Accueil A la une Tesla : y a-t-il un pilote dans l’usine ?

Tesla : y a-t-il un pilote dans l’usine ?

par Etienne Henri

Nous avons vu hier que le 100 % électrique ne sauvera pas l’industrie automobile. Les acheteurs boudent encore ces modèles dont la progression des ventes en pourcentage masque le fait que, dans l’absolu, leurs nombres restent totalement anecdotiques.

Une cartouche n’a pas encore été utilisée par les constructeurs pour relancer les ventes : celle du véhicule autonome. Alors que les marques centenaires rechignent à mettre les premiers modèles sur les routes, Tesla (US88160R1014 – TSLA) profite de leur indécision pour tenter de devenir le leader de la conduite 100 % automatique.

Oubliant les obstacles techniques et les accidents impliquant des Tesla, Elon Musk continue de clamer l’arrivée imminente de cette technologie.

Un autopilot avant fin 2019, le pari fou de Musk 

Souvenez-vous : en avril dernier, Elon Musk prétendait que la fonction autopilot des Tesla était en passe d’être achevée, et qu’elle serait déployée en version définitive l’année prochaine. En parallèle de cette annonce, la firme affirmait ne plus avoir besoin de Nvidia pour son matériel embarqué, ayant développé, en interne, des puces d’intelligence artificielle prétendument bien plus performantes.

Malgré ces promesses exaltées, l’équipe travaillant sur autopilot était remaniée en catimini dès le mois suivant. Le management fut remercié et les ingénieurs-clés sommés de rendre des comptes directement à Elon Musk. Ces mesures draconiennes ne sont prises dans l’industrie que lorsque les projets sont dans une situation critique – un signe inquiétant quant à l’état de la R&D du projet, surtout lorsque l’on sait qu’Elon Musk a l’habitude de focaliser son attention sur les situations les plus désespérées.

Un nouveau coup de théâtre a eu lieu la semaine dernière. De nombreux cadres ont démissionné simultanément : selon Forbes, ce sont près de 10 % des effectifs qui auraient décidé de claquer la porte.

Avec une équipe sans chef, et désormais amputée de ses meilleurs éléments, difficile de croire que le calendrier de finalisation de l’autopilot sera respecté.

Vous pensez que, dans ces conditions, l’entrepreneur devrait faire son mea culpa et annoncer une nouvelle date de mise en service plus réaliste ? Ce serait bien mal connaître Elon Musk et son goût pour la provocation.

Un utilisateur de Tesla testant l’autopilot et le diffusant sur Twitter. Source Twitter / @Boogie2988. Cliquez pour voir la vidéo.

L’ultime bluff d’Elon Musk 

Face à ces revers en série, dans un contexte particulier pour Tesla qui n’arrive toujours pas à atteindre la rentabilité promise malgré les bonnes ventes de son Model 3, Elon Musk n’a pas fait acte de contrition. Au contraire, l’entrepreneur en série est allé encore plus loin dans la surenchère en annonçant la prochaine fin des Tesla bon marché pour les particuliers.

tweet musk

 “Soyons clairs, les consommateurs pourront toujours acheter des Tesla mais le prix sera bien plus élevé, dans la mesure où les véhicules autonomes qui peuvent remplir le rôle d’un robot-taxi apportent bien plus de valeur qu’une voiture classique.”
Source :
Twitter

 La menace est à peine voilée : lorsque Tesla aura terminé la R&D sur la voiture autonome, pas question d’offrir aux particuliers de la valeur ajoutée supplémentaire. Les domaines où les véhicules autonomes seront les plus valorisés imposeront leurs prix, et les prix publics des Tesla s’aligneront à la hausse.

Avec une telle provocation, Elon Musk fait un appel du pied aux acheteurs potentiels de Tesla qui seraient encore indécis. En agitant la perspective d’une hausse drastique des tarifs dès 2020, il espère donner un coup de fouet aux ventes de Model 3 sur l’année 2019.

Nous verrons dans les prochains jours si les actionnaires de Tesla et la SEC, qui surveille avec attention les tweets parfois à la limite de la légalité de Musk, apprécient cette annonce fracassante sortie du chapeau.

Plus important : nous verrons si les acheteurs européens mordent à l’hameçon et se ruent comme un seul homme sur les Tesla cette année. Si cette technique de vendeur de foire venait à échouer, les ventes européennes de Tesla devraient être similaires à celles des autres véhicules électriques plus classiques, et se compter au maximum en dizaine de milliers d’exemplaires.

L’industrie automobile resterait, avant l’arrivée d’une conduite autonome effective, dans son purgatoire encore une année de plus. Pour les constructeurs historiques, cela signifierait une stagnation, certes gênante mais non catastrophique, du chiffre d’affaires. Pour Tesla, dont la survie ne tient toujours qu’à un fil, chaque trimestre de retard dans l’arrivée de l’autopilot se payera cher.

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