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SpaceX est-il (vraiment) prêt à révolutionner Internet ?

par Etienne Henri
Internet satellite SpaceX

Un nouveau mode de connexion à Internet est sur le point de voir le jour.

Vous connaissiez l’Internet par satellite, lent et coûteux, pour desservir les zones les plus reculées aux infrastructures limitées. Vous connaissiez la fibre optique, rapide et fiable mais économiquement viable uniquement dans les grandes agglomérations. De nombreuses entreprises cherchent à proposer le meilleur des deux mondes en mettant en orbite des satellites à très basse altitude pour offrir un Internet à haut débit à l’ensemble de la planète, et ce sans fibre optique ni liaison cuivrée.

Le défi n’est pas que technique, il est aussi économique. Qui dit rapidité de connexion dit satellites proches de la Terre. Qui dit basse altitude dit obligation de multiplier les appareils. La plupart des projets en cours se heurtent à la barrière monétaire et doivent lever des sommes considérables pour financer conjointement la conception des satellites, leur fabrication, et le coût de leur mise en orbite.

L’une de ces entreprises est sur le point de prendre une longueur d’avance sur ses concurrentes. Elle devrait, selon ses dires, procéder au lancement de ses 60 premiers satellites ce soir. Son expertise en systèmes spatiaux lui donne toute légitimité pour participer à cette course à la connectivité, et elle possède un atout de taille : elle conçoit également des lanceurs.

Il s’agit, vous l’avez reconnu, de SpaceX, qui se lance dans l’aventure Internet avec son programme Starlink.

satellites Starlink

Les premiers satellites Starlink sont déjà sur le pas de tir. Crédit : SpaceX.

Une flotte spatiale à la démesure habituelle 

Une fois de plus, Elon Musk ne fait pas dans la dentelle. L’entrepreneur, habitué à tous les excès, prévoit de mettre en orbite jusqu’à 12 000 satellites pour permettre de connecter à Internet la majorité de la population mondiale.

De manière plus réaliste, quelques centaines de satellites suffiront, dans un premier temps, à couvrir les zones occupées par les clients technophiles (et solvables) et ainsi leur fournir un débit adapté. SpaceX ne devra dépasser le millier d’appareils en orbite que lorsque son offre aura été massivement adaptée et que les contraintes d’accès à la bande passante se feront sentir.

Le projet est donc très similaire à celui de OneWeb, qui a lancé ses premiers satellites l’année dernière. La seule différence est dans les ambitions, et les moyens mis en œuvre pour les atteindre.

Quelle viabilité économique pour le projet ?

Les candidats à la fourniture de l’Internet global ne manquent pas. O3b, Facebook, Google, OneWeb, et maintenant SpaceX : tous cherchent à devenir le fournisseur mondial qui rendra obsolète toutes les autres formes de connexion.

Pour SpaceX, il ne s’agit pas d’un moyen d’assoir sa domination sur les échanges de données mondiaux, mais d’une simple question économique.

Elon Musk n’a jamais caché son objectif personnel : la colonisation de Mars. Ce projet est des plus coûteux. Lorsqu’il a pour la première fois évoqué la fusée Falcon 9, les spécialistes étaient ouvertement moqueurs. Alors que les programmes spatiaux étaient, depuis 50 ans, des gouffres économiques qui saignaient les finances des pays qui s’y frottaient, créer une entreprise à but lucratif dans ce secteur semblait être un mauvais calcul.

Pourtant, la Falcon 9 est aujourd’hui un lanceur de référence qui fait vivre SpaceX. Elle a assuré près de 18 % des vols à l’échelle de la planète en 2018. La réutilisation du premier étage de la fusée est désormais une habitude, et le prochain tir tentera pour la première fois de réutiliser une coiffe.

premier étage Falcon 9 SpaceX

Non content de réutiliser les premiers étages des Falcon 9,
SpaceX va désormais tenter de repêcher et réutiliser les coiffes.
Crédit : SpaceX.

Starlink est né, comme la Falcon 9, pour servir de poule aux œufs d’or pour financer la conquête martienne. Elon Musk a donc structuré le projet pour qu’il soit intrinsèquement rentable, et les questions techniques comme la conception de satellites de télécommunication (un métier à part entière pour certaines entreprises) ne sont pour lui que des étapes intermédiaires qui méritent à peine d’être discutées.

Faut-il croire à la promesse Starlink ?

Elon Musk nous a habitués, par le passé, aux annonces ambitieuses – certains, comme la SEC, diraient plutôt mensongères. Toutefois, si l’entrepreneur a pour habitude de sous-estimer les délais et arranger la réalité des questions financières et boursières, il est généralement crédible sur les sujets technologiques.

A première vue, il serait tentant de le croire lorsqu’il indique que SpaceX est prêt à tirer une fusée par mois durant près de deux ans pour déployer sa flotte. En revanche, les derniers rebondissements incitent à la plus grande méfiance.

Le lancement des 60 premiers satellites Starlink, qui devait avoir lieu il y a quelques jours, a déjà été reporté deux fois de suite. Officiellement, le premier report a été décidé pour des questions de météorologie, ce qui est tout à fait classique. Pourtant, dès le lendemain, SpaceX décidait de suspendre une nouvelle fois le tir pour mettre à jour le logiciel embarqué dans les satellites.

La modification de satellites alors que la fusée est déjà en attente sur son pas de tir est – pardonnez l’euphémisme – surprenante dans une industrie aérospatiale plutôt habituée à tester et retester ses logiciels durant des mois avant d’envisager leur utilisation dans des systèmes en orbite. Vu les risques qu’impliquent une telle mise à jour, il faut que les ingénieurs aient décelé des problèmes catastrophiques pour qu’ait été prise la décision de ce patch de dernière minute.

Si SpaceX a toutes les cartes en main pour griller la politesse à ses concurrents, il semblerait qu’Elon Musk ait une fois de plus décidé de bousculer au maximum le calendrier, quitte à prendre des libertés avec les bonnes pratiques du secteur. Espérons donc pour lui que ses ingénieurs parviendront à assurer le service minimum pour ces 60 premiers satellites.

L’enjeu est de taille : en cas de succès, Starlink, s’appuyant sur l’expertise en problématiques spatiales des équipes de SpaceX et n’ayant pas à payer pour de coûteuses mises en orbite, aura un avantage commercial considérable sur les autres flottes.

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