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Tesla résiste à la banalisation

par Etienne Henri
tesla marché chinois

Ce fut sans conteste la plus grande surprise boursière de l’été. L’action Tesla (NASDAQ : TSLA), qui avait plongé de plus de 52 % au printemps lors du sell-off dû au COVID-19, a connu ces dernières semaines une hausse sans précédent. Entre le 1er juin et le 1er septembre, le titre s’est offert une progression de +178 % – soit un quasi-triplement en seulement trois mois.

graphe bourse tesla

Bulle ou hausse méritée ? La hausse de TSLA est désormais verticale.

Par rapport au dernier point bas atteint le 18 mars, la hausse atteint les +465 %. Pour éviter que le titre ne devienne inaccessible aux particuliers, l’entreprise a dû procéder en urgence à un split. Le 31 août, chaque action ancienne est a été divisée en cinq actions nouvelles. Cette opération comptable, qui multiplie d’autant le nombre titres en circulation, permet à ces derniers de ne coter “que” 400 $ pièce, contre plus 2 200 $ à la clôture le 28 août.

Certains y voient la preuve de la folle exubérance des valeurs technologiques dont le prix s’est déconnecté de toute réalité commerciale et comptable. D’autres y voient un symptôme de l’arrivée massive des Robinhood investors, ces particuliers nord-américains qui, à la faveur du confinement et des généreux plans de soutien anti-crise, ont obtenu des liquidités excédentaires qu’ils ont placées sans aucune prudence sur les marchés actions.

Impossible, nous en convenons, d’être tout à fait à l’aise face à cette hausse sans précédent. Voir le prix d’une action multiplié par 11 en un an laisse un arrière-goût de bulle. A l’heure de l’écriture de ces lignes, le PER de 1047 de Tesla signifie qu’un investisseur devrait attendre jusqu’en 3067 pour espérer, au rythme actuel auquel l’entreprise engrange les bénéfices, rentrer dans ses frais. Avec une capitalisation de 379 Mds€, l’entreprise d’Elon Musk pèse en Bourse 10 fois plus que le groupe PSA et 52 fois plus que Renault.

La hausse violente du titre et les considérations techniques qui l’accompagnent viennent éclipser les réflexions quant aux performances de l’entreprise. Alors que la presse spécialisée nous abreuve d’analyses focalisées sur le prix de l’action, un élément est passé sous silence : le constructeur est en train de confirmer sa position de référence mondiale sur son marché de prédilection.

Une suprématie qui n’avait rien d’évidente

L’engouement pour Tesla s’appuyait jusqu’ici sur trois facteurs bien connus :

1 – le véhicule électrique est l’avenir de la mobilité (marché profond et en croissance) ;
2 – les modèles S, 3 et X sont de superbes véhicules qui font généralement le bonheur de leur propriétaire (satisfaction de la clientèle) ;
3 – l’entreprise est championne de l’automatisation et pourra, une fois le point d’équilibre atteint, transformer ses anciennes pertes abyssales en gains colossaux (effet ciseau de la rentabilité comme a pu le faire Amazon).

Il restait toutefois une inconnue majeure : le rôle de la concurrence. Les constructeurs automobiles historiques ne sont pas restés les bras croisés ces dix dernières années et tous disposent d’un savoir-faire industriel centenaire, d’un réseau de distribution mondial et d’une clientèle parfois fidèle depuis plusieurs générations. Ils ont pris, eux aussi, le virage du véhicule électrique et ont ajouté à leurs catalogues des modèles plus ou moins équivalents aux Tesla. En parallèle, de nombreuses startups tentent de reproduire le succès d’Elon Musk et de proposer, eux aussi, des véhicules électriques conçus sur des bases modernes.

L’Orient est, pour le marché automobile, la zone où tout se joue

L’espace réservé à Tesla dans le marché automobile semblait des plus restreints. Coincée entre les constructeurs traditionnels et leurs ventes se chiffrant en dizaines de millions d’unités par an, et les startups tout aussi agiles pouvant s’appuyer sur des technologies équivalentes, sa marge de manœuvre paraissait limitée.

Le succès de Tesla sur sa terre natale de Californie n’étant pas transposable au marché mondial, tous les yeux se sont tournés vers l’Asie. Avec ses 4,4 milliards d’habitants, sa classe moyenne en plein essor et ses dizaines de millions de véhicules neufs produits par an, l’Orient est, pour le marché automobile, la zone où tout se joue.

Les constructeurs européens comme Volkswagen et Peugeot, qui ont été un temps les coqueluches du marché chinois, l’ont appris à leurs dépens : les effets de mode ne sont pas éternels et l’aura que possèdent les produits occidentaux peut disparaître lorsque des produits locaux équivalents sont mis sur le marché.

Tesla repousse la première vague de concurrence

En pleine guerre commerciale avec les Etats-Unis, et à la recherche de suprématie technologique et d’autonomie énergétique, l’empire du Milieu a fait, lui aussi, naître ses champions du véhicule électrique.

Production automobile asiatique en 2019

Production automobile asiatique en 2019 : le marché est désormais largement dominé par les usines chinoises. Source : Statista.

Suivant la stratégie d’Elon Musk, les challengers locaux comme BYD (SHE : 002594), GAC Motor (HKG : 2238) et Evergrande (HKG : 0708) ont conçu des véhicules aux caractéristiques et au design rappelant furieusement ceux des Tesla. Eux aussi ont fait fi de toute rentabilité et ont fait le choix d’arriver rapidement sur le marché pour vendre à tout prix des véhicules quitte à essuyer des pertes monumentales.

Hengchi 1

Le dernier “tueur de Tesla” à être commercialisé : la Hengchi 1, présentée cet été. Crédit : Evergrande New Energy Vehicle Group  

Les investissements conséquents des constructeurs locaux et les politiques tarifaires agressives n’ont pourtant pas suffi à détrôner le constructeur californien. Avec son Model 3 produit sur place et commercialisé à partir de 34 000 € (un tarif compétitif et accessible à la classe supérieure chinoise), Tesla a continué d’être plébiscitée par les consommateurs.

Sur juin, Tesla a livré 14 954 Model 3 en Chine

Au mois de juin, la firme a livré 14 954 Model 3 en Chine, raflant avec cette seule référence près d’un quart des ventes totales de véhicules électriques dans l’empire du Milieu. Derrière elle, le constructeur BYD n’a livré que 4 106 de son modèle phare – et les autres constructeurs se partagent les miettes d’un marché extrêmement morcelé. La performance est remarquable lorsque l’on sait que le marché du véhicule électrique s’est contracté de 37,4 % sur les six premiers mois de l’année.

Elon Musk et les actionnaires de Tesla peuvent se féliciter de voir la marque conserver son aura en Asie et continuer de dominer le marché chinois. Peu importe, finalement, que les consommateurs se ruent sur les Model 3 pour ses caractéristiques techniques, son prix, ou l’aura d’une marque occidentale : ce qui est certain, c’est que les conducteurs s’arrachent ces véhicules.

Les derniers chiffres montrent que Tesla a tout à fait raison de compter sur le marché asiatique, et ces bonnes nouvelles fondamentales justifient une partie de la hausse estivale du titre.

[NdlR : sans parler de l’avance que la firme prend potentiellement dans le domaine du véhicule autonome.]

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