Comme souvent en France, il a fallu qu’on parle d’autre chose que de business. Oui ici, on parle souvent de vie privée, de tech for good ou encore de souveraineté numérique… Des mots de la politique et surtout des artifices hors-sujet parce qu’une boîte c’est avant tout une chose simple et elle n’a rien à voir avec tous ces éléments de langage : une boîte c’est un produit vendu à un client !

Et si ton produit est moins bon ou si tu le vends mal, tu MEURS !

En France, on ne sait pas vendre, on sait faire joli. Quand La Tribune titre au sujet du CEO de Snips « Rand Hindi, chevalier blanc anti-Gafa« , elle est hors-sujet.

Notre problème, c’est que nous somme le pays des chevaliers blancs. Nos fleurons Sigfox, Snips, Qwant et compagnie s’affichent en chevaliers blancs, mais l’important n’est pas d’être Européen ou Jamaïcain, c’est : mon service est-il meilleur ou équivalent à celui du voisin ?

Gérard Lanvin chevalier blanc

Gérard Lanvin, en chevalier blanc,
dans
Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine de Coluche et Marc Monnet sorti en 1977.

Et force est de constater que souvent nous sommes tout simplement moins bons.

Parfois nous sommes moins bons techniquement, comme dans le cas de Snips, ce qui explique cette vente à bas prix.

Souvent, nous peinons dans les domaines où il faut énormément de capital ou de datas pour réussir.

La faute à notre rapport à la vie privée où nous ne voyons que les problèmes (réels) et pas toutes les avancées que permet l’exploration statistique du big data. Mais aussi et surtout la faute à notre approche du financement des entreprises innovantes.

Le politique veut faire porter l’investissement sur des secteurs stratégiques ce qui est très bien, mais la BPI n’apporte que le financement d’amorçage et ce n’est pas suffisant. La rupture technologique débouche en général sur la nécessité de construire un marché et pour cela, il faut des capitaux pendant longtemps.

En France, il est trop rare de pouvoir lever plusieurs centaines de millions pendant une dizaine d’années. Les seuls réels contre-exemples seraient Blablacar ou Doctolib.

Et très souvent, nous sommes juste moins bons dans la vente et le marketing. Le cas typique pour illustrer ce genre d’échecs est Viadeo, fleuron français du réseau social professionnel, qui s’est fait dévorer son propre marché par LinkedIn !

Ainsi, excusez-moi de vous le dire aussi crûment, si nous voulons sortir de notre état de colonie numérique, il faut faire de ce pays un pays de vendeurs, car il faut vendre pour faire rentrer de l’argent et grossir pour mieux innover !

Comment font les Etats-Unis, les Chinois, les Israéliens ?

Le plus souvent, c’est l’armée qui investit dans des technologies d’avenir durant leur phase d’incubation. Au fond, les militaires vont mettre en concurrence plusieurs entreprises pour adresser un même besoin. Le but n’est pas que tout marche, mais qu’un petit nombre y parvienne et apporte un réel avantage. En créant de la compétition, on favorise l’éclosion d’idées et la prise de risques !

Saviez-vous par exemple que les balbutiements de la voiture autonome s’étaient faits sous l’égide de l’armée américaine dans le cadre de son DARPA Grand Challenge organisé dès 2004 dans le désert des Mojaves ? Les participants n’avaient qu’un seul objectif : relier deux points sans chocs avec des véhicules totalement autonomes.

Une fois que les technologies sont développées, elles sortent du champ militaire pour rejoindre le civil.

Voilà pourquoi je vois d’un très bon œil la création de l’Agence innovation de défense. Au bout d’un an d’exercice, Emmanuel Chiva, son directeur, en tire un bilan plus qu’encourageant !

Par pitié, cher entrepreneur à la recherche de disruption, arrêtez de me dire que vous allez faire le bien, que X % de votre chiffre d’affaires sera reversé à un fonds pour je-ne-sais-pas-trop-quoi… Dites-moi juste en quoi votre produit est innovant, en quoi il change la vie des gens et comment vous allez le monétiser. Tout le reste est important également, mais ce n’est pas le cœur du réacteur. Et même s’il faut bien entourer et protéger le réacteur car sans cela on risque l’explosion, une super centrale nucléaire sans aucune réaction en son cœur ne produit AUCUNE énergie.

Il ne faut pas avoir peur de dire qu’innovation rime avec vente et que vente rime avec argent. Qu’argent rime avec milliardaire. Oui, je préfèrerais avoir plus d’entrepreneurs milliardaires dans ce pays. Cela signifierait que nous avons réussi à créer de la valeur. Il faut arrêter de voir l’enrichissement de certains comme un échec de la redistribution !

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1 commentaire

Luk 15 décembre 2019 - 18 h 35 min

Excellent article, je n’aurai pas dis mieux. Je viens de découvrir ce site, vous êtes super. Le pragmatisme qui manque en France !

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