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Technologie Hyperloop : le pari fou d’Elon Musk à Chicago

par Edern Rio
Elon Musk Chicago

J’adore Elon Musk. C’est une personnalité unique des techs américaines : passionnée, poétique et volontiers roublarde. Il a contribué à créer Paypal, était, en 2017, la 24e fortune américaine (estimée à environ 20,8 Mds$) et oriente désormais les travaux de ses entreprises vers un but profondément “humaniste”. Ses objectifs sont élevés : “lutter contre le risque de l’extinction humaine”, notamment grâce à l’usage d’énergies propres (les voitures électriques Tesla par exemple), mais surtout en cherchant à rendre réelle la conquête spatiale (SpaceX notamment) et la vie sur d’autres planètes.

Mais sa dernière marotte est beaucoup plus terre-à-terre. Il a lancé en 2017 The Boring Company (en anglais, boring signifie forer mais également ennuyer), dont l’objectif est de lutter contre l’engorgement des transports dans les grandes villes grâce à un système de tunnels. L’entreprise travaille donc à en réduire les coûts de forage.

Chicago signe un contrat de 1 Md$ avec la Boring Company

Si vous vous intéressez aux techs, vous n’avez pas pu passer à côté : la Boring Company a signé avec Chicago la construction d’une ligne de transport en commun pour relier son aéroport international, le O’hare international airport, au centre-ville. Le trajet ne devrait pas prendre plus de 12 minutes, contre 40 minutes aujourd’hui avec le blue line metro.

Le projet en lui-même est absolument futuriste. Les voyageurs sont transportés par des “skates électriques” (rassurez-vous ces skates sont en vérité de petites navettes, mais c’est le terme officiel employé par la Boring Company) qui se déplacent à environ 200 km/h et peuvent transporter entre 8 et 16 personnes. Elon estime ainsi que 2 000 personnes pourront voyager chaque heure grâce à une soixantaine de skates. Le ticket sera d’environ 25 $, soit la moitié d’une course en taxi. Ce qui est vraiment incroyable dans cette technologie c’est le taux de rotation des skates, un nouveau arrivant toutes les 30 secondes.

Et le maire de Chicago, Rahm Emanuel, de se congratuler dans les colonnes du Chicago Tribune : “Nous sommes tout le temps des précurseurs en matière de transport, nous avons bâti le futur !”

Le projet devrait coûter un peu moins de 1 Md$ mais ce ne sont pas les Chicagoans qui auront à payer ce projet pharaonique : Elon Musk a prévu d’avancer l’argent à condition de se réserver l’exploitation de la ligne.

D’excellentes nouvelles en somme que tous les médias se sont empressés de relayer. Certains allant même jusqu’à titrer que le train futuriste à très grande vitesse d’Elon Musk arrivait à Chicago…

Ne nous emportons pas…

Elon Musk ChicagoLa future station du O’hare International Airport.

Un pari risqué pour Elon Musk et la Boring Company

Quand j’ai lu cette annonce, cela m’a immédiatement fait penser à Jeff Bezos annonçant qu’il travaillait à la livraison des colis Amazon par drone. Les grandes compagnies de tech ont besoin qu’on parle en permanence de leurs projets et plus le projet est futuriste et fou, mieux cela marche.

Mais revenons à nos tunnels… Ce sont 29 km de tunnel à creuser. Faisons les maths, ce n’est pas si compliqué. Nous avons un peu moins de 1 Md$ pour réaliser le chantier. Nous devons creuser 29 km. 1 000 M$ / 29 = 34,5 M$ par kilomètre. Premier point de blocage. On estime généralement que le coût d’un kilomètre de tunnel pour un métro varie entre 80 M$ et 250 M$, suivant la densité urbaine…

Certes, les tunnels de la Boring Company sont moins larges que ceux utilisés par les moyens de transports traditionnels, mais cela nous fait quand même un coût prévisionnel extrêmement faible. D’autant qu’il faut inclure les gares, les véhicules, etc. et que ce seul budget est estimé au bas mot à 300 M$ par Yonah Freemark, un urbaniste américain. Ce qui nous laisse “seulement” 700 M$ pour creuser les tunnels. Si nous reprenons notre calculatrice, cela revient à construire un kilomètre de tunnel pour 24 M$… Soit entre 4 et 10 fois moins que le forage d’un tunnel traditionnel !

Et cerise sur le gâteau, Elon augmente encore sa prise de risques et son pari en annonçant que le projet devrait sortir de terre dans moins de 3 ans, probablement dans 2 ans !

Pourquoi pas après tout, SpaceX est bien parvenu à diviser par deux le coût des lancements de fusée. Qui sait peut-être que la Boring Company y parviendra également…

Une vraie prise de risques pour la ville de Chicago

Mais le fond du problème n’est pas tant ce pari fou d’un fanfaron futuriste. En effet, nous avons de nombreux exemples où des projets privés deviennent publics lorsque les coûts dépassent le budget initialement projeté :

Notre chantier du Grand Paris Express, qui a déjà revu son budget à la hausse de 50% en février dernier – et gageons que ce n’est pas fini… –, le portant à 38,5 milliards…

Les constructions de site dans le cadre des Jeux Olympiques… Londres explosant son budget de 6 milliards… La palme revenant aux JO de Montréal 1976, où le budget avait été explosé de… 720%.

Ou encore le conflit actuel entre le groupe Bolloré et la ville de Paris devrait nous servir de leçon. Depuis 6 ans que ce service emblématique a été lancé, il a enregistré une perte d’exploitation de 293 millions. Le contrat stipule que le groupe doit couvrir ce déficit à hauteur de 60 M€. Résultat, le groupe réclame 233 M€ aux 98 communes participant au projet et laissez-moi vous dire qu’ils ont de bons avocats… Il se pourrait bien que les blue cars partent bientôt à la casse. “Ça [le service Autolib’] peut s’arrêter dès que nous recevons la notification, jeudi ou lundi au plus tard”, déclarait Marie Bolloré, directrice de Blue Solutions, le 19 juin 2018 au micro d’Europe 1.

Ces projets futuristes sont très forts en termes de symbolique et de communication pour les grandes villes mondialisées. Ils se révèlent en général être de sacrés gouffres financiers.

Et puis, il y a un autre problème de taille… Il n’existe actuellement aucune preuve de concept du réseau de transport proposé à Chicago, ce qui veut dire que Chicago sera en quelque sorte le site de test des prototypes…

Face aux critiques et aux doutes émis, Elon Musk s’est contenté de lâcher laconiquement : “Bien, si nous échouons, je pense que moi et quelques autres perdront énormément d’argent…”

Souhaitons aux Chicagoans que ce ne soit pas le cas et que le maire, à la différence de celui de Paris, soit suffisamment intelligent pour prendre toutes les garanties nécessaires. Seul un multimilliardaire comme Elon Musk peut se permettre ce genre de paris fous. Et c’est peut-être bien parce qu’il peut se permettre de tout perdre qu’il pourrait réussir son pari.

Nous prenons donc rendez-vous avec la Boring Company dans 1 an pour prendre des nouvelles de ce projet. Mais mon petit doigt me dit que nous en entendrons parler bien avant…

Et tenez, une autre avancée est en train de révolutionner notre environnement, nos sociétés et notre manière de consommer. Vous n’en avez sans doute pas encore conscience mais la technologie est déjà là, autour de vous, au quotidien… La bonne nouvelle, c’est qu’une petite société française est en train de prendre une part de marché de cette gigantesque tendance. Pour en savoir plus, je vous laissez découvrir le dossier…

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