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SpaceX vient-il de tuer la fibre optique ?

par Etienne Henri
SpaceX vient-il de tuer la fibre optique ?

Vous souvenez-vous quand vous avez goûté à Internet pour la première fois à titre personnel ? Etait-ce à l’époque des modems RTC qui chantaient leur mélodie d’une douceur toute relative à chaque connexion ? Etes-vous directement passé par la case ADSL qui a ouvert la voie du surf sans limite de temps ni de volume de données ?
Avez-vous expérimenté des technologies plus exotiques comme le Numeris de France Telecom ou l’Internet par câble ?
Peut-être faites-vous partie de nos plus jeunes lecteurs et, pour vous, Internet a toujours existé sur votre téléphone portable…
Une chose est sûre : l’accès à Internet a beaucoup progressé depuis 20 ans. La quasi-totalité des foyers en sont équipés, et les Français savent bien que le summum de la modernité est offert par la fibre optique. Les opérateurs nous le répètent à longueur de publicité.
L’Etat incite et règlemente à tout va pour que les immeubles des grandes agglomérations soient “fibrés” au plus vite.
Les citoyens sont incités à se convertir massivement à l’accès par fibre optique. Pourtant, cette fixation française pour la fibre masque une réalité mondiale toute autre : l’avenir de la connectivité est ailleurs.

Nos priorités ne sont pas représentatives

La fibre offre, c’est certain, de beaux avantages. Le débit descendant (qui permet de télécharger) est suffisamment rapide pour qu’un film se télécharge en quelques minutes.
Le débit montant (qui permet par exemple d’envoyer des photos ou des vidéos) est tout aussi rapide. Les utilisateurs de l’ADSL savent à quel point il est pénible d’attendre lorsque l’on est équipé d’un débit famélique…
Ces arguments — fort pertinents au demeurant — sont la pierre angulaire du discours commercial des opérateurs. Ils sont tout à fait valables… pour la France urbaine de 2018.
Pour investir dans les télécommunications et profiter de l’arrivée massive de la seconde moitié de l’humanité sur le réseau, il nous faut prendre du recul sur les spécificités locales et considérer les besoins des futurs clients.
Ceux qui s’équipent pour la première fois en 2018 n’habitent généralement pas dans des grandes agglomérations. Ils n’ont pour la plupart pas de ligne téléphonique fixe à leur domicile. Ils n’ont pas la capacité financière pour assumer un coût d’installation important — et leurs gouvernements non plus.
La fibre optique, financée chez nous à grands coups de milliards d’euros et de réutilisation des infrastructures existantes, n’équipera pas le reste de la planète. Elle restera une technologie limitée aux pays occidentaux à forte densité de population.

L’avenir d’internet est dans les airs

Vous savez à quel point la dématérialisation de notre industrie a augmenté notre productivité en baissant les coûts.
La même tendance est en train d’avoir lieu avec Internet. Plutôt que de tirer de coûteux câbles de cuivre ou de verre, il devient de plus en plus intéressant de passer par les ondes radio pour se connecter sur la toile.
La 4G est déjà bien plus rapide que l’ADSL dans les zones urbaines. La 5G pointe son nez, promettant des débits encore décuplés d’ici quelques années. Ces technologies sans fil permettent de couvrir des quartiers entiers en installant un simple relai téléphonique.
S’il vous semble magique de pouvoir accéder à Internet plus rapidement avec votre smartphone qu’avec votre ordinateur branché à une Box, vous n’êtes pas au bout de vos surprises.
Les industriels travaillent aujourd’hui à la connexion de régions entières en passant par les ondes radio. Iles au milieu de l’océan, oasis dans le désert, villages de montagne… grâce aux satellites, les opérateurs vont pouvoir offrir à l’humanité entière un accès Internet qui nous aurait fait pâlir d’envie en l’an 2000.

SpaceX joue (encore) au trublion

Cela devient une habitude : SpaceX a une nouvelle fois promis de bouleverser une industrie. Cette fois-ci, ce sont les entreprises de télécommunication qui sont visées via le nouveau programme Starlink. La firme américaine a mis en orbite la semaine dernière deux satellites expérimentaux chargés de valider son concept de satellites de télécommunication en nuées.

space x Tintin-A et Tintin-B lors de leur déploiement en orbite jeudi dernier  Crédit : SpaceX

Tintin-A et Tintin-B lors de leur déploiement en orbite jeudi dernier

Crédit : SpaceX

Le terme de nuée n’est pas une exagération ; SpaceX compte déployer à terme plusieurs milliers de satellites en orbite basse. Une telle flotte permettra de proposer à l’ensemble de la planète du haut débit sans installation d’infrastructures majeures au sol.

Starlink est-il une opportunité d’investissement ?

Cette promesse d’Internet pour tous peut sembler alléchante. Les exploits spatiaux passés de SpaceX sont de bon augure ; tout porte à croire que l’entreprise pourrait devenir un opérateur de télécommunication de référence.
Après tout, SpaceX a conçu les fusées les plus performantes au monde en un temps record. Devenir opérateur de télécommunication ne devrait poser aucune difficulté à Elon Musk !
La réalité risque d’être plus contrastée. SpaceX a été créée à un moment bien particulier de l’industrie spatiale. Avec des agences d’Etat à bout de souffle, des talents inutilisés et une innovation en panne depuis de décennies, SpaceX avait un boulevard pour proposer des solutions élégantes et rafler les subventions.
L’expérience de Tesla nous montre que l’arrivée sur un marché saturé par des concurrents performants et bien capitalisés n’est pas aussi facile, et la situation du secteur des télécommunications ressemble plus à celle du marché automobile qu’à celle des lanceurs spatiaux.
Facebook et Google ont déjà tenté de devenir opérateurs de satellites pour offrir Internet à toute la planète. Tous deux ont depuis jeté l’éponge. SpaceX, qui n’hésitait pas il y a quelques temps à annoncer des prévisions de vente et de rentabilité pour ce futur service, ne communique aujourd’hui plus que sur l’aspect expérimental de la technologie.
Il semblerait que devenir fournisseur d’accès Internet soit un rêve commun à toutes les start-ups californiennes au même titre que la conception d’une voiture électrique autonome. C’est oublier un peu vite qu’il existe déjà des opérateurs de satellites qui proposent des solutions technologiquement équivalentes, avec une force commerciale en place et des business plan équilibrés.
[NDLR : Ce sont ces opérateurs qu’ont choisi Etienne Henri et Ray Blanco pour vous faire profiter de l’explosion de l’Internet par satellite. Oubliez votre box, oubliez la fibre optique et investissez directement sur la nouvelle génération d’accès à Internet… dans NewTech Insider.]
Les efforts de SpaceX confirment que l’avenir d’Internet est dans les cieux et non dans la fibre optique si populaire chez nous… les investisseurs prudents préfèreront simplement se tourner vers les sociétés établies plutôt que d’attendre l’introduction en Bourse de Starlink qui sera avant toute chose — et c’est une certitude — une superbe débauche de moyen aux frais des actionnaires comme l’est Tesla !
Bons investissements,
Etienne Henri
PS : La prudence face au nouveau business de SpaceX ne retire rien aux exploits technologiques de l’entreprise. Après la réutilisation des premiers étages de fusée, devenue banale, la firme essaie désormais de récupérer les parties supérieures de ses fusées.
Equipée de parachutes, la coiffe de la fusée Falcon (d’un coût unitaire de 6 millions de dollars) peut désormais être repêchée par bateau. La prouesse technologique nous rapproche un peu plus du jour où les fusées seront réutilisées comme des avions, et mérite d’être saluée !

space x projet Ce bateau de pêche SpaceX ramasse uniquement des coiffes de fusées spatiales  Crédit : SpaceX

Ce bateau de pêche SpaceX ramasse uniquement des coiffes de fusées spatiales

Crédit : SpaceX

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