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SpaceX & Ariane : un incroyable été dans l’espace

par Etienne Henri
course à l'espace

Alors que les citoyens du monde entier retrouvaient timidement le chemin des vacances et que les pouvoirs publics scrutaient avec attention la circulation du coronavirus dopée par les mouvements de population sur le plancher des vaches, c’est au-dessus de nos têtes que les plus belles avancées technologiques ont eu lieu cet été.

En plus de nous gratifier d’un magnifique spectacle avec le passage de la comète Neowise, le ciel a été le théâtre d’étapes majeures dans la course à l’espace. Entre le tir de la plus puissante fusée Ariane jamais conçue et la mise en orbite du tout premier ravitailleur de satellite, l’été 2020 a été celui de toutes les nouveautés pour l’industrie spatiale.

comète 2020 F3 Neowise Le passage de la comète 2020 F3 Neowise début juillet présageait d’un été marqué par les succès spatiaux. Crédit : Simg.de/Creative Commons

SpaceX et Ariane font la course au gigantisme

L’Europe et les Etats-Unis ont, une fois de plus, avancé leurs pions par lanceurs interposés.

Comme vous le savez, la clé vers la domination de l’espace passe par la hausse des capacités d’emport afin de pouvoir, à coût donné, mettre en orbite le plus de satellites possible.

Le 4 août à 23h57, SpaceX a franchi une nouvelle étape en faisant faire un saut de puce à son nouveau prototype de fusée Starship. Lors de ce vol de 45 secondes, le lanceur a quitté le pas de tir, prouvé sa capacité à rester stable lors d’un vol stationnaire, puis regagné le sol avec un atterrissage en douceur dont les fusées d’Elon Musk ont le secret.

Le Starship, gigantesque boîte de conserve d’acier dotée d’un moteur capable de générer une poussée de 200 tonnes à pleine puissance, est un élément-clé de la conquête de Mars. Sa capacité d’emport hors du commun permettra d’envisager des voyages vers la planète rouge, et de déployer – plus prosaïquement – des satellites commerciaux en orbite terrestre pour une fraction du coût facturé par les lanceurs historiques.

Le nouveau prototype de Starship préfère l’efficacité à l’élégance. Ici, lors de son test du mois d’août.
Crédit : SpaceX

Plus adepte d’innovations incrémentales que de révolutions technologiques, la société européenne Arianespace a, de son côté, opté pour des modifications par petites touches de sa fusée Ariane 5 pour permettre l’envoi de charges toujours plus lourdes.

Le 15 août, la plus grosses des fusées Ariane a décollé avec une capacité d’emport augmentée de 85 kilogrammes. Avec ce lancement XXL, la fusée a pu mettre trois satellites de plusieurs tonnes en orbite à 35 786 kilomètres au-dessus de nos têtes. Cette première historique permet à la fusée de conserver, tant que le Starship ne sera pas une réalité commerciale, la palme de la meilleure capacité de mise en orbite géostationnaire.

Ariane 5

Moins ambitieuse que le Starship mais ayant le mérite d’exister, Ariane 5 continue à s’améliorer au fil du temps. Crédit: Arianespace/AFP

Parmi les trois satellites embarqués, l’un d’entre eux va peut-être faire naître un nouveau marché : celui la remise à niveau de satellites.

Bienvenue dans l’ère des satellites recyclables 

MEV-2, conçu par la société Space Logistics LLC, n’est pas un satellite comme les autres. Véritable station-service spatiale, il a pour mission de prolonger la vie des satellites commerciaux.

Il succède à MEV-1, qui avait réalisé en février la prouesse de s’arrimer à un satellite de télécommunications sur lequel ce type d’opérations n’avait pourtant pas été prévu lors de la conception.

MEV-1 satellite Intelsat

En février, MEV-1 s’accrochait pour la première fois à un satellite d’Intelsat.
Ici, la cible prise en photo lors de la phase d’approche.
Crédit : Space Logistics/Intelsat
 

MEV-2 devrait rejoindre le satellite Intelsat 1002 courant 2021. Ce dernier, mis sur orbite en 2004, avait fini par quitter son orbite géosynchrone par manque de carburant après treize ans de bons et loyaux services.

Grâce à MEV-2, qui va lui servir de moteur et de réservoir d’appoint, sa durée de vie devrait être prolongée de cinq ans. A l’issue de cette première mission, MEV-2 restera en orbite géostationnaire avant de s’arrimer à son client suivant.

remorqueur MEV-2Le remorqueur de l’espace MEV-2 lors de sa préparation.
Crédit : SpaceLogistics/ESA

En offrant à ces satellites une seconde vie, Space Logistics défriche un nouveau marché qui relevait jusqu’ici de la science-fiction. Les satellites de télécommunication, malgré leur prix exorbitant, restent des bijoux technologiques jetables une fois leur carburant épuisé.

La prolongation de la durée d’activité, si elle fonctionne comme prévu, permettra aux opérateurs de satellites de quitter enfin l’ère des satellites consommables. Comme SpaceX avec ses fusées Falcon, ils pourront revoir leur modèles d’affaires et augmenter sensiblement leurs marges d’exploitation en s’appuyant sur des investissements bien plus durables.

De son côté, Space Logistics pourra devenir un véritable rentier de l’espace. Facturant d’ores et déjà 13 M$ par an à Intelsat pour le maintien en orbite d’Intelsat 1002 ; et sachant qu’il existe à ce jour plus de 560 satellites en orbite géostationnaires, le chiffre d’affaires potentiel de Space Logistics a de quoi mettre des étoiles dans les yeux de ses actionnaires.

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