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SpaceX : le quitte ou double d’Elon Musk

par Etienne Henri
Elon Musk SpaceX

Le 23 mars, l’astronaute Kjell Lindgren dévoilait sur twitter le nom de la nouvelle capsule Crew Dragon qui devrait s’envoler vers l’ISS ce mois-ci : Freedom. Cette annonce est-elle le signe d’une accélération du programme Crew Dragon ? Non. Elle signe en fait sa fin… En effet, cette quatrième capsule – qui rejoint Endurance, Résilience et Effort dans la flotte de SpaceX – devrait être la dernière du genre. Elon Musk a d’autres projets en ligne de mire… Explications.

L’épopée de Crew Dragon, miracle industriel de SpaceX, touche déjà à sa fin

Dans une interview accordée à Reuters fin mars, la présidente de SpaceX, Gwynne Shotwell, a confirmé l’arrêt imminent des chaînes d’assemblage Crew Dragon.

La nouvelle a de quoi étonner pour qui se souvient des risques qui planaient sur ce programme… Lequel a su pourtant déjouer tous les pronostics et devancer finalement le géant Boeing dans la course aux vaisseaux de nouvelle génération. Avec quatre vols habités vers l’ISS depuis 2020, Crew Dragon reste l’unique solution des Etats-Unis pour atteindre l’espace sans être dépendants de la Russie…

Crew Dragon SpaceX

L’épopée de Crew Dragon, miracle industriel, touche déjà à sa fin (photo : NASA/SpaceX)

Pourquoi la société réduit-elle ainsi la voilure de ce programme sans concurrence, alors que les tensions internationales n’ont jamais été aussi fortes ? La raison est à chercher dans la stratégie de long terme d’Elon Musk… Pour atteindre son objectif fou de colonisation martienne, il lui faut sacrifier ses programmes les uns après les autres – si avancés qu’ils soient.

Pourquoi SpaceX voit déjà plus loin que Crew Dragon 

Le programme Crew Dragon a été fait sur mesure pour la NASA. L’agence spatiale a versé à SpaceX la bagatelle de 3,5 Mds$ pour assurer six vols vers l’ISS. Suite aux retards successifs du Starliner de Boeing, la taille du contrat a été augmentée de 50 % pour comprendre neuf vols.

Or, le Crew Dragon a été conçu pour être réutilisable. Selon les estimations, les capsules peuvent être utilisées trois à quatre fois sans nécessiter de remise en état majeure. SpaceX possède donc déjà une flotte suffisante pour couvrir l’intégralité de ses engagements auprès de la NASA.

Pourquoi SpaceX réduit la voilure de ce programme sans concurrence ?

Voilà pour l’explication officielle. La réalité est plus complexe.

En l’absence de Starliner, la NASA devra évidemment étendre une nouvelle fois la collaboration avec SpaceX et commander des places supplémentaires vers l’espace. La dépendance envers la Russie depuis l’arrêt du programme de navette spatiale en 2011 était déjà politiquement inacceptable. La guerre en Ukraine rend impossible tout retour en arrière. En toute logique, SpaceX devrait continuer à assembler des Crew Dragon pour être capable de répondre à la demande des Etats-Unis et des pays occidentaux qui n’ont plus accès aux capsules russes.

Pourquoi, dès lors, l’entreprise préfère-t-elle fermer ses lignes d’assemblage ? Pour une simple question d’allocations de ressources.

La prochaine étape dans la feuille de route de SpaceX est le vaisseau Starship, et ce programme est coûteux. Malgré la santé insolente du programme Falcon 9, qui a battu un nouveau record l’année passée avec 31 tirs, les finances de SpaceX sont dans une situation délicate. L’entreprise doit continuer à faire appel à ses actionnaires pour financer sa croissance, et a déjà levé plus de 7,7 Mds$ – le dernier tour de table ayant eu lieu en décembre dernier. Avec un programme Starship dont le coût se compte en milliards de dollars, les marges de manœuvre sont faibles. Pour libérer des ressources, Elon Musk fait donc le pari de hâter l’arrivée du Starship qui devrait mettre à la retraite simultanément la fusée Falcon 9 et la capsule Crew Dragon.

Si le calendrier ultra serré qui promet toujours un vol orbital inaugural dans quelques semaines est tenu, la stratégie sera gagnante. SpaceX n’aura ainsi que quatre capsules à mettre au rebut. Dans le cas contraire, la firme d’Elon Musk risque de faire face au cauchemar de tout P-DG : l’incapacité de répondre à la demande de son principal client par manque d’investissement dans l’outil de production.

Elon Musk avait-il le choix ?

Si SpaceX possède actuellement une avance incontestable tant dans les véhicules spatiaux que dans les capsules habitées, celle-ci pourrait être plus conjoncturelle que structurelle.

Le programme SLS, la fusée titanesque de la NASA développée en collaboration avec Boeing et Northrop Grumman, sort enfin de sa léthargie. Le premier exemplaire du lanceur a été mis sur un pas de tir mi-mars pour subir des tests quelques jours plus tard.

SLS Artemis Nasa

Le SLS est enfin une réalité. Ici, lors de son transfert vers l’aire de lancement (photo NASA/Joel Kowsky) 

Les équipes vont procéder à des comptes à rebours fictifs avec une fusée chargée en carburant comme si elle allait décoller, avant de procéder à une vidange rapide des réservoirs. Au dernier moment, la répétition générale prévue le premier week-end d’avril a été annulée… mais sa reprise ne devrait être, à l’écriture de ces lignes, qu’une question de jours. 

Les finances de SpaceX sont dans une situation délicate

Déjà, la NASA se prend à rêver d’un redémarrage rapide du programme Artemis, avec un premier tir du SLS en direction de la Lune pouvant avoir lieu dès le mois de mai. La mission Artemis-1 enverrait une capsule Orion inhabitée à 64 000 kilomètres de notre satellite. Elle serait suivie deux ans plus tard par Artemis-2, toujours en orbite lunaire mais cette fois-ci occupée par des astronautes. Dès l’année suivante, Artemis-3 devrait se poser sur la Lune, 53 ans après le départ du dernier astronaute du programme Apollo.

Voir le serpent de mer SLS devenir réalité serait une mauvaise nouvelle pour Elon Musk. Cela signifierait que SpaceX ne serait plus la seule entreprise capable de proposer des lanceurs « super-lourds » (super-heavy launchers). Sa Falcon Heavy serait ridiculisée par le SLS en termes de poussée (15 MN contre 39 MN) comme de capacité de mise en orbite (64 tonnes contre 130 tonnes en orbite basse)… et cela pourrait arriver avant la fin de cette année.

Elon Musk n’a donc guère de choix : il lui faut coûte que coûte prouver que le modèle Starship est viable. Après l’impressionnante série d’échecs qui a rythmé sa naissance, l’incertitude technique reste grande et le risque maximal… mais n’est-ce pas toujours dos au mur que l’entrepreneur a prouvé sa capacité à faire des miracles industriels ?

Starship SpaceX Nasa

Starship : le futur de SpaceX nécessite encore quelques réglages. Ici, le test SN4 (photo : NASA)

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